LB MIROIR DU MARIAQB S
mari ! Celui-ci l'attend ; il s'impatiente , il gronde. Elle pleure : c'est le recours infaillible des femmes dans l'embarras.
Lasse 1 j'en doi bien tant avoir {être ainsi traitée).
Qui ne final hui à Journée
D'aler ! . . .
Je ne bu bui, ne (ni) ne mangeai • . •
Là voilà bien payée de ses peines ! elle a acheté
Plus, pour vingt sols de parisis, Que n'aroit femme de Paris Ou d'ailleurs pour quarante sols.
Je croi que vous devenez fols, Que ainsi m^ales riotant (querellant) . . .
Et comme le mari se tait, elle prend l'offensive :
Vous estes fourrés (chaudement titn) Et vestus comme un droit prélas . . .
Il ne me faudrait pas un las (vous me refuseriez mime Or en aies quérir autant {un ruboM^ . . •
Pour le prix 1 . . •
Et la voilà qui étale ses acquisitions . Le mari, convaincu, s'en veut d'avoir méconnu une si adroite ménagère.
Tout cela n'est rien auprès des tourments qu'inflige à l'infortuné une femme jeune, jolie et coquette — notez ces trois points. Ce sont chaque jour invitations nouveUes; robes, cha-
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peau^ d6 fleurs, bijoux , 0t ai^ssi pl^ansons, lettre^ dt rondeaux pleuyeut du matin au gpir. On meurt d'amour, on se consume à petit feu autour d'elle. Chacun prend une couleur pour attirer les yeux de la belle, celui-ci le vert, cet autre le rouge, ou le bleu ; en voilà un qui prend le noir, pour exprimer mieux son martyre.
Qu^ fera le mari? laissera-t-il les galantg caqueter autour de sa femme, à son ne?, à sa barbe? la tiendra-t-il sous clef? lui interdirat-il les plaisirs qui sont de son âge ? que d'obsessions, que de plaintes, que de cris!
C'est peu de sa femme : qu'il s'attende à subir les objurgations de sa belle-mère. Celle-ci débarque un beau matin, toute bouffie de son importance, charmée d'avoir une querelle domestique à apaiser. Elle n'est pas fâchée de rappeler à son gendre l'honneur qu'elle a daigné lui faire en s'abaissant jusqu'à lui. Car le pauvre diable expie la faute d'avoir souhaité une femme riche et bien apparentée. Qu'a-t-U donc et quelle mouche le pique de vouloir surveiller sa femme ?
Comment ! Je eroi qae soiez fol,
Qui aiayi tenez nestre ^lle ;
N'ira ele autrement en ville ? . . •
Ne doobt^z pêâ que n'eet venue {er^u pt'êlU nétt
D^ li^u qu'de doiQ mal faire * 1
Vous ne lui feriez tant de haire {miièr^
Btt dis ans, comme nous ferions
En un jour, puis que nous sarions («t H<mê venions à
Qu'aie fust de son corps mauvaise. • « Pire n'i troveroii de mi (çue moi].
Qui l'ai en mes costés portée :
D9 m» main seroit estrarglôe * Et morte de vilaine mort.
Certes son père, vo (votre) seigneur , Ne me fit onques desboneur («« me manqua d'égards) ^ Ne dessus moi n osta sa main [m c$$9§ pM fêtr^ U
[maîtr4\:
Ne ne me deffendit à plein (et pourtant il ne m'a ja-
[maië défendu oifQlumenij P'aler partout M lieux bonestes, Aux compaigoiës et aux festee.
Avec mes cousins et cousines, Et mes voisins et mes voisines. Mais Je me sui si bien gardée.
Dieu merci, qu'onques regardée Ke fu pour cbose que je fisse ; Et s'eusse (pourtant f aurais eu) bien, se j9 vgulisiM
[si j'eusse vouwj.
Trouvé qui euat parlé à moi.
Mais Je ne trouve, par ma foi, Onques encor Jour de ma vie.
Homme oui me ^st \ilenie, Ne me déist {dît) pis de {gue) mon nom !
Conclusion: femme enfermée n'a jamais fait
* M"* de Sotenville : • Ma fille es( d*une rtoe trop pleine de verts pour se porter jamais à faire aucune cbose 4oi^^ l'bonnêteté soit blessée. . . >
(MoutBS, e. Dûndin, I, se. 4.)
* M"« de SotenvUle : • Jonr de Oi9u ! Je réti«Bg]er»U de mes propres mains, s'il fallait qu'elle forlignât de l'bonnêteté de sa mère ! •
(I9., ià., I, se. 4.)
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parler d'elle en bien ; laissez votre femme sortir il sa guise. Voilà un mari fort assuré de la vertu de la sienne !
Est-ce tout eofln ? Sommes-nous au terme de ce martyrologe des époux? non, et des Champs nous présente à sa manière l'achèvement de la félicité conjugale, la dernière des quinze joies du mariage.
Les deux époux sont brouillés. Ils ne se rencontrent plus que pour se quereller, lorsqu'un beau jour Madame éprouve le besoin pressant, impérieux, d'un raccommodement. Elle commence par faire une scène à son mari * . Le mari se met en colère : elle s'enfuit dans sa chambre,
Et 86 couche la larme a l'œil.
La chambrière l'accompagne jusqu'à son lit, et sort bientôt, la mine longue, le visage morne ; c'est jeu convenu: il s'agit d' c assoter », (affiner, diraitla Fontaine,) le mari. Celui-ci, bonne dupe, éprouve déjà comme un remords. Ne s'est-il pas montré un peu vif tout à l'heure ? Inquiet, il guette la femme de chambre. — Qu'a donc Madame ?
' M. de Mot., Man., 515.