‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 60 sur 77 · LE MIROIR DU MARIAOB · texte numérisé non relu

LE MIROIR DU MARIAOB

Et la chamberière engigneose (ingéàieMU, rtué$) RépoQi : Madame est malheureuse 1 Grant dommage est qu*ele vous al...

Allez, VOUS devriez mourir de honte ! traiter de la sorte une épouse si parfaite !

Ele fait le mieux qu'elle puet. . .

Et vous estes celui qui grongne,

Au revenir (jHandtousnntres), tance et menace !. . •

Il baisse la tête ; il confesse son tort :

— Certes, tu dis voir (wrai), chamberière ; Comment la pourrâi-je apaisier ?

— Je ne sai ; alez la baisier Et reconforfer sur son lit. . .

Priez-lui {la) qu'ele vous pardoigne. . .

Et vite, elle court annoncer à sa maîtresse ce premier succès.

— Comment va ? — En si grant détresse

L'ai mis (voire mari), qu'il venrra (viendra) tantost ci

Pour vous crier de tout merci.

C'est alors qu'il faudra redoubler d'adresse !

Faites bien la cate catin [chatte mite).

Et que vous estes deshaitie {incommodée).

Et souspirez parfondément.

Nous ferons le vilain dolent

Tant qu'il sofferra no voloir {tOM not cajprice»).

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Après ce rapide dialogue, la servante retourne vers son maître :

— Or sus, mal meschief {le pire malkew) vous ad-

[viegne î Madame tremble membre à membre {de Iom sei

[memhret) ; Aies, boutez- vous en sa chambre. . .

et elle le pousse par les épaules : il est entré ! La belle se soulève péniblement sur sa couche ; elle soupire, et, dans un regard encore humide de larmes rassemblant tous ses artifices f

— Hé 1 que me voulex'voua, beau sire ?

Me voulez -vous céans tuer ?

Sur {eket) ma mère m'en vueil aler. • •

Mais déjà le coupable est à genoux, imploi'ant sa grâce :

^ Ha 1 ma très-douce suert merci I James de moi n'avez reprouche. • .

n ne s'arrête pas en si beau chemiû :

I Lors lui promet, Jure et rechante

I Que s^ele lui vuet pardoner,

De tout la lairra ordoner

A son désir, à son voloir ;

N'il ne {pour lui il ne) désire fors qu'un hoir {héiritiêr)

Avoir, et pour ce se tourmente

Que fille ou fils ne lui enfante. . •

C'est le mot qu'on attendait ! notre homme est

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arrivé Juste âu point où l'on s'efforçait tout doucement de Tamener. Cet enfant si désiré n'est-îl pas l'unique objet des prières dont sa / femme a fatigué le ciel ? Voilà l'explication de ces sorties continuelles que son mari lui reprochait avec amertume !

Ponrc6« dit-ele, ai-jel'usaiga

De vouer maint pélerinaige

Afin que Dieu m'en donaat un . . .

Loué Boii le aaint, et la aainte {sainte Cathrim),

Où J'ai tant esté pèlerine ^ !

— Amen ! et aainte Catherine (<q«I UméB f. #»/.)?

Dit le chétis ; quant tous verrai

Baceinte aler parmi la voiai

Tout li cuer me rira de joie 1

Sainte Catherine est bien puissante ; qui sait ce que son intercession peut faire ? La réconcilia* tion s'achève sous ces auspices. Quelques mois encore, et l'heureux époux pressera dans ses bras un âls, gage de tendresse et de fidélité ! Voilà ce personnage du mari trompé qui a tant exercé la verve de nos anciens conteurs, dont Boccace et des Champs, et, après eux, l'auteur du livre des Quinze Joies du Mariage * se sont emparés, que Molière enfin à rêûdu

* Mûn., 515.

* V. le Livre des Quinze Joies, et la spirituelle analyse que donne M. Lbnisnt (X« 8ât, a» Fr,f Ch. XIX) de ce • bréviaire conjugal •.

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immortel sous les traits de Georges Dandin.

Georges Dandin n'a que ce qu'il mérite. Pourquoi prendre une femme < demoiselle » î Le pauvre homme expie durement sa sottise :

femme, suivante, belle-mère, tout se ligue contre son honneur et son repos.

La première, la plus fidèle alliée de la maîtresse, c'est la suivante, « la chamberière », comme on dit au moyen âge. L'auteur des Quinze Joies nous la montre jurant, devant les commères assemblées, que Madame est innocente, et que Monsieur a perdu le sens :

« Par mon sèrement, mes chières dames et amies, je ne scey que Monsieur a pencé ne trouvé ; mais onques à ma vie je ne vis follîe en ma Dame, etl'ay servie bien léaument; et ce seroit bien grant chose que je ne l'eusse sceu... et, par mon âme, je estoie au plus près*. »

Le dernier trait est bien spirituel. Pourtant la suivante du livre des Quinze Joies n'a pas l'activité infatigable, l'esprit d'invention et d'àpropos, la fertilité de ruses que déploie la chambrière du Miroir du Mariage, en digne

* Lti Quinu Joies du Mariage, Ed. Elzéy. Ch. XV.

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