M. MICHEL
B. I. 10, h. 6 pouc.
27. — Site pittoresque, occupé sur la droite par une masse de rochers dominant un lointain de rivière et de montagnes. On distingue en second plan, dans un chemin creux, deux charrettes attelées de chevaux, et au milieu, sur le devant, dans un ter-
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rain sablonneux, deux paysans auprès d’un cheval blanc et causant avec une femme assise. Sur la droite, dans un ton de demi-teinte, bien entendu, on distingue un homme vêtu de rouge, qui se dispose à monter à cheval. Petit tableau d’une grande finesse de ton et d’une exécution précieuse.
Au verso de cette page, on lit une description d’un tableau de Poelemburg : Site cC Italie , et une d’un « Magnifique paysage », d’un M. Petit???
Une troisième notice de catalogue est ainsi conçue :
MM. MICHEL et DE MARNE.
98 Paysage éclairé d’une manière tout-à-fait piquante, et offrant la vue d’un pays vaste et découvert. M. Michel rivalise ici avec les grands coloristes dans la disposition et dans les effets de la lumière.
99 Vue d’une ferme situee au bord d’un chemin où sont arrêtés beaucoup de voyageurs, b.
Au verso, une description de portrait d’Hyacinthe Rigaud.
Ces petites notices prouvent que si Michel était dans la retraite, sous la Restauration, il n’était pas tout à fait oublié pour ses ouvrages du temps passé. C’était la vogue de Demarne que Michel devait partager. Quant à ses grandes toiles, à ses exercices de Montmartre, il n’en était pas encore question.
Note manuscrite trouvée dans les papiers de madame veuve Michel, dictée par elle :
Georges Michel naquit en 1763 de parents très pauvres, fut élevé par la protection de M. de Chalus chez un curé du petit village des Vertus
La suite est tout à fait conforme à ce que nous avons publié plus haut, presque sous la dictée de madame veuve Michel. Mais voici une variante ou adjonction :
En revenant d’Allemagne, il travailla fort longtemps avec M. et Mme Lebrun; avec eux il acquit une grande connaissance des peintures et devint très bon appréciateur. Mme Lebrun voulait l’emmener avec elle en Russie! ! Mais il ne voulut jamais s’éloigner autant de Paris; il lui était impossible de vivre longtemps sans la butte Montmartre, pour laquelle il avait une véritable passion. Il fut occupé très longtemps chez le cardinal Fesch, pour restaurer et apprécier ses tableaux. Lucien Bonaparte voulut l’emmener avec lui à Rome, lors de son exil, mais il refusa toujours, dans la crainte d’être trop longtemps sans revoir son pays. Il fut faire deux voyages en Suisse avec M.-Cromont de Fougé?
Michel était d’une taille moyenne, plutôt petit que grand, un corps assez gros, sur des jambes très minces. Etant jeune, son caractère querelleur lui ht avoir plusieurs duels, dont il se tira toujours heureusement. Il disait qu’il n’avait jamais été saigné que par le sabre ou l’épée. Il dépensait beaucoup d’argent en achat de livres et de curiosités, vivant du reste très simplement et étant très sobre. Tous les jours, tel temps qu'il fasse, il allait diner hors Paris avec sa femme. Son amour pour la nature le retenait souvent jusqu’à dix ou onze heures du soir dans les carrières de Montmartre ou des buttes Chaumont. Il a souvent passé la nuit avec Bruandet, dans la forêt de Saint-Germain, mangeant et dormant sous les arbres.
D’une probité irréprochable, ayant horreur des dettes, il poussait cette horreur si loin que le jour où il devait payer son terme, il était levé à cinq heures du matin et attendait à la porte de son propriétaire que celui-ci fût visible.
D’un caractère très méfiant, il se croyait toujours volé par sa famille; fermant tout, il ne quittait jamais ses clefs, même la nuit ; jusqu’au moment de sa mort, il les garda sous son oreiller.
Son portrait a été peint par De Gault, avec son fils sur ses genoux. Il avait aussi celui de sa première femme, par le même artiste. Michel s’est peint aussi lui-même, mais ce portrait n’était pas ressemblant; c’est sa sœur qui en a hérité après sa mort. Dans sa dernière maladie, sa sœur est venue à son aide, car sa rente ne nous suffisait pas. Et à sa mort il n’avait que sa maison, très engagée, et aucune réserve. Il n’a pu rien laisser à sa femme et à sa belle-fille, qu’il aimait pourtant bien!...
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