‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 45 sur 77 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

LA FOLIE DU ROI CHARLES VI. — RELATIONS DE DES CHAMPS AVEC LE DUC ET LA DUCHESSE D'ORLÉANS ; SA DISGRACE.

Au mois d'août 1392, le roi Charles VI se mettait en marche, à la tête d'une armée, pour aller demander raison au duc de Bretagne de l'assassinat du connétable Olivier de Glisson, et des Champs applaudissait à cet acte de justice contre un * peuple ingrat », déloyal et < traître* ». On sait comment se termina l'expédition : le roi fut ramené à Paris, en proie à an délire furieux. Le royaume retombait en tutelle.

Le premier acte des ducs de Berri et de Bourgogne, en ressaisissant le pouvoir, ftit de frapper les ministres qui, depuis trois ans, les

* Taiib., I, 1S0.

204 ÉTUDE SUR EUSTAGHB DBS CHAMPS

avaient supplantés dans la confiance du roi.

Nous savons par Froissart* avec quelle précipitation haineuse fut consommée cette œuvre de vengeance. Nul semblant d'information ; nulle forme de justice observée : la convoitise éclate seule ; tout prétexte suflflt pour autoriser les rapines*. On aimerait à trouver chez des Champs la protestation de Thonnéte homme indigné. Il se contente de signaler à mots couverts, et par voie d'allusion ironique, les graves nouvelles qui lui parviennent de la cour, les * querelles »

De pluseurs gens qui ne sont pas amis ' ,

les violences, les malversations, les confiscations arbitraires. Pour lui, il se félicite d'échapper, par son obscurité même, à ces coups de la fortune. La région « moyenne > où il a « édifié » sa « maison > n'est pas exposée à de

* Froisb.,1. IV, 30.

' Moutaiga se dérobe par la fuite ; Clissoii parvient à gagner ses fortes places de Bretagne ; mais la Rivière, homme esiiiné et intègre, n'est sauvé que par les prières réitérées de la jeune Jucbesse de Berri ; Lcmercier avait été mis a la Bastille : su terre de Port au Louvien, en Laonnais, est donnée au aire de Couci, qui l'accepte. Le duc d'Orléans (c'était, depuis le 4 juin 1392, le nouveau titre du frère de Charles VI, ) mettait la main 6ur les terres de son ancien favori, l'assassin do Clisson, Pierr* de Craon, bien que celui>ci n'eût pas «ncore été jugé.

* TAnt., T, 13»,

LA FOLtS OU HOI CHARLES VI iO^

semblables tourmentes. U se sait gré de sa médiocrité :

A petit ru (ruisseau) boit toarteroUe Plus aise qu'en rivière isnelle (rapideY.

Des rancunes personnelles animaient des Champs contre Montaigu, l'un des ministres déchus ; mais d'ailleurs le gouvernement des (I petites gens » lui déplaisait. Il les jugeait impuissants contre le mal, sans autorité pour le bien, trop près du peuple pour en obtenir obéissance, trop au-dessous des grands pour se faire respecter d'eux *.

L'entrée du duc d'Orléans dans le conseil du roi vint ajouter aux rivalités déjà existantes une cause nouvelle de division et de discorde. Dès le premier jour il fut aisé de prévoir que la lutte ne tarderait pas à éclater entre le duc de Bourgogne et son neveu, l'un habitué à l'exercice d'une domination absolue^ l'autre jeune, remuant, insatiable de richesses et d'honneurs, et convoitant une puissance égale à celle qu'assuraient, à l'un de ses oncles, le gouvernement du Languedoc et, à l'autre, l'apanage héréditaire du duché de Bourgogne. Le second fils du roi

^ Tarb., I, tst.

206 ÉTUDB SUR EUSTACHB DES CHAMPS

Charles V avait reçu de la nature d'heureuses dispositions auxquelles n'avait pas manqué la culture. Plus instruit que n'étaient d'ordinaire les princes de son temps, il avait le goût des lettres et dés arts ; comme son père il aimait les livres, et recherchait la conversation des hommes éclairés. Mais lectures et conseils ne lui profitaient guère. Des Champs songeait à lui peut-être, lorsqu'il disait de certains lettrés :

Mieux leur vausist (vaudrait) du lire retarder ; Car de leurs maux (vices) se peussent excuser Aucunement (0» çuelçue façon) ^ . . .

Chaque fois qu'il reparaissait à la cour, des Champs la retrouvait plus changée ; il n'y connaissait plus personne: c'étaient toujours nouveaux visages. Chacun des princes ayant ses créatures à pourvoir, les offices passaient de main en main ; le favori de la veille cédait la place le lendemain à un rival mieux appuyé, plus adroit. Des Champs a peint cette instabilité, ce va-et-vient perpétuel. L'absence surtout est funeste; si l'on s'éloigne un instant, on est perdu :

* Mon,, 46. n écrit encore, à propos de ces lecteors frivoles :

Mieux vaut celui qui chace et ne prent ri^,

(Mon., 50).

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