‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 48 sur 77 · LA FOLIE DU ROI CHARLES VI · texte numérisé non relu

LA FOLIE DU ROI CHARLES VI

« Franchise » (la liberté), sa patronne, de ravoir si longtemps délaissée * :

Très-humblement (Je) tous vueil (vêux) crier merci Et retourner en vostre seigneurie.

Dont franc (moi, n€ libre) me sui folement desparti.

— Et qui es-tu ? di le moi, Je te prie.

— Je sui Robins *, né de franche lignie, Du droit du ciel naturel, primerain ;

Or me sui fait serf, convoiteux, vilain, Pour robe avoir, vin, viande et estât :

Bien a (il y a bien) trente ans, ne goustai de franc pain : Fouis est li homs que servitude bat [dompte, subjugue). Las ! quant devons, ma Dame, me parti (je me séparai), Franc vivoid {je vivais) de pain et de bouillie : Tout m'estoit bon ; tourment n'oy (n'eus) ne souITri, N'encoDtre moi ne régna nule envie.

Es bois couchai sous la franche feuillie ; De douce eaud buvoifi soir et main; J'estoiô liez, gais, amoureux et sain ; Envie adonc ne me fit nul débat {çuerelle) : L'orde salle ' m'a bracié ce levain :

Fouis est li homs que servitude bat.

Le duc d'Orléans s'émut sans doute de ce

Champs avait été chargé un instant par la duchesse d'Orléans de la direction de son jeune fils Charles, le futur poète, né en 1391, et que Tenfant, mécontent de son précepteur, se plaignit à sa mère, qui lui donna raison ?

' Man,, 343 : Comment Robin cri» merci à Franchise,

' Des Champs lui-m6me.

' La • salle * est Tappartement, la galerie où se réunissent les courtisans, les officiers de service, comme la ■ chambre • est l'appartement privé du prince. Des Champs réunit parfois ces deux termes pour désigner la cour :

Ceste loi court et en chambre et en salle. . .

{Man.<i 7, col. 3).

reproche d'ingratitude qui lui revenait sous toutes les formes : des Champs ne tarda pas à recevoir une éclatante réparation de Tinjustice dont il était victime ; au mois de mai 1404 le roi, à la requête de son frère, nommait le bailli démissionnaire aux fonctions de « Trésorier de finances sur le fait de la justice » . L'ordonnance du Tjanvier 1400 avait, il est vrai, aboli la juridiction des Trésoriers en matière de finances ; mais le roi voulut, par une dérogation expresse aux prescriptions de cette ordonnance, récompenser le « sens » (les talents), la « preudhomie », la « loyauté » de l'un des plus vieux et des plus fidèles serviteurs de la maison royale*. Que se passa-t-il cependant, et quelles influences contraires vinrent peser de nouveau sur la volonté du faible prince ? Les € Lettres de provision » qui instituent des Champs en possession de son nouvel emploi portent la date du 19 mai 1404 : le 4 juin suivant, le jour même où la Chambre des Comptes enregistrait ces lettres conçues en des termes si honorables pour des Champs, une ordonnance paraissait, adressée aux * Gens des Comptes » . Le roi y déclarait que « comme l'of-

* V. Crap. au, au Précis Hist., p. XIV. sq. q.

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fice de Trésorier de France est fort notable, et que son exercice requiert un grand sens, discrétion et industrie » , il révoquait t les nominations précédemment faites et obtenues »

de lui < par importunité », et ramenait les Trésoriers au nombre ancien, s'en référant pour le surplus aux termes de son ordonnance du 7 janvier 1400.

Mais ce ne fut pas la dernière surprise réservée à des Champs. A peine débouté de son emploi deTrésorier, il devint Général des Aides. Des Champs, transformé en un de ces financiers qu'il exècre, et dont il a écrit :

Ou j^arderai {je bnUerai] toas les livres que j*ai}

Qui ont traité de vertus et de vices.

Ou eu brief fcenis le jugement verrai

Des g;raQS menteurs qui tiennent les offices * . . .

voilà certes une bizarre et humiliante métamorphose ! Selon toute apparence elle lui fut épargnée ; son titre de Général ftit encore plus illusoire que ne l'avaient été ses fonctions de Trésorier*.

* Jifan., 200.

* Nous sommes forcés do nous contenter sur ce point de l'affirmation, assez obscure, de des Champs :

Première fut ma démission

De Bailli, puis secondement

De Trésorier. Tel motion {changement) ,

220 ÉTUDB SUR BUSTACHB DBS CHAMPS

A partir de ce moment, la trace de des Champs nous échappe. Il dut achever ses jours dans la retraite. M. Crapelet veut que sa mort ait précédé de peu celle du roi Charles VI : on ne sait sur quel indice il le fait vivre si vieux, pas plus qu'il n'apporte de raison pour le faire naître en 1328. Selon M. Tarbé, son existence ne se prolongea pas beaucoup au delà de Tannée 1410.

J'inclinerais à penser que des Champs suivit de près ou même précéda dans la tombe le duc d'Orléans, assassiné comme on sait le 23 novembre 1407. Des Champs avait contre ce prince de légitimes griefs ; il appréciait avec sévérité son caractère et ses actes. Est- il admissible pourtant qu'un si odieux attentat ne lui eût pas arraché un mot de pitié pour la victime, de réprobation contre le meurtrier? Il

M'a fait despendre [dépenêer) mon argent

Au scel : si (aussi) m'en plains durement:

Cinquante et un sols ! S*en sui nice (dupe)

Par trois fois, et n'ai bénéfice

Fors. Général, qui m'est donnés

Par le roi. Mais le cuerme gïiceÇmetnanque, fat peur)

Que je ne soifi révoqués . . .

(Tarb., II, 21).

Ce passage ferait supposer que des Champs reçut du roi la promesse d un emploi de Général des Aides ou du traitement attaché à ces hautes fonctions de finances, et que cette promess* resta sans effet.

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