‹ Étude sur J.S. Bach, 1685-1750Chapitre 27 sur 69 · Oeuvres, tome XX, livraison 1, n · texte numérisé non relu

Oeuvres, tome XX, livraison 1, n

4. Oeuvres, tome XX, livraison 1, n° go; tome XXIII, n° 102 ; tome XXVIII, n» 1 36.

secrets que le simple chant à quatre parties. Mais hâtons-nous de rassurer le lecteur : nous ne voulons pas entreprendre l'analyse technique de ces cantates ; elle ne serait pas à sa place dans une étude comme celle-ci, et d'ailleurs un volume n'y suffirait pas. Il faut un léger effort, nous le reconnaissons volontiers, pour s'habituer à ces formes musicales d'un autre âge, pour se faire à cette manière de s'exprimer qui n'est plus la nôtre. Mais quelle récompense attend celui qui ne se laisse pas rebuter ! Partout il sentira palpiter un cœur chaud et vraiment humain, partout il se trouvera en présence de l'âme d'artiste la plus puissante et la plus saine, comme aussi la la plus aimante et la plus tendre. L'amateur sérieux, qui ne recule pas devant un peu de peine afin de se rendre compte des procédés par lesquels il a été charmé et subjugué, se plongera avec bonheur dans l'étude de ces partitions ; il v apprendra comment les mêmes moyens arrivent à produire à la fois cette forte impression d'unité, qui est un des traits distinctifs du style du maître, et cette étonnante variété; il y verra que si Bach a été

grand dans les grandes choses, c'est qu'il a été fidèle dans les petites. Il en est du grand art comme de la nature; le détail le plus humble et le plus insignifiant en apparence y est traité avec le même soin, le même amour que les conceptions les plus brillantes. C'est à ce prix que naissent les chefs-d'œuvre. Bach a dit qu'il avait dû beaucoup travailler ; celui qui voudra sonder ses secrets s'en convaincra aisément, et plus il avancera dans cette étude, plus il se pénétrera de respect pour la modestie de ce grand homme qui n'a jamais cru avoir fait assez bien.

Les cantates de Bach ont pour nous un intérêt particulier. Plus peut-être que ses autres œuvres, elle nous permettent de surprendre le génie au moment même de la création, et d'observer jusqu'à quel point chez le maitre toute impression venant du dehors se traduit en musique. Rien ne lui est indifférent, rien ne passe inaperçu. Cette nature si forte est douée d'une sensibilité, d'une mobilité inouïes, le plus léger choc la met en vibration; comme toutes les cordes de cette àme d'artiste sont des cordes musicales, elles

chantent au moindre souffle. Bach et Mozart sont sous ce rapport des esprits semblables; leur vraie, leur seule manière de parler est la musique ; qu'ils veuillent ou ne veuillent pas, ils ne peuvent faire autrement. De cette extrême impressionnabilité naissent des associations d'idées rendues en musique d'une façon souvent assez curieuse. Le texte parlet-il de larmes ', des torrents de grâce de la source divine2, de la pluie qui tombe sur la terre3, d'une eau courante ou des flots de la triera, immédiatement nousen trouvons l'équivalent musical, de préférence dans l'accompagnement, afin de ne pas interrompre le cours de la mélodie; ce seront des notes courtes, légères, des phrases entrecoupées comme un sanglot, un trait rapide et fugitif, une figure agitée. Le poète demande-t-il des ailes pour échapper aux misères d'ici-bas, aussitôt une

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