‹ Étude sur Georges MichelChapitre 118 sur 123 · EN FAVEUR DE LA VEUVE ET DE LA BELLE-FILLE DE · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DE LA VEUVE ET DE LA BELLE-FILLE DE

Aux pages 24 et 25, nous avons parlé de la souscription provoquée,, en 1848, parle Bibliophile Jacob (M. Paul Lacroix), en faveur de madame veuve Michel et de sa fille. Nous avons retrouvé, dans le Journal des Débats , la lettre d’appel, que l’ami de Thoré, qui était alors en exil, faisait aux amateurs et amis de Michel. A quelques inexactitudes près, ce document donne, en quelques lignes émues, l’esquisse de la biographie de Michel, qu’on connaissait bien peu alors.

(Extrait du Journal des Débats, i5 août 1848.)

Au Rédacteur.

Monsieur,

Permettez-moi d’avoir recours à la publicité du Journal des Débats et de faire un appel aux personnes bienveillantes qui ont le bonheur d’être assez riches pour pouvoir contribuer à une bonne œuvre.

Il s’agit de venir en aide immédiatement à la veuve et à la hile d'un grand peintre, Michel, mort pauvre et obscur, il y a quelques années. Le nom de Michel est encore peu connu sans doute dans le monde des arts, mais ses ouvrages ont acquis une réputation qui ne fera que s’accroître et qui sera une des gloires de la France. Michel s’était fait peintre de paysage, par goût et par instinct, sans maître, sans conseils et presque sans étude, comme Lantara, qu’il a laissé si loin derrière lui. Pendant toute sa vie, il ne cessa de s’occuper de son art avec une sorte de passion cachée 1 II a fait des milliers d’esquisses et de tableaux qui sont restés enfouis jusqu’à sa mort. Ce fut seulement alors -qu’on les trouva entassés dans un grenier; on les vendit en masse, à raison de quelques francs chacun. Mais aussitôt après, leur mérite supérieur et vraiment original frappa les yeux de certains connaisseurs, qui se mirent à la recherche de ses toiles dispersées et déjà en partie détruites; leur valeur vénale s’éleva rapidement et de telle sorte qu’un tableau de Michel se vendit, sous son nom, 200 à 3oo francs, et sous le nom de Ruysdaël, bien davantage; car plusieurs des tableaux terminés de Michel étaient devenus des Ruysdaël entre les mains des marchands; et il faut avouer que Ruysdaël n’a pas fait des ciels plus légers, des

lointains plus vaporeux, des terrains plus variés, des eaux plus limpides, des arbres plus réels. Michel possédait une science de couleur merveilleuse; il excellait surtout à mettre de l’air et de la lumière dans ses paysages, peints d’après nature, la plupart aux environs de Paris et d’ordinaire autour de Montmartre. Michel, surnommé de son vivant \& vieux peintre de Montmartre, aura-t-il après sa mort le surnom de Ruysdaël français? En tous cas, l’histoire de ses travaux patients et solitaires ne sera pas la partie la moins curieuse de l’histoire de la peinture au dix-neuvième siècle.

C’est donc pour sa veuve, âgée et infirme ; c’est pour sa fille malade, c'est pour ces deux malheureuses femmes, réduites au plus cruel dénûment, que je viens réclamer la sympathie des amis des arts, la pitié des personnes charitables. Les offrandes seront reçues chez Me Bouclier, notaire, rue Neuvedes-Capucines.

J’espère, en outre, qu’il suffira d’avoir révélé à M. le Directeur des Beaux-Arts l’existence de la veuve et de la fille de Michel, pour qu’il s’intéresse à leur triste position. L’historien des Peintres français du dixneuvième siècle ne saurait oublier ni méconnaître ce que la France artistique doit à la mémoire du peintre Michel.

Paul Lacroix ( Bibliophile Jacob).

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