Maison en ruines
Eboulée, détruite par un sinistre ! solitaire sur une terre déserte oü repoussent à peine quelques herbes. Un coup de lumière éclaire cette ruine pâle. Au fond, dans les plaines, terres cultivées, bois, rivières, montagne sous l’ombre et puis sous le soleil. Ciel orageux, menaçant, noir et bas. Un homme passe tout seul.
Sur papier entoilé, hauteur, 35 largeur, 79.
A M. Alfred Sensier.
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APPENDICE
près avoir relaté plus haut l’ensemble de nos recherches sur les expositions de Michel aux Salons, sur les critiques de son temps, nous avons voulu pousser plus loin encore notre enquête.
Ce n’est pas aux expositions de l’Académie de Saint-Luc, supprimée après 1774, que nous aurions pu trouver des ouvrages de Michel -, il n’avait alors que onze ans.
Nous avons compulsé les documents qui nous restent sur le Salon des Grâces et Y Exposition du Colysée , en 1776, supprimés par ordre supérieur.
Puis le travail fait par Émile Bellier de la Chavignerie sur Y Exposition de la Jeunesse, qui se tenait à Paris, place Dauphine, chaque année, le jour de la procession de la Fête-Dieu ou à l’Octave. Tous les artistes célèbres du dix-huitième siècle y ont exposé, et en particulier les petits peintres paysagistes de ce temps : Demarne dit Demarnette , Duval , Lantara , Sarrazin, Swebach dit Fontasne , Taunay, Bruandet, etc.
Michel n’y figure pas.
De même, dans le travail de Bellier de la Chavignerie, sur les Expositions au Salon de Correspondance de Pahin de la
Blancherie, cet actif entrepreneur de publicité , qui entraînait dans son centre de la rue Saint-André-des-Arts tout ce qui s’occupait d’art et voulait se produire au jour, Michel, là encore, n’apparaît pas.
Ce silence des contemporains nous prouverait une chose : c’est que Michel s’occupait beaucoup plus du travail des autres que de sa renommée. Il collaborait courageusement avec tous ceux qui avaient besoin de son talent de perspecteur et de paysagiste, et si nous passions en revue les ouvrages de quantité de peintres de figures de ce temps, nous pourrions bien y retrouver, pour les détails, les accessoires ou les paysages, la touche exercée de Michel. C’était une habitude de ce temps, où le paysage était considéré comme un genre inférieur, et on ne se croyait pas moins peintre en allant chercher l’aide d’un plus habile que soi.
Cependant on se tromperait si on croyait que Michel fût tout à fait passé inaperçu ou absolument dédaigné de son temps. Il y eut toujours un petit centre qui aima l’art des Pays-Bas dans ses derniers rejetons, et des collectionneurs qui suivirent la piste de ces petits Flamands des bords de la Seine.
A notre chapitre III , nous avons signalé les rares critiques d’art du temps de la Révolution, et nous avons cité celles du peintre Chéry sur les tableaux de Michel exposés au Salon de 1791 . Chéry nous paraissait assez injuste dans son appréciation, comparée à celle des autres peintures auxquelles il donnait ses éloges. Nous avons dit nos méfiances. Michel, tout jeune qu’il pût être dans son art, devait déjà y révéler des qualités.
Ces qualités n’ont pas été sans exciter des sympathies ; une surtout dut lui être précieuse, ce fut celle de la Société des Amis des Arts, qui commençait à se former; Société qui s’est fortement constituée depuis, et a fonctionné sans interruption jusqu’à nos jours. Elle est en dissolution depuis peu de temps.
La Société des Amis des Arts avait pour président Charles de Wailly, le célèbre architecte qui fut de l’Institut. Elle avait pour but d’encourager les arts, en achetant des peintures,
appendice
sculptures, aquarelles, dessins, gravures, qu’elle mettait en loterie parmi ses sociétaires, composés d’artistes et d’amateurs souscripteurs.
La suppression de l’Académie de peinture et la liberté d’association avaient motivé cette Société d’encouragement, d’un genre tout nouveau pour la France.
En 1791, lors de la première Exposition libre!... décrétée par l'Assemblée Nationale, la Société des Amis des Arts fit ses choix de lots parmi les peintures qu’elle remarqua le plus. Michel fut un de ses élus.
Voici la pièce curieuse qui nous a été communiquée, et qui signale le choix de deux tableaux de Michel, cités au chapitre III, sous les nos 658 et 660, et critiqués par Chéry.
Le Comité de la Société des Amis des Arts a remarqué avec plaisir , à i Exposition du Salon , dans le nombre des Tableaux parmi lesquels elle désire completter les lots destinés à remplir V annonce du Prospectus publié par cette Société , les numéros 658 et 660 , tableaux de Monsieur MICHEL ; le Comité désire connoître de lui ceux de ces numéros qui ne sont point retenus et dont cet artiste peut disposer. Il lui sera infiniment obligé en conséquence de vouloir bien envoyer la note , soit au Comité des Amis des Arts, soit à M. Pajou (1), l'un de ses membres, Cour du Louvre.
à Paris ce ybrr iygi.
M Michel Riie comtesse d'Artois , n.° 81,
Au verso, l’adresse :
A Monsieur
Monsieur Michel
peintre
Rue Comtesse d'Artois
N.° c Si.
(1) Pajou, comme on le sait, était le célèbre sculpteur dont on recherche les marbres et les terres cuites, encore aujourd’hui.
D’autres documents précieux nous ont été communiqués , entre autres une petite liasse de notices des tableaux de Michel, coupées dans divers catalogues de ventes du temps de la Restauration. Quoique ces fragments, rassemblés par Michel lui-même, ne nous fournissent pas la date de la publication de ces catalogues de ventes, le caractère de l’impression est bien celui de la Restauration, de 1820 à i83o; caractères Molé et caractères Didot.
Nous les publions, en fac-similé, ligne pour ligne.
Mr. MICHEL.
24 Un paysage boisé, garni de plantes et broussailles sur ses divers plans. L’on voit à gauche une porte de parc et à droite une percée qui découvre au loin une ville; le premier plan est orné d’une belle cavalcade indiquant un départ pour la chasse. Si l’auteur ne jouissait pas depuis long-temps d’une réputation méritée, nous nous serions étendus davantage sur ce charmant tableau, qui fait infiniment d’honneur à l’école française moderne, et qui peut le disputer à tous, sinon pour l’élégance, au moins pour la vérité. B.
Au verso de la page, on lit une description d’un tableau de Robert : Les Cascades de Tivoli; et une autre, de Vander Pool : Une Marine.
On a vu, dans la notice ci-dessus, deux particularités : l’estime qu’on faisait encore sous la Restauration du talent de Michel, et son expression de la vérité. Quant à l'élégance, ce n’est jamais par là que le Ruvsdaël de Montmartre a brillé.