LA BALLADE AVANT DES CHAMPS
par le Sirventois, consacré aux < louanges de Dieu et de la Vierge Marie. » Mais, « pour ce que c'est ouvrage qui se porte aux Puys d'Amour et que nobles hommes n'ont pas accoutumé de se faire, » l'auteur n'en dit rien et passe outre. Le Lai, avec ses vingt-quatre « couples » unies symétriquement deux à deux» et la variété des mètres qu'il emploie, est le langage du récit héroïque, de Téloge, quand il s'agit d'un personnage illustre, du conseil, quand on l'adresse à des rois * .
Le Rondeau et le Virelai ont, comme la Ballade elle-même, une origine dansante.
Le Rondeau, sonnom l'indique, est primitivement une petite < ronde » aux chansons. Le coryphée donne le branle en entonnant un couplet dont les paroles sont mesurées sur un air connu. Les premiers mots servent de refrain.
Ce refrain coupe le chant à deux ou trois reprises, imprimant chaque fois à la ronde un mouvement plus rapide.
Multipliez le nombre des couplets, imaginez que le tournoiement de la danse recommence après chaque couplet, et que la ritournelle, qui a servi de prélude et fait chaque fois.t vi-
' V. dans Crap. U Lay de du Guesclin, p. 151, et le Lay du Boy, p. 57.
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rer » le chœur, reparaisse dans une ronde finale, vous avez le Virelai. C'est l'antique Pastourelle. MaiSj au xiv* siècle, tandis que la pastourelle a gardé sa naïveté rustique, son abandon, son allure dansante, Rondeau et Virelai se sont assujettis à des rôgles fixes, et ont lait divorce avec la musique et la danse.
Des Champs distingue plusieurs espèces de Rondeaux :
1** Le « Rondel sangle (simple), » compte huit vers sur deux rimes ; le troisième vers
ramène le premier^ et le sixième ramène les deux premiers :
Sstrce donc vostjre inteocion De Yoloir retrancher mes gaiges, Vingt livres de ma pension ?
Est*ce donc vostre intencion ?
Laissiez passer l'Ascension 1 Que honnis soit yostres yisaiges I
Est-ce donc Tostre intencion
De Yoloir retrancher mes gaiges } f
C'est ce qu'on a nommé depuis le Triolet.
2^ Le Rondeau devient double, lorsque lj8s deux premiers vers, répétés au commencement et à la fin de la pièce, encadrent deux
' V. TausA U, 118.
LA 8AXLADB à.Y4^X »BSf CH44l?S g9|
quatrains, he type cité p^r de9 pi^ainps ^'e§( pas fort poétique ; ou peut le ypip à l^ pagf 277 (Je réditjQu Crapelet. C'est \?l ftimp q|i'a rendue populaire \^ rQft(laau d^ Cj:ifirlp§ 4'Pr? léans :
Le tems a laissié son manteau, etc . . .
Il arrive souvent que le rondeau simple se pomppse de douze vers au lieu de huit, lorsque le refrain, au lieu d'un vers unique, en compte trois. Ainsi dans la pièce suivante :
Je n'ose aler souper à court,
Pour (à cause de) Savoisi et poo^ Portiers
Qui lopiuent trop Tolontiers ;
Sur ce me font souper trop court.
Mangier n'y pui, n'a quart, n'a tiers :
Je n'ose aler souper a court.
L'un d'euls à ma yiande court.
Et l'autre au vin ; poussins, pluyierf M'arrache des poins. Âmi chiers, Je n'ose aler souper à court, Pour Savoisi et pour Portiers Qui lopinent trop Tolentiers *.
Ce n'est pas là le Rondeau moderne, composé, comme on sait, de treize vers en trois couplets d'inégale longueur, à 1^ Pn desquels reparaissent, en guise de refrain, les premiers mots seulement du premier vers. Des Champs ne nous offre pas un seul exemple de cette
* V. Tarb., II, 164.
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forme nouvelle dont l'emploi appartient au XVI'' siècle, et surtout à Cl. Marot.
Le Virelai présente, chez notre poète, une assez grande variété de coupes et de mètres.
Il nous avertit lui-même que le refrain » a aucune fois quatre vers, aucune fois cinq, aucune fois sept, et est la plus longue forme qu'il doie avoir * . » Le nombre des vers, dans chaque couplet, varie de 8 à 16, y compris le couplet Initial qui sert de refrain. On connaît le joli virelai :
Sui-je, 8ai-je« tui-je belle?
n me semble, à mon avis, Que J*ai beau front et doula vis, Et la bouche venneillette ; Dites-moi se je sul belle.
J'ai verds yeux, petis sourds ; Le chief blond, le nez traitis, Ront menton, blanche gorgette :
Sui-je, sui-je, sui-je belle?
U me semble à mon avis Que j*ai beau front et donls vis, Et la bouche vermeillette.
Dites -moi se je su i belle. . .
J^ai mantiaux fourrés de gris J'ai chapiaux, j'ai biaux proffiiB, Et d'argent mainte espinglette :
Sui-je, sui-je, sui-Je belle ?
J'ai draps de soie et tabis.
J'ai draps dVr et blans et bis, J'ai mainte bonne chosette ; Dites-moi ae je sui belle etc. . . *
• V. Giup...p. Î75.
* V. Cki»., p. 86.