DESSINS
Sur le titre d'un recueil, appartenant à M. Destailleurs, et qui contient de charmants dessins d'ornements, on lit au milieu d'un élégant cartouche ces mots :
« S'ensuivent les dessins de M. Guido et Jean Cousin désigneurs d'environ tout l'œuvre de Stephanus, excepté une grande partie désignée de son fils et quelques autres, L. Penni et autres. »
(1) Le Trésor <1<> Sons l'a acquise récpmmrnt h la vente (tu banquier Monchoux, à Sens.
Ainsi, d'après ce renseignement, Jean Cousin dessinait des ornements pour les graveurs tels qu'Etienne Delaune , qui signait ses œuvres de son prénom Stephanus , et cette indication nous met sur la voie pour découvrir, dans l'œuvre de Delaune et d'autres graveurs et émailleurs , ce qui peut appartenir à Jean Cousin ; ainsi , je vois dans l'ouvrage publié par M. Édouard Lelièvre (1) , la représentation d'un plat ovale , exécuté en émail et en grisailles, par Pierre Raymond, qui offre tous les caractères du dessin de Jean Cousin : style des figures, costume, coiffures, forme des vêtements; dans le paysage, feuillages en pendentif, et dans les fonds architecturaux, arceaux et constructions brisées, cirque , pyramides , etc. Dans la description fort intéressante qu'en donne M. Etienne Darcel , il dit que cette composition est dans le goût d'Etienne de Laune...., et probablement empruntée à l'œuvre d'Etienne de Laune. Or, puisque l'indication inscrite sur l'œuvre manuscrite que possède M. Destailleurs, nous apprend que « Jean Cousin était l'un des principaux désigneurs d'Etienne Delaune », on ne saurait mettre en doute que ce dessin ne soit de Jean Cousin ; peut-être même a-t-il été exécuté en émail par Pierre Raymond, d'après une gravure d'Ét. Delaune, que nous ne possédons plus. M. Darce! dit en effet que « les ombres principales étaient massées par des « hachures dont cet émailleur abusa trop , car il fit souvent « ressembler ses grisailles à des gravures ».
Ces rapports de Jean Cousin avec Delaune avaient été déjà remarqués par M. Jules Renouvier, qui s'exprime ainsi :
« 11 faut lui reconnaître aussi une parenté avec Jean Cousin, à qui il emprunta la composition de son chef-d'œuvre, le Serpent d'airain, et qui fournit avec maître Guido beaucoup de dessins à son œuvre. »
(1) Collections célèbres d'œuvres d'art, in-fol, Paris, 1866, t, I, pl. 5. Cet émail, provenant de la collection Sauvageot, est maintenant au Louvre. Largeur, 0,38. hauteur, 0,50.
Renouvier ajoute même que « Delaune s'est conformé dans « ses figures aux principes donnés par Jean Cousin dans sa « Portraiture » (1).
D'après ces indications, je consultai plus attentivement à la Bibliothèque impériale l'œuvre d'Etienne Delaune, et de cet examen résulta pour moi la preuve que la plupart des gravures qu'il a exécutées l'ont été d'après les dessins de Jean Cousin. J'en retrouve tous les caractères bien visibles, particulièrement dans les planches nos 36, 39, 42, 47, 48, 56, des sujets bibliques, et aussi dans les représentations de sujets relatifs aux douze mois, n° 185-196. Ces mêmes sujets sont à la Bibliothèque impériale , gravés sur bois en grande dimension , ce qui permet de mieux reconnaître ceux de ces sujets qu'on doit attribuer à Jean Cousin ; tel est surtout celui du mois de Février (2). Les sujets de chasse noS 275, 276, 277, gravés par Delaune, offrent les mêmes caractères, et j'attribue aussi à Jean Cousin le dessin des sujets représentant des combats, n08 280 à 292.
Alexandre Lenoir nous donne ce renseignement précieux :
« On connaît à Paris un beau manuscrit de Jean Cousin composé de soixante dessins et d'autant de cartouches représentant les diverses positions de la fortune pendant la durée de la vie humaine, prise dans toutes les classes de la société. Les cartouches , analogues à chaque dessin, également faits par Jean Cousin , contiennent en vers français l'explication du sujet représenté devant lequel il est en regard. Entre autres motifs, on voit une jeune fiancée
(1) Jules Renouvier, Des Types et manières des maîtres graveurs, p. 206 et 207.
(2) La gravure en bois de ces douze sujets concernant les travaux des douze mois, est-elle antérieure à la gravure en taille-douce par Delaune? Ce sera difficile à établir. Je possède une de ces planches gravées sur bois, celle de Novembre, où l'on voit un porcher gaulant des glands , que je n'avais pas hésité à attribuer à Jean Cousin, avant de pouvoir m'appuyer sur le témoignage de la note inscrite sur les dessins originaux que possède M. Destailleurs, et cette coïncidence d'en retrouver la gravure exécutée par Delaune. 11 se peut que la totalité de ces entou,rages soient aussi dessinés par Jean Cousin.
qui consulte la Fortune sur son avenir; la Fortune, une baguette à la main, évoque les Amours qui s'échappent à tire d'ailes de ses gobelets fatidiques. Un autre dessin donne en spectacle un roi placé au sommet de la roue du destin que la Fortune fait tourner. Au bas de la roue sont d'autres rois que le destin a renversés.
« Ce manuscrit, rare et précieux, appartenait à M. le marquis de Boufflers. Depuis la mort de ce poëte aimable , on ignore dans quelles mains il a passé (i). »
J'ignore où ce précieux manuscrit, dont les dessins étaient peut-être coloriés, se trouve maintenant. Les vers français qui y sont indiqués pourraient être de Jean Cousin auquel on attribue le sonnet placé en tête de son Livre de portraiture.
Voici l'indication des dessins de Jean Cousin dont j'ai connaissance. Ils sont rares et fort recherchés ; en général ils sont arrêtés à la plume et lavés au bistre ou au bleu d'Inde avec quelques hachures à la plume , très-peu croisées.
M. Destailleurs en possède un très-beau qui représente la Mort de la Vierge.
Notre Musée du Louvre a aussi deux dessins. L'un est une femme presque entièrement nue, un voile décent couvre une partie du corps; elle est vue debout et de face, le bras gauche appuyé sur un cippe. Ce beau dessin à la plume est lavé au bistre. L'ajustement des bandeaux ornés de bijoux et de perles qui s'entrelacent avec un goût exquis dans la chevelure, rappelle certaine coiffure de Diane de Poitiers, et aussi celle de l'Artémise appartenant à M. Poncelet, mais où l'ajustement est beaucoup plus simple.
L'autre dessin à la plume est au trait ; c'est une étude de deux hommes nus, l'un jeune, l'autre âgé ; on y reconnaît la main d'un grand dessinateur. Tous les deux proviennent du cabinet de M. Hesme et ont été acquis à sa vente.
^1) Alex. Lenoir, Musée des monuments français, t. VIII, p. 100.
Le catalogue Grozat, rédigé par Mariette, cite vingt-et-un dessins de Jean Cousin et autres vieux maîtres français (1).
C'est probablement da la collection Nourry que provenait le dessin de Jean Cousin décrit ainsi dans le Catalogue de dessins des grands maîtres du cabinet de M. Villenave, rédigé par M. T. Thoré (Paris, 1842, in-8, p. 57) :
« N° 509. Le Sabbat. Dans une caverne dont l'ouverture laisse apercevoir l'incendie d'une ville, les démons, les magiciens et les sorcières se livrent aux œuvres des ténèbres. Grand nombre de ligures nues qui rappellent l'école florentine et certaines statues de Michel-Ange. — Magnifique dessin à la plume, lavé de bistre, de bleu et de blanc. Hauteur: 28 c; largeur, 43. »
M. Lechevallier-Chevignard possède quelques beaux dessins qu'il attribue à Jean Cousin ; l'un d'entre eux semblerait être un croquis d'après l'une des planches du Livre de portraiture.
Dans la belle collection de dessins de M. Gigoux, il en est trois qu'il attribue aussi à Jean Cousin.
L'un, à la sépia, représente un char triomphal conduit par deux chevaux empanachés et caparaçonnés.
« Sur le char est un guerrier tout armé, le bouclier au bras, et menaçant de son épée; il est assis sur des armures et entouré de drapeaux des vaincus. Le char est conduit par un autre guerrier assis sur le devant, ayant une torche allumée dans la main (on a écrit la Fureur); je ne sais, dit M. Gigoux, si c'est l'écriture du maître. A côté et à pied, une femme le casque en tête, habillée à l'antique, l'épée flamboyante (on a écrit la Cruauté) , puis une autre femme mal vêtue qui ronge un os (c'est sans doute la Faim). Puis une foule de captifs attachés derrière le char. Cette scène se détache sur un fond qui représente des campagnes désolées et une
(1) Le Catalogue de Defer dit que « ce lot, acheté par Nourry, se retrouve eu partie dans le Catalogue de la vente de sa collection, en 1787. Il y avait de citées deux grandes compositions à la plume et au bistre, attribuées à Jean Cousin ; une d'ères représentait le Jugement dernier ».
ville en flammes. Le dessin a en hauteur un pied et demi, la largeur est en proportion. »
Un autre dessin à la sépia, de même grandeur, représente plusieurs scènes de l'enfer : une roue est adaptée par le moyeu à une poutre très-élevée que fait tourner un homme, et à cette roue sont pendus quantité d'hommes, à gauche les géants écrasés, à droite d'autres supplices.
3e dessin, un trait à la sépia fait avec beaucoup de soin, représentant une Vénus.
4e Une Andromède à la plume et à la sépia.
5e Différents épisodes de la vie d'un saint tenté par une belle femme; il est à la plume et à la sépia. Six pouces de largeur, la hauteur est en proportion .
Je possède le dessin lavé au bleu d'Inde qui a appartenu à M. Destailleurs , et qui représente Jésus mis au tombeau. La composition diffère en quelques parties du même sujet dont j'ai la gravure exécutée par Jean Cousin (1).
J'ai aussi un beau dessin de 96 millim. de hauteur, sur 140 millim. de largeur, qui me paraît représenter une prédication de saint Paul. Cette composition est divisée en cinq tableaux (2) séparés par des meneaux, ce qui indique que Jean Cousin le destinait à une verrerie ; c'est, je crois, celui qui provient de la vente de Denon et qui est ainsi désigné dans le Catalogue général des ventes publiques de tableaux et estampes par M. Defer : « Dessin très-capital , à la plume et au lavis, offrant plusieurs sujets de l'Écriture sainte et des figures d'apôtres et saints encastrés dans une façade à colonnes d'une composition élégante. »
Et un autre grand dessin représentant une reine dormant dans son lit; le diadème et le sceptre sont placés à ses pieds. Dans le lointain, une personne, qui semble un jeune homme,
(1) Vente Clément, 27 avril 1864.
(2) L'encadrement de ce dessin est le même que celui des dessins qui appartenaient à Mariette.
offre un sacrifice au pied de l'autel où brûle la victime. En haut, Dieu le Père, escorté de deux anges, tient à la main un globe surmonté d'une croix. Serait-ce le songe d'Athalie que Jean Cousin aurait voulu représenter? Il est,comme l'autre, exécuté au bistre.
J'ai aussi deux autres dessins attribués à Jean Cousin ; ils sont lavés au bleu d'Inde et largement traités. Ils représentent:
L'un une scène du déluge. Un corps étendu sur l'eau offre un savant raccourci ; dans le fond un Triton monté à cheval sonne avec une conque marine.
L'autre représente Prométhée auprès duquel est une Océanide invoquant Jupiter.
C'est le dessin n° 7 du catalogue de Defer, où il est ainsi désigné : « Jupiter dans les airs est imploré par une femme.» Dessin à la plume, lavis d'indigo (1).
M. Albert Lenoir possède un dessin que son père attribue à Jean Cousin. Il représente un enfant gracieux tenant un blason. Sa destination était probablement pour une verrerie.
M. Émile Galichon possède onze dessins sur vélin qui concordent avec les chapitres et articles de YHolomètre. L'architecture très finement exécutée est ornée des attributs et devisede Diane de Poitiers, ainsi que de la devise et des blasons de Henri II, comme duc d'Orléans, Dauphin et roi de France. On peut l'attribuer à Jean Cousin , mais le paysage lave à l'indigo et les figures finement miniaturées sont d'une autre main.
Dans le livre des Coutumes de Sens, imprimé par Kicheboys à Sens, en 1556, les ornements ont été dessinés par Jean Cousin (2). Ils sont, ainsi que les lettres ornées , d'un style identique à celui de son grand ouvrage, le Traité de la perspective.
(1) Vente Desperret, 1865. Dans le Catalogue de Defer est encore indiqué, n°o, un dessin à la plume lavé de bistre, la Vierge et l'Enfant Jésus.
(2) Voir plus loin, à l'article Imprimerie.