CHAPITRE VIII
COMMENT ON RETROUVE DANS UN PEINTRE UN HOMME DE RACE. — LES PENSÉES PREMIÈRES, LES DESSINS, CROQUIS, MAQUETTES, ETC. — RAPHAËL, JULES ROMAIN, MICHEL-ANGE, REMBRANDT, POUSSIN. — LES DESSINS DE MICHEL, SES POINTS DE CONTACT AVEC WATERLOO, EVERDINGEN , VAN HUDEN, ISRAËL SYLVES- TRE, ETC., ETC.
î nous voulons bien connaître l’œuvre d’un artiste, il faut l’observer jusque dans ses moindres travaux. Lorsqu’il s’est montré, tout d’abord, comme homme d’origine et esprit de race, il est peut-être plus intéressant d’aller scruter tous les mouvements de sa pensée que d’analyser ses manifestations publiques.
Chez un peintre, il y a toujours deux hommes. Celui du monde qui n’affronte la critique que paré et armé de toutes pièces, qui voile ses instincts natifs, qui cache avec précaution ses véritables passions : il ne se livre que comme un acteur sur un théâtre en jouant le rôle qui lui semble le plus au goût de son public et qui se prête le plus à ses moyens.
Où l’artiste est pris au vif, où il se montre à nu dans toute sa franchise, c’est quand on peut le surprendre dans ses premiers jets, dans les notes, les dessins, les études primordiales sur nature, ou dans l’élan subit de son cerveau.
Là se présente un homme que vous n’avez jamais soupçonné.
GEORGES MIGHEL
un être nouveau qui vous dévoile ses plus secrètes pensées-, vous devenez là comme un confesseur, vous tenez l'homme par le corps et par le cœur, et vous le jugez jusqu’au fond de l’àme.
Voyez le « divin » Raphaël, qu’on sanctifierait dans ses madones, qu’on adorerait dans ses belles figures païennes.
Il montre un tout autre génie dans ses dessins sur nature et dans les compositions qui ne devaient pas subir le contrôle de la foule
Il est rude et farouche jusqu’à l’excès; il accuse les formes humaines comme un créateur des premiers mondes; il a en lui le gigantesque , le mouvement sauvage , le geste animal archaïque ou barbare. Aussi humain que Michel- Ange, ses a études confidentielles » sont autant de monuments qui démontrent combien sa pensée première était pure de tout alliage et de compromission avec le goût rop délicat du monde.
A des degrés divers de puissance, tout homme de race porte en lui ce jet spontané qui est le signe de la création.
Rien de plus touchant, de plus audacieux même dans leurs spontanéités, que les maquettes, les croquades, les indications de Jules Romain, de Corrége, de Poussin, de Claude Lorrain, Rembrandt, Rubens, etc., etc., et de tous ces maîtres qui se confient à eux-mêmes l’image incertaine que leurs rêves font miroiter devant eux.
C’est là, il nous semble, la preuve écrite de leur force, parce qu’on y voit poindre la pensée mère, et qu’on peut y constater les doutes, les repentirs, les indécisions, comme les bonheurs de leur imagination.
Michel n’est pas un dieu de cet olympe; mais sur l’échelle de proportion des artistes créateurs, nous pouvons le trouver encore dans la famille des hommes qui ont vu sainement et logiquement les choses.
C’est dans ses dessins que nous le trouverons original et surtout créateur.
Les dessins de Michel sont de trois espèces et méritent d’être