‹ Étude sur Hartmann d'AueChapitre 38 sur 42 · ET DU TEXTE DE UARTMANN · texte numérisé non relu

ET DU TEXTE DE UARTMANN

Des deux groupes de manuscrits français qui nous sont restés, c'est le groupe B.'(Bi et B*) dont se rapproche le plus Hartmann. I^e fait a été constaté par M. Kôlbing 1 et plus récemment par M. Neussel 2. Mais dans son désir de recommander son hypothèse, M. Neussel a laissé de côté quelques rapprochements significatifs entre le groupe A et Hartmann. D'autre part, il a omis de faire ressortir certaines analogies entre B* et Hartmann h l'exclusion de B^. Enfin, en plusieurs endroits, il aurait pu fortifier sa thèse par des concordances entre B< et Hartmann : il ne Ta pas fait.

Nous allons essayer de compléter le travail de M. Neussel 3.

Si li comande, on ccle feit Se li comande en cele foil ich bevUhe dir die 9êle min

que il Varme son père deit que il laniê son père doit und ditze kint die si^'ester

que il la garde en tel cnor.... que il la gart a tel hounor.... [dln,

(A, p. 6, V. 15 el ss.) (B», fol. 156 c.) (Hart.. v. 259-260.)

Si li preal mull ducement pur amur deu omnipotent kil la garde a lel lionur (B*, 7G c).

Il est certain, comme Ta fait remarquer M. Kôlbing 4, que Hartmann n'a pas compris ou a altéré à dessein le texte français. Mais la pensée ich hevilhe dir die sale min a été manifestement inspirée par les textes français, soit A. soit B«. Le texte W n'offre pas d'équivalence.

la pucele n'en taveil rien rien und diu reine tumbe

quidotquelolcefuslporbien ^nt/^es^^ niht darumbe

(A, p. 8, V. 7 el 8.) B", fol. lôO c; wes si sich hûeten solde.

(Hart., V. 347 el ss.)

1. Kôlbing, op. c, p. 77 et s. — 2. Neussel, op. c. — 3. Nous devons la communication des copies de ces manuscrits à l'obligeance de M. Hermann Suchier, que nous prions de vouloir bien agréer l'expression de notre reconnaissance. — 4. Kulbing, op. c, p. 45.

cele ne s^en garde de rien

ainz quide ke ceo seit pur bien (B*, 76 d).

Une tache empêche de lire le passage du ms. B*. Mais le contexte et la rime rien laissent supposer l'analogie avec A. Ici encore il faut constater la parenté de A et aussi de B* avec Hartmann. Il fest vrai qu'on peut, en revanche, admettre que le ne s'en garde de rien de B* ait occasionné le huëten de Hartmann.

fis, je te pri, por amor Dé got dem ich erbarmen sol

que Deu ait de tei graht pitié der geruoche iuwer beidcr pflegen. que de li prenges bon conroi. (Hart. : v. 264-265)

(A, p. 5, V. 9 et ss.}

Ni B« ni B* n*ont cette recommandation à Dieu. Gomme preuve que Hartmann est sous la dépendance de B*, M Neussel rapproche

par Tachaisun de! baîsement (B^ 76 d)

de

ir munt unde ir wangen vant si im sô gellme ligen.

(Hartmann, v. 372-373.)

Mais, en premier lieu,^ les deux passages ne se trouvent pas au même endroit du poème : le vers fraui^'ais se rencontre avant- la scène de la séduction, le vers allemand plus loin, dans cette même scène. De plus, il est facile de se rendre compte que le vers

mais si la l)aise e si Tacole (A, p. 9, v. 10)«

qui se trouve dans le passage correspondant à celui de Hartmann, a dû inspirer les vers ci-dessus du poème allemand. La conclusion de M. Neussel tombe donc, et nous reconnaîtrons que Hartmann est ici plus près de A que de B» qui écrit

mais il la blandist et accoise (B^ 77 a).

En revanche, il y a entre B>, B« et Hartmann, une analogie que M. Neussel a omis de faire remarquer. C'est dans l'attitude des jeunes gens après le conseil du comte :

quant chascun ciels enfanscnlent quant li frcres et la sorur ot dor rat dùlite si beide guot.

del bon conceil, plorc forment cel bon cunscil forment liir plot. (Hart.. v. 024.)

(A, p. 17, V. 23-24) Bt78 d = B*.)

Plus loin, nous trouvons une nouvelle concordance entre A et Hartmann :

37â ÉTUDE »UR IlAaTMANN d'aUE.

en ele pas le fis gcter es waere ze helne daz mein

la mcre es ondes de mer versant ûf den breiten sô

(A, p. 22, V. 23-24.) (Hart., v. 738-739.)

B^ pas plus que B* ne parle d'exposition sur les eaux. Le premier donne :

en ert li emfes cmveez (B*, 79 d);

le second :

sen est li enfes envoiies (B>, fol. 158 b) 1.

Très curieux est un passage que M. Neussel a complètement laissé de côté :

e les tables qui siint d*ivorie et les taubles qui sont dyvoire und ob stn vlndaere

ou est escrite ccste estorle ou est cscrite celé estoire alsô kristen waere,

très bien les gart pur deu le grant por amor Dieu les gart on bien daz er im den schalz mèrte

e puis sis rende a cel enfant si les renge on au cresUien und in ouch diu buoch lôrte,

quant il duze ans de tcns aurat quant il Xli ans de tans ara sine tavel im behielte

si letres set si entendra et il as lelrcs entendra und im der schrift wielte,

quels hoem il est e quit deit faire quex hom il est et que doit faire wilrde er immer ze mait,

se salme veit de infern traire se sarae velt dinfer retrairc. daz er laese daran

(ES 79 d.) (B*, fol. 158 b ) aile dise geschiht.

(Hart., V. 743 et ss.)

Signalons d'abord la présence du mot chrétien dans B> et chez Hartmann. Quoique Tidée ne soit pas la même, il semble difficile de croire à une coïncidence fortuite 2.

D'un autre côté, Hartmann fait dire à la jeune mère qu'on apprenne à lire à son fils, aûn qu'il lise son histoire quand il sera un homme. Pourquoi, contrairement aux textes français, Hartmann a-t-il reculé si loin le moment où Grégoire devra être mis au courant de son origine ? Hartmann n'a-t-il pas été influencé par le hom des textes B» et B* qu'il n'aura pas exactement compris ? N'a-t-il pas entendu que homme il esl^ et on s'expliquerait alors qu'il ait laissé de côté l'indication de temps (douze ans), qui est en contradiction avec r&ge d'homme indiqué plus bas.

Nous trouvons dans A et chez Hartmann la même recommandation de la comtesse, qui exhorte son ûls à prier, lorsqu'il sera vieux, pour ses parents :

1. Il est vrai que le vers peut être corrigé en : sen mer li ont fot envoiier (cf. fol. 159 h, où se trouve le vers : qui envoiees fu en la mer). — 2. La variante du ms. de Constance (v. Z. f. d. A., 37« p. 133) ufl aile sin ftninde och christe wârend toî..,., donne un sens différent mais dont notre comparaison ne peut tirer aucun parti.

puis priera s'il est sénés por ses mestais e por les nos

(A. p. 23, V. 24, p. 24, v. l.i so buozte er zaller slunde durch sîner triuwen rât sines vater missetât, und daz er oucli der gedaehte diu in zer werldc braehte.

(HarL, V. 756 et ss )

Bi ainsi que B* disent simplement qu'il devra songer à son salut :

si salme veit de infern traire

Le « paile alisandrin » de A (p. 37, v. 21) se retrouve chez Hartmann :

mit phelle bewunden geworht ze Alexandrie,

(Hart., V. 1052-1053.)

alors que B< et B* n'ont que :

e desur li un paile chier.

Il est vrai qu'en un autre endroit, Bi et B> parlent aussi du paile alisandrin; mais cette mention ne vient que trente-deux vers plus loin.

C'est à tort que M. Neussel affirme que Hartmann a suivi B (à l'exclusion de A), en montrant l'enfant sous la protection de Dieu. Ce trait se trouve en effet dans A :

si corn li suens plaisir esleit si deu ne fust si merciables unser herre got der guote

que set très bien Los seaus sauver ki as pécheurs est secourables. underwant sich sin ze huote. que il plaist, en terre e en mer. (B«, 81 b = B«.) (HarL, 929-930.)

B« et B«, d'accord avec Hartmann, expliquent que le pêcheur prend soin de l'enfant afin de bien mériter de l'abbé, passage qui ne se trouve pas dans A :

il se penat de bien nurir cil se pena del bien norir er sprach : nu ziuch mirz schéne

e 11 abes de bien merir et li abes dcl bien n.erir, daz ich dirs immer lône.

(B», è3 a.) (B*, fol. 160 a.} (Hart., 1147-1148.)

Selon M. Neussel i, la seule chose qui empêche d'admettre que 1. Neussel, op. c., p. 42 et 43.

Mi

ETUDE Sl'H HARTMANN l) AUE.

Hartmann ait eu pour modèle un ms. du groupe B', est la scène du combat, très détaillée dans B» et abrégée chez Hartmann et dans B'. Un tableau comparatif de l'analyse des trois textes permettra de juger l'importance de leurs divergences.

Sortie des gens de la ville.

Description de Parmure de Grégoire.

Grégoire met à mort plusieurs ennemis.

Qualités de Grégoire.

Grégoire attaque le duc ennemi.

Injures du duc ennemi. Attaque du duc ennemi

identique à B^ quoique résumé.

Omission (iij.

Omission (b).

Blessure du duc.

Intention de Grégoire de lui couper

la tête.

Enlèvement du duc.

Identique à B'.

Omission (c).

Identicpie à B'.

Poursuite des ennemis.

Combat dans la ville.

Combat en dehors de la ville.

N'a lieu qu'après Tarrivée de Grégoire dans la ville.

Omission ;d).

Assaut donne par les ennemis à la ville.

IIahtman.n

Grégoire part xeul de la ville.

Il va provoquer le duc ennemi, il l'attire sous les murs de la ville.

Omission.

Omission.

Combat à Tépée succédant

au combat h. la lance.

Héflexions sur la valeur des adversaires.

Omission.

Grégoire emmène le duc par la bride de son cheval.

Hetard de Grégoire à cause de la fermeture des portes.

Identique à B*.

Omission.

Mentique à B^

L'examen de ce tableau démontre que les concordances de B* avec Hartmann se réduisent h quatre (a, b, c, d), et que toutes quatre sont des coupures pratiquées dans le texte primitif. Le discours insultant du duc ennemi adressé à Grégoire ; les coups portés par le duc ennemi; l'intention de Grégoire de couper la t^te à son adversaire après l'avoir vaincu ; enfin la mêlée u l'intérieur de la ville : voilà les omissions que nous trouvons à la fois dans B* et chez Hartmann. Sont-elles assez caractéristiques pour prouver d'une façon irréfutable la parenté des textes de B» et de Hartmann à Texclusion de B» ? De même que Hartmann, B^ a abrégé le texte primitif. Mais cette similitude de procédé implique-t-elle nécessairement l'imitation de B> par Hartmann ? Ne peut- on prétendre que, sans avoir eu B» sous les yeux, Hartmann aurait pu arriver aux mêmes éliminations ?

Tout d'abord, il faut constater le désir de Hartmann d'abréger la description du combat. C'est là la raison pour laquelle il a laissé de côté et la mêlée générale qui précède le combat singulier et les prouesses particulières de Grégoire, que nous trouvons même dans le texte B* 1 . C'est aussi pour cela qu'il a supprimé les coups portés par le duc ennemi et la bataille qui a lieu dans l'intérieur de la ville assiégée elle-même. Quant à la provocation insolente du duc ennemi, il lui était impossible de la reproduire. Lui-même nous présente ce personnage comme un courtois chevalier, connaissant et observant les règles du bon ton. Il ne pouvait donc lui prêter des paroles injurieuses qui auraient été en contradiction avec son caractère. Enfin, Hartmann qui, nous l'avons déjà montré, s'efforce partout, dans Grégoire^ de diminuer la barbarie des mœurs, d'atténuer la cruauté des personnages, était contraint de supprimer le passage où le texte français montre Grégoire sur le point de couper la tête à son ennemi vaincu. NVt-il pas, de même, omis de parler de la blessure faite au duc par Grégoire et qui se trouve dans B* ?

De plus, Hartmann diffère de B* et concorde avec B» en deux points. C'est !• lorsqu'il s'agit de la poursuite des ennemis qui a eu lieu chez lui et dans B«, dès que le duc est vaincu par Grégoire, alors que dans B» cette poursuite n'a lieu que lorsque Grégoire est déjà entré dans la ville avec son prisonnier; 2' pour la description de la bataille générale livrée en dehors de la ville chez Hartmann et dans B>, alors que Bi ne parle que d'un assaut livré par ceux du dehors contre les bourgeois enfermés dans leurs murailles.

Une analogie entre B*, mais surtout B< et Hartmann, a été passée sous silence par M. Neussel 2.

Grégoires fut tV{>« et vains Grégoire fut de granl doel plains sinen zorn huob er hin

enrers le ciel tendi ses mains envers le ciel lendi ses mains. [ze gote 3.

(B», fol. 165 c.) (B», 90 d.) (Hart., v. 2608.)

Le sentiment de colère (iries) de Grégoire est encore complété par le vers :

mult est dolenl et irascuz

qui se trouve quelques lignes plus haut dans B» et B».

1. M. Neussel, op. c, p. 43, se trompe lorsqu'il affirme que le ms. B' ne fait pas mention d'une mêlée générale des armées avant le combat de (Grégoire et du duc. — 2. C'est à tort que M, Neussel rapproche du vers de Hartmann la « maie destinée » do B'. — 3. (^e même vers se rencontre dans Irain : se gote huop diu vroiiwe ir zorrif 138L

376 ÉTUDE sua uartmann d*aue.

Ce n'est que dans B que nous trouvons Tindication de la distance qui sépare le rocher du rivage :

VII Hues grans par font en mer

(B«, fol. 167 a.)

Lorsque les légats romains sont dans la cabane du pêcheur, celuici, après avoir trouvé la clef des ferges de Grégoire dans les entrailles du poisson, raconte, dans A, la façon dont il a reçu le pénitent et l'affreuse destinée de celui-ci l. Ni B< ni B* ne reprennent ce récit. Hartmann agit de môme, ce qui est, comme nous l'avons vu, sa constante habitude. Mais, détail qui a son importance, il souligne cette omission, disant que c'est chose inutile de répéter un récit déjà fait.

ich wacne ez unnùt/.e waere, ob ich (laz vorder maere in ml aber andcrstunt mit ganzen worten laete kunt.

(Hart., V. 3321 et »s.

Il est donc vraisemblable qu'il a eu sous les yeux un manuscrit lui offrant cette redite, qu'il s'excuse de retrancher.

Enfin, il est un passage qui, croyons-nous, n'a pas été signalé jusqu'ici 2 et qui, ne se trouvant que chez Hartmann et dans le manuscrit B», force à reconnaître que Hartmann a eu connaissance de ce dernier manuscrit. Ce sont les vers suivants :

nû s! gewarnet dar an or vus vost a tuz comander

ein iogeiiche man e cumunalment deveer

daz ez swestern noch nifteln si l<a vos sorurs na vuoz parentes

niht ze heimiiche bi : ne démenez foies cunsentes

ez reizt das ungevOcre ne trop privées amistiez

daz man wol verswiiere. ke li dial)lcs veriez

(H., v. 4IÔ et ss.^ ne vus abate en tei doiur

si cum ii fist cest bon seignur.

De l'étude de M. Neussel et de ces rapprochements il résulte que Hartmann a eu sous les yeux un manuscrit contenant des passages que nous trouvons également dans les deux groupes, mais qu'il se tient en général plus pn'»8 du groupe B. Peut-être sa source est-elle un manuscrit de la famille B«, que nous croyons, avec M. Neussel, avoir été influencé par A, et qui aurait été plus complet que le représentant qui reste aujourd'hui.

1. Luz , p. 103, V. 20 et ss. — 2. M. Neussel n'a pas aperçu cette concordance. Il dit : Eigentnm Hartmanns sind die Betrachtungen iiber die Gefahr des Uwgangs mit nahenweiblichen Vericandfen (p. 28) L'omission est étrange, t'tant donnée la façon trè» minutieuse dont M. Neussel a comparé les textes.

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