TURES.— LA CATTE D’ARTISTE DE MICHEL
otre travail sur Michel était terminé et imprimé quand nous avons eu la bonne fortune de trouver enfin une solution au problème que nous nous étions posé, sur une délimitation précise des manières de Michel. Quelle était la date exacte de sa première époque? et quels tableaux pouvait-on y rattacher?
Nous cherchions sans cesse à soulever ce voile sans pouvoir y parvenir-, nous courions, chaque jour, Paris en tous sens et nous poussions notre enquête jusqu’au plus infime brocanteur, quand tout dernièrement nous avons vu et constaté une page de Michel qui nous offrait sa signature et la date de son travail.
Le tableau faisait partie de la galerie deM.du Mesnil-Marigny qui a bien voulu nous donner toutes facilités pour examiner de près ce témoignage curieux d’un travail de Michel.
Le tableau représente la marche d’une armée qui lève le camp au milieu d’une plaine de la Flandre ou de la Champagne.
Les blés jaunissants s’étendent jusqu’à l'horizon. Une longue traînée de fantassins, de cavaliers, de chariots, de vivandiers, défile depuis le premier plan jusqu'au dernier, où se comptent les tentes d’un camp militaire. Le premier plan, dans une demiteinte, représente un moulin à eau et ses dépendances -, des bouquets d’arbres, des animaux domestiques entourent le moulin, et sur le devant commence le défilé qui ne cessera plus. Swebach, qui a peint les personnages, s’est livré là à tout le caprice de ses petites comédies : cavaliers caracolant, lourds chariots chargés de vivres, de bagages, d'armes, de cages à poules -, officiers, drapeaux, tambours, enfants de troupes, vivandières, chiens de régiment, femmes à cheval sur des canons, tout le personnel, le matériel et le désordre d’une armée qui lève le camp. Au second plan, les plaines de blé mûr, des villages, des clochers, des moulins à vent et un ciel orageux et bleu tout à la fois, qui fait pleuvoir une forte ondée sur cette longue file de combattants portant le costume des armées françaises de la fin du dernier siècle. Ce tableau est très soigné, plein de force, de perspective et minutieusement exécuté; il est signé :
SWEBACH DEFONTAINE. G. MICHEL.
Il eùde la même facture que celui signé et décrit par nous à la première manière de Michel, page 17. Voir aussi à l’Œuvre.)
Nous ne nous étions pas trompé, notre pressentiment nous avait dit que le premier tableau décrit par nous était de la première manière, et il est, à n'en pas douter, du même temps. La date lève désormais nos scrupules.
Nous n’avons pas vu cette page importante figurer aux livrets du dernier siècle sous le nom de Swebach ni sous celui de Michel, pas plus qu’aux livrets qui les suivent.
Ce tableau a été acquis, il y a longtemps, par M. du Mesnil- Marigny à l’expert Gérard qui le comparait à un Ruysdaël.
Quoi qu'il en soit, il est un spécimen et un témoignage authentique, et nous sommes heureux d’avoir, même à la fin de notre livre, levé nos scrupules et éclairé nos doutes. Notre appel aux possesseurs des tableaux de Michel est donc inutile pour la vérification des dates ; mais il subsiste toujours pour l’examen que nous ne cesserons de faire des œuvres de cet étrange artiste.
M. Alfred Renaud nous a fourni un second spécimen d’une signature datée sur un tableau de Michel; mais la date donnant bien le millésime du dernier siècle nous laisse indécis entre 1 790 et 1 799 par le manque de fermeté du chiffre qui suit 179. La facture est semblable à celle de M. du Mesnil-Marigny et elle est une preuve nouvelle de l’époque de la première manière. Le tableau représente une entrée de bois avec un groupe de cavaliers dont un en manteau rouge à la façon de Philippe Wouvermans, un autre groupe est au milieu du tableau, un homme est à cheval, une femme lui indique le chemin ; au fond, la butte Montmartre, ciel gris et bleu, nuages modelés. Signé : g. michel, 179.I
Ces trois tableaux sont une nouvelle preuve que la première manière de Michel était minutieuse et imitatrice des Flamands. Nous sommes donc désormais fixés sur les dates et les transformations de ses travaux.
Nous avons aussi reçu de M. le conservateur du Musée de Nantes, une nouvelle découverte d’un tableau de Michel, signé et presque daté, presque, car là encore la fatalité veut que la
date se précise difficilement par une indécision. Voici le signalement de ce qui est écrit sur la peinture :