PREFACE
’Etl de que nous publions sur un peintre français, à peu près inconnu de la génération moderne, a été depuis longues années préparée par des notes, des récits, des renseignements contemporains de Michel.
Un homme de talent n’est pas absolument jeté dans l'oubli : il vit toujours dans la mémoire ou dans la vision de quelques témoins qui en transmettent la tradition. Mais les temps ont leurs caprices , leurs ingratitudes. Nos pères se rappelaient encore que Albert Cuyp, Hobbema, Watteau, Prud'hon, etc., en avaient subi les dédains pendant de longs jours. Michel , comme eux et bien d'autres, a éprouvé ces intermittences de succès.
Ce n’est pas une existence inventée ou amplifiée à plaisir que nous soumettons aux amis de l’art. C’est la biographie exacte d'un peintre de talent et d'un caractère original que nous avons tenté de reconstituer sur pièces ou par enquêtes authentiques.
Ce que nous n’avons pu toucher du doigt ou relater d'après des documents contemporains, nous l'avons laissé dans l’ombre.
Notre dernier chapitre et notre appendice montrent asse~ que nous
il' avons marché que pas à pas dans nos découvertes , et que cette étude constitue moins un livre qu’un dossier, avec pièces à l'appui.
Nous n’avons pas inventé Michel ; d'autres, avant nous, ont demandé justice pour le peintre oublié.
Th. Thoré, la vigie clairvoyante de i83o, le défenseur de toutes les bonnes causes, a jeté le premier cri d'appel.
C'est à Thoré, qui a tant combattu pour Eugène Delacroix et pour Théodore Rousseau, pour tout ce qui était méconnu, que nous devons l’exhumation de Michel. Nous ne sommes que son continuateur.
Il nous est doux et amer tout à la fois, alors qu’il n’est plus, de rendre au courageux homme de guerre de la critique d’autrefois ce public hommage.
N’oublions pas les morts !
M. Paul Lacroix, un des premiers, a propagé la mémoire de Michel; ses efforts datent de 1848 . Il fut notre devancier .
Nous n’acclamons pas Georges Michel comme une des grandes figures de l’art, tant s’en faut ; mais nous le citons comme un de ces types d’artistes français qui eurent leur part de création, d’originalité et de franchise ; comme un homme intéressant à étudier dans ses débuts et jusqu'à sa fin , parce qu’il sut, d’ouvrier en peinture, conquérir les grades d'artisan et d’artiste par son amour de l’art; comme une personnalité qu’il est juste de relever de l'oubli ; comme un type de modestie qu’il est bon de montrer en exemple
Paris, avril i8;3.