‹ Étude sur Georges MichelChapitre 8 sur 123 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

RÉCIT DE LA VEUVE DE MICHEL, SA NAISSANCE, SON ENFANCE, SA FAMILLE, SON ÉDUCATION. — MM. DE CHALUE, DE BERCHIGNY, DE CRAMMONT-VOULGY, BRUANDET, DEMARNE, SWEBACH, MADAME VIGEE-LEBRUN , LE BARON d’yVRY. — SA PREMIÈRE ET SA SECONDE FEMME. — PROMENADES DE MICHEL, SON TRAVAIL, SA VIE, SA MORT, SON PORTRAIT; SOUSCRIPTION EN FAVEUR DE SA VEUVE; ERREURS SUR MICHEL.

on mari, messieurs, s’appelait Georges Michel ; il est né à Paris, le 12 janvier 1763, sur la paroisse Saint- Laurent.

« C’était un homme petit, leste et bien fait, fort aux tours d’adresse et de force. Jamais fatigué, il faisait des courses que n’auraient jamais pu accomplir les fameux coureurs d’avant la Révolution, et il disait de ses jambes qu’elles étaient comme le bon acier : plus elles vieillissaient, plus elles se trempaient au grand air.

« Ses yeux étaient noirs et aussi les cheveux, le nez gros, la bouche grande et les dents blanches comme l'ivoire-, à quatrevingts ans, il les avait encore toutes.

« Toujours gai, toujours content, il chantait sans cesse; mais quand nous arrivions aux buttes Montmartre ou aux buttes Chaumont, il devenait muet, il regardait la plaine avec inquiétude et nous rudoyait ferme si nous cherchions à lui parler ; mais il était foncièrement bon et prompt à obliger comme à s’emporter.

« Son père était employé aux Halles. M. de Chalue, fermier général, l’avait placé, tout enfant, chez le curé du village des Vertus, dans la plaine Saint-Denis, qu’il aima toujours comme son Paradis.

« A douze ans, M. de Chalue le plaça en apprentissage chez M. Leduc, peintre d'histoire; mais Michel avait une tête d’enfant qui ne voulait pas être commandé ; l’atelier l’ennuyait, et il faisait bien souvent l’école buissonnière pour aller dessiner d’après nature dans la plaine des Vertus, où il se plaisait plus que partout ailleurs.

« Un jour qu'il était à peindre dans un pré, un taureau se jeta sur lui comme un furieux, le roula longtemps sur la terre où il le laissa pour mort; il resta toute une nuit sans connaissance ; on le trouva là, on le crut trépassé ; mais l’enfant avait la vie dure. Un fermier de Saint-Denis le reconnut et le rendit au curé des Vertus, qui le soigna et le sauva.

« A quinze ans, il était déjà bien habile et donnait des leçons à mademoiselle de Chalue, ce qui lui permettait de continuer à étudier et de voir les peintres en réputation pour en recevoir des conseils.

« A quinze ans, il fit la connaissance d’une jeune fille de son âge qui était blanchisseuse, Marguerite Legros; il en devint amoureux comme un fou; il voulut l’épouser, mais les parents s’y opposèrent; alors les amoureux se sauvèrent, se cachèrent, et on n’entendit plus parler d’eux.

« A seize ans, il avait un enfant; à vingt ans, il en avait cinq.

« Sa petite famille était lourde à élever. 11 cherchait le moyen de la faire vivre; il ne trouvait guère d'amateurs ou de leçons. C'est alors qu’il fit connaissance de M. de Berchigny, un fameux colonel des hussards de ce temps-là, qui aimait à le voir dessiner. 11 lui dit : « Écoute, Michel, si tu veux me donner des « leçons, je t’emmènerai avec mon régiment; tu vivras comme « mes sous-officiers et tu auras le grade de lieutenant; tuenver- « ras ta paie à ta petite famille et tu seras heureux et libre avec « mes hussards. »

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