GUTENBERG
A quoi bon !
L'homme amoindrit son œuvre en y mettant son nom.
Lorsque Jean Cousin commençait à Sens à se distinguer comme peintre et comme peintre verrier, l'influence des chefsd'œuvre de l'École italienne était toute-puissante à la cour de France. Cette admiration pour les œuvres du Primatice, du Rosso, de Cellini, appelés -en France par François Ier, laissait peu de place à l'attention pour des mérites d'un autre ordre, bien que l'exagération de quelques-unes des qualités de l'École italienne touchât quelquefois à l'affectation et à la manière. Le style de Jean Cousin, plus naïf, plus sévère, plus français, en s'écartant du goût qui prédominait, offrait donc moins de charme. Ce fut, parmi les maîtres italiens, Michel- Ange dont le génie plus austère sympathisait le mieux avec celui de Jean Cousin, qu'il prit pour modèle, ainsi qu'on en peut juger par son tableau du Jugement dernier et par son savant traité des Proportions du corps humain, ces deux chefs-d'œuvre où la théorie et la pratique se trouvent réunies. Plus près de la vérité, il était plus réaliste, se rapprochant en cela de nos peintres miniaturistes, auxquels manquait toutefois cette partie de la science anatomique où Cousin excellait; quant à la sculpture, il s'est placé le rival de Michel- Ange clans la statue où il a fait revivre l'amiral Chabot, couché sur son monument funéraire.
Ses deux principaux chefs-d'œuvre sont donc, comme sculpture, le tombeau de l'amiral Chabot, exécuté à une époque antérieure à celle où Taveau écrivit son livre, puisqu'il s'y trouve mentionné ; et, comme peinture, son Jugement dernier, œuvre la plus importante de notre école française de peinture à cette ancienne époque ; mais c'est surtout comme peintre verrier que Jean Cousin est le plus généralement connu, bien que la fragilité de la matière où l'on admirait ses chefs-d'œuvre en ait hâté la perte. Les uns périrent de nos jours, par une incroyable incurie pour les monuments de l'art recueillis au musée des Petits- Augustin s par les soins et le dévouement d'Alexandre Lenoir, lorsque la tourmente révolutionnaire s'acharnait à détruire ce qui ornait
les églises et les châteaux ; les autres disparurent, après avoir été remplacés par des fenêtres vitrées en verre blanc pour donner plus de clarté dans l'intérieur des églises et permettre aux fidèles de lire dans leurs livres de prières, sans être gênés par l'obscurcissement de la lumière résultant de la richesse même et de l'intensité de la couleur des verrières; enfin, en 1814, par une sorte de fatalité attachée aux vitraux de Jean Cousin, dans la cathédrale même de Sens, sa patrie, l'un de ses plus beaux chefs-d'œuvre fut fracassé par un boulet de canon de l'armée des alliés, lors du siège de cette ville.
Cette substitution des verres blancs aux verres colorés ne se borna pas aux églises ; ainsi nous lisons dans le Traité de la peinture sur verre de Le Vieil, p. 56 [Description des arts et métiers, t. X), qu'à Anet « toutes les vitres du château étaient « autrefois peintes sur verre en grisaille et contenaient divers « sujets tirés de la Fable. Mais M. de Vendôme les fit ôter pour « y substituer des croisées vitrées à la moderne. C'est une « tradition à Anet, que le grand Dauphin, qui connaissait les « anciennes vitres et en faisait beaucoup de cas , reprocha à « M. de Vendôme son peu de goût. »
Profitant des progrès matériels pour la cuisson des pièces de verre qui permettaient de leur donner une plus grande dimension , Jean Cousin put par ce moyen réduire dans ses grandes compositions la quantité d'armatures en plomb qui cernent les contours du dessin et obscurcissent le jour. Il sut aussi remplacer par des couleurs plus claires, plus sobrement ménagées et d'un dessin plus large, le miroitement de ces couleurs primitives qui ne brillent de tout leur éclat que lorsque les rayons du soleil les pénètrent. On peut juger de ce progrès de l'art dans les vitraux de la chapelle de Vincennes, et ce contraste avec l'ancien système est surtout évident dans la cathédrale de Sens si l'on compare ce qui reste du beau vitrail de Jean Cousin avec ceux qui lui sont antérieurs.
C'est gréiez à cette innovation, jointe au mérite de ses peintures sur verre, que Jean Cousin a justement acquis sa grande réputation, et mérite d'être placé au premier rang dans cet art où la France a excellé de tout temps.
Je n'ai pu, ni clans les archives de la ville de Paris ni ailleurs, découvrir l'emplacement de ses ateliers; mais un bibliophile très-compétent m'a dit se rappeler avoir lu que Jean Cousin avait été inhumé (1) dans la chapelle basse de la Sainte- Chapelle, et que son atelier était dans la cour ou l'enceinte de la Sainte-Chapelle, c'est-à-dire sous la juridiction du bailliage du Palais.
On sait que des artistes d'un mérite hors ligne, exemptés, par cela même, du joug des corporations (2), obtenaient delà faveur royale des logements pour leurs ateliers , et de préférence dans les lieux de franchise où ne pouvaient les atteindre les droits et privilèges souvent tyranniques des communautés d'arts et métiers, auxquelles ils échappaient ainsi, par exemple dans le bailliage du Palais, dans l'enclos du Temple, dans la cour de Saint-Jean de Latran, etc. Jean Cousin aurait donc pu obtenir un de ces logements au même titre que Jean Goujon , Bernard Palissy, Benvenuto Cellini. Comme eux, il mit son talent à la disposition du Roi pour concourir en ce qui pouvait contribuer à l'ornement de la cour de France; son talent facile comme dessinateur le lit rechercher en maintes circonstances pour perpétuer le souvenir des cérémonies officielles. En 1563 , il fut chargé , moyennant la somme de
(1) Il n'est pas étonnant qu'on n'ait découvert aucune trace de la sépulture de Jean Cousin, car Morand nous apprend, dans son Histoire de la Sainte-Chapelle, que toutes les tombes qui formaient le parement de la chapelle bis^e furent détruites vers la fin du xvne siède, lorsqu'on y creusa ne nouvelles sépultures pour les chanoines. On doit aussi constater que les épitaphiers de Paris les plus étendus ne donnent pas les épitaphes de la chapelle basse du Palais.
(2) Voir plus loin, au chapitre Gravure sur bois.
720 livres, d'exécuter les décorations pour l'entrée de Charles IX à Sens (1), et l'on peut juger de son mérite comme décorateur, dessinateur et peut-être même comme graveur sur bois, par les beaux livres qu'on doit lui attribuer et qui nous reproduisent l'Entrée de Henri II à Paris en 1549, celle de Henri II et de Catherine de Médicis à Rouen en 1551, et celle de Charles IX à Bayonne en 1566.
Ce sont ces fonctions qui le font figurer sur les comptes royaux comme imagier, c'est-à-dire comme dessinateur et comme tailleur d'images sur bois, à raison de 14 livres par mois (2).
De ce que des artistes anciens ont acquis, après leur mort, une grande célébrité, on se figure volontiers qu'ils auraient dérogé en s'occupant de choses qui nous semblent minimes et que dédaigneraient aujourd'hui des artistes d'un grand renom. Albert Durer , Léonard de Vinci , composaient des ronds avec enlacement de traits pour les dessinateurs, des armoiries pour les particuliers, des ornements et encadrements pour les imprimeurs. Holbein descendait à ces détails minimes pour les ornemanistes et les imprimeurs de Bâle dont il dessinait les marques, et de nos jours, Prud'hon n'a pas dérogé, même lorsque, dans des moments difficiles, il fut réduit à employer son talent pour des vignettes, des lettres officielles et même pour des confiseurs delà rue des Lombards. Récemment on a acquis la preuve que Jean Cousin a exécuté des dessins pour des livres de dentelle.
Si donc Jean Cousin, qui ne paraît pas avoir recherché la fortune, a consacré une grande partie de son temps à dessiner et graver sur bois, ne doit-on pas y voir l'emploi d'une vie occupée à ce genre de travaux paisibles, convenables à la modestie
(1) Tarbé, Recherches historiques, p. 327. — Bruce, p. 207. — Miel , Galerie française, p. 126.
(2) Laborde, Renaissance des arts à la cour de France, tome Ier, p. 423, dans les Comptes de 1400 à 1450.
de son caractère? Le graveur sur bois Papillon, qui de père en fils avait conservé les traditions, nous indique tout ce qu'il a connu et possédé de lui en gravure de ce genre, et nous dit que « presque toutes les estampes des livres imprimés à « Paris sous les règnes de Henri II, de Charles IX et de « Henri III, sont des dessins de Jean Cousin ou de sa « gravure sur bois (1). »
Antérieurement à Papillon, Fournier le jeune, graveur et fondeur en caractères,, célèbre auteur de deux ouvrages sur la gravure sur bois, mentionne parmi les tailleurs d'histoire distingués par leurs talents qui jouissaient de certains privilèges, « le cé- « lèbre Jean Cousin , peintre, géomètre et graveur sur bois, « qui a fait d'excellents ouvrages en ce genre. Bernard Salo- « mon, peintre et graveur en bois , connu sous le nom de « Petit Bernard, fut un de ses élèves (2) . »
A l'aide de ces autorités, de celle de M. J. Renouvier et des documents nombreux en livres ornés des gravures de Jean Cousin ou en planches isolées que le hasard ou de longues recherches m'ont fait découvrir ou qui m'ont été communiqués, il me sera possible d'indiquer avec un suffisant degré de certitude ce dont on lui est redevable en ce genre de travaux.
Comme ses illustres prédécesseurs Albert Durer, Holbein, Lucas de Leyde, Cranach, Burgmaier, Schaufelein et autres grands artistes, Jean Cousin fut séduit par l'idée de pouvoir reproduire par la gravure en relief les traits dessinés de sa propre main, avantage qui fit préférer longtemps à la tailledouce le procédé plus expéditif de la gravure sur bois, parce qu'il rendait plus fidèlement ce que l'artiste lui-même y avait tracé (3).
(1) Papillon, Traité historique et pratique de la gravure en bois, Paris, 1766, t. ï, p. 204.
(2) Dissertation sur l'origine et les progrès de Vart de graver sur bois. Paris, imprimerie de Barbou, 1758, in-8, p. 82.
(3) Cette idée, d'une reproduction fidèle, a plu de tout temps aux grands artistes; N'ai-je pas vu Girodet s'appliquer à dessiner sur des pierres lithographiques
Quoiqu'il n'ait signé aucune de ses gravures sur bois, non plus que les peintures dont il a orné les manuscrits, il semble qu'il ait pris soin de les rendre reconnaissables par les accessoires qui m'ont servi de types et m'ont guidé clans mes recherches. Ces types, je les prends dans deux de ses ouvrages, incontestablement de lui : l'un est le grand vitrail de Fleurigny (la sibylle Tiburtine) ; l'autre son Livre de perspective, dont les planches «ont été pourtraictes de sa main » , ainsi qu'il le déclare. Partout dans toutes ses compositions on retrouve un feuillage en pendentif, des pyramides rappelant celle de Gaïus Sestius à Rome, des obélisques, des bâtiments en ruine, des amphithéâtres, des arcs à demi rompus, etc., qui décorent les fonds, souvent à profusion ; on y reconnaît aussi la coiffure des hommes et des femmes dont les têtes sont souvent très-reconnaissables ; enfin le style de son dessin, tout en se rapprochant de l'école de Fontainebleau, s'en distingue par un caractère plus archaïque et plus heurté surtout dans les draperies. A ces indications, on reconnaît ce qui est de lui sans qu'il soit besoin de voir son nom inscrit sur les ouvrages.
De ses gravures à l'eau-forte, on en connaît seulement cinq ou six (1)* Il y attacha donc beaucoup moins d'importance qu'à la gravure sur bois, genre plus ancien employé avec succès par Simon Vostre et Pigouchet dans leurs petites gravures d'un style archaïque qui décorent nos premiers livres d'heures, et qui se maintenait encore avec sa rudesse de style et d'exécution et sa naïveté toute française dans les livres de chevalerie, d'histoire et de religion, imprimés par Vérard. Mais déjà cet art, devenu plus correct, et même italianisé dans les
un grand nombre de ses compositions et suivre avec un vif intérêt les progrès de ce nouveau procédé qui le séduisait par cela même, me disait-il, qu'il lui permettrait de reproduire, sans le secours d'un autre interprète et par ses propres mains, son propre ouvrage? De même j'ai vu sur la fin de sa carrière mon parent Hersent s'appliquer avec ardeur à la photographie naissante, parce qu'il voyait la nature reproduite par elle-même sans le secours d'un interprète; (1) Voir plus loin, au chapitre Gravure.
gravures attribuées à Geofroy Tory et à Woeiriot qui avaient voyagé en Italie, acquit, grâce à Jean Cousin, un haut degré de perfectionnement.
On voit donc successivement les imprimeurs artistes, Denys Janot, Corrozet, Estienne Groulleau, Jacques Kerver et quelques autres que fatiguait l'infériorité des gravures sur bois reproduites souvent à satiété dans leurs livres, s'adresser à Jean Cousin pour qu'il voulût bien consacrer son talent à orner leurs publications de ces gravures devenues maintenant si rares malgré le grand nombre d'éditions qui les ont propagées. Mais, indépendamment de ces petits chefs-d'œuvre, Jean Cousin, qui nous a montré, dans son Livre de pourlraiture (des Proportions du corps humain), sa grande science, nous donne, dans ses compositions isolées, telles que celles de V Histoire d'Esther, la preuve d'un talent qui le rend l'égal des grands maîtres. Dès lors on vit disparaître de nos livres cette gravure archaïque et inexpressive dont la monotonie fatigue; l'exécution manouvrière et grossoyée fit place à l'art de la gravure sur bois, qui fut transporté à Lyon par son élève Salomon Bernard.
Jean Cousin s'est aussi adonné à la peinture des miniatures dans les livres. Le Musée des Souverains possède le livre d'Heures de Henri II, dont les miniatures ont été signalées par Rigollot comme étant de Jean Cousin, ce que confirme l'examen que j'en ai fait. J'ai pu acquérir récemment le magnifique manuscrit in-folio du Livre de Prières de messire Claude Gouffier, comte de Maulevrier, etc., et grand écuyer de France; il est orné de grandes peintures à l'aquarelle, qui peuvent se placer par leur mérite à côté de son tableau du Jugement dernier. D'après le témoignage de M, Hesme un autre livre d'Heures avec miniatures de Jean Cousin existe à Liverpool. Les belles gravures d'un livre d'Heures imprimé en 1581 par Jacques Kerver (4), et tant d'autres,
(1) Voir plus loin, au chapitre Imprimerie, l'article Jacques Kerver.
destinées à remplacer clans l'ornementation des livres l'art et le luxe trop coûteux des miniatures , attestent le talent de Jean Cousin en ce genre. On y voit que, tout en adhérant à l'école de Fontainebleau, Jean Cousin, qui ne voyagea pas en Italie, appartenait encore par tradition à notre ancienne école miniaturiste de Paris dont Jean Perréal, dit Jean de Paris, est le plus célèbre représentant , et à celle de ces habiles peintres de l'école de Tours, de quelques-uns desquels les noms nous sont maintenant connus, tels que Jensson'Loisel ou Loiseau , à qui je crois pouvoir attribuer la plupart des tableaux, au nombre de 106, qui décorent le Missel français de Charles VI, que je suis heureux de posséder (1). Jensson Loisel fut le précurseur de Jean Foucquet, ce peintre de Charles VII et de Louis XI, dont les fils, miniaturistes comme lui, furent les contemporains de Jean Poyet, le peintre des Heures d'Anne de Bretagne, et même de Jean Cousin.
L'abbé de Marolles, clans son Livre des peintres et graveurs, cite avec éloge Jean Cousin parmi les peintres, sans s'astreindre à la chronologie, car il le place sans façon, ainsi que François Janet et Martin Fréminet, au milieu des artistes lesquels ont fleuri en France depuis 1600 (2) :
Jean Cousin est un bon peintre
Voilà tout ce qu'il dit dans sa sèche énumération, qui renferme plus de cinq cents noms d'artistes.
Ce que nous savons de plus positif sur Jean Cousin comme peintre, comme sculpteur et comme peintre verrier, nous a été donné par Félibien clans ses Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes qu'il publia de 1666 à 1688 ; et, quant à ses dessins et à ses gravures sur bois, c'est à Fournier et à Papillon (3) qu'on est rede-
(0 Elles ont 12 à 13 cent, de hauteur, sur 15 à 16 cent, de largeur.
(2) Marolles cite un grand nombre de peintres qui sont de beaucoup antérieurs à cette date de 1600, tels que Albert Dîner, etc.
(3) Quoique Papillon (Jean-Baptiste-Michel), auteur du Traité historique et
vable des renseignements disséminés dans leurs ouvrages sur la gravure sur bois.
Bien que Dezalliers d'Argenville, en 1745 (1), et Le Vieil, en 1774 (2), aient reproduit en grande partie ce qu'on sait par Félibien même, cependant on trouve dans leurs ouvrages quelques renseignements de plus. Gomme ils ont écrit à une époque où les œuvres de Jean Cousin existaient encore, leur opinion en acquiert plus de poids : j'ai donc cru utile de reproduire les biographies qu'ils ont faites de cet artiste. C'est d'ailleurs dans chacun des chapitres consacrés aux diverses branches de l'art où s'est distingué Jean Cousin qu'on trouvera réparti ce que j'ai pu postérieurement recueillir (3).
Félibien. Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, 1666-88, 2 vol. in-4.
« Mais un des plus considérables de tous les peintres françois qui travailloient alors, et dont sans doute la réputation n'est point encore si grande qu'elle mérite, a été Jean Cousin. Il étoit de Soucy, proche de Sens. S'étant appliqué dès sa jeunesse à l'étude des beaux-arts, il devint excellent géomètre et grand dessinateur.
pratique, de la gravure stir bois, 2 vol. in-8°, n'ait publié son livre qu'en 1766, cependant il y reproduit les traditions qu'il tenait de son père et de son aïeul , comme lui graveurs sur bois. La mort de ce dernier, arrivée vers 1630 , n'était postérieure à celle de Jean Cousin que de quarante ans.
(1) Histoire de la vie des peintres.
(2) Descript. des arts et métiers, in-fol., 1774 : Traité de la peînturesur verre.
(3) Je saisis cette occasion pour remercier M. Lobet, littérateur distingué, à Auxerre, auteur d'une excellente notice sur Jean Cousin ; M. Challard, professeur de dessin à l'École de Sens, MM. Bouvyer frères; MM. Destailleur et Beaudicourt, dont les cabinets renferment tant de documents précieux sur notre école française , et tous ceux qui, comme M. Paul Lacroix, dont l'étendue des connaissances égale l'obligeance, ont bien voulu me seconder dans ces recherches. Je dois mentionner aussi avec de grands éloges les renseignements que M. Georges Duplessis a consignés dans sa notice sur Jean CoUsin dans la suite du Peintre graveur de Dumesnil, et aussi le travail auquel s'est livré M. Ed. Daligand, ancien maire de la ville de Sens, officier d'Académie, membre du conseil général de l'Yonne. Je dois aussi à l'obligeance de M. Maurice du Seigneur, architecte, la communication des notes manuscrites de son père, M. J. du Seigneur, statuaire, sur Jean Cousin, notes qui font partie des immenses recherches que cet archéologue a laissées sur les artistes français.
Comme en ce temps-là on peignoit beaucoup sur le verre, il s'addonna particulièrement à cette sorte de travail et vint s'établir à Paris. Après y avoir fait plusieurs ouvrages et s'être mis en réputation, il fit un voyage à Sens où il épousa la fille du sieur Rousseau, qui en étoit lieutenant général. L'ayant amenée à Paris, il continua les ouvrages qu'il avoit commencez et en fit quantitez d'autres. Un des plus beaux que l'on voye de lui est un tableau du Jugement universel qui est dans la sacristie des Minimes du bois de Vincennes, et qui a été gravé par Pierre de Jode, Flamand, excellent dessinateur. Par ce seul tableau on voit combien il étoit sçavant dans le dessein, et abondant en belles pensées et en nobles expressions ; aussi est-il malaisé de s'imaginer la grande quantité d'ouvrages qu'il a faits, principalement pour des vitres, comme l'on en voit à Paris dans plusieurs églises, lesquels sont de lui ou d'après ses desseins. Dans celle de Saint-Gervais, il a peint sur les vitres du chœur le martyre de saint Laurent, la Samaritaine et l'histoire du Paralytique.
« Son bien étant situé aux environs de Sens , il passoit dans cette ville-là une grande partie de l'année, et c'est pourquoi l'on y voit plusieurs peintures de sa façon. Il y a une vitre dans l'église de Saint-Romain où il a représenté le Jugement universel; et dans l'église des Cordeliers, il a peint aussi sur une vitre Jésus- Christ en croix et l'histoire du Serpent d'airain; et, sur une autre, un miracle arrivé par l'intercession de la Vierge.
« Dans la chapelle du château de Fleurigny, qui n'est qu'à trois lieues de Sens, il a représenté la Sibylle qui montre à Auguste la Vierge qui tient entre ses bras son fils environné de lumière, et cet empereur prosterné qui l'adore. On voit encore dans la ville de Sens plusieurs tableaux de sa main et quantité de portraits, entre autres celui de Marie Cousin, fille de cet excellent peintre, et celui d'un chanoine nommé Jean Bouvier.
« Il y a, chez un conseiller du présidial de Sens (1), un tableau de ce peintre où est représentée une femme nuë et couchée de son long. Elle a un bras appuyé sur une tête de mort, et l'autre allongé sur un vase entouré d'un serpent. Cette figure est dans une grotte percée en deux endroits différents. Par l'une des ouvertures on voit une mer, et par l'autre une forêt. Au-dessus du tableau est écrit Eva prima Pandora. Tous ces différents ouvrages sont assez
(1) M. LeFèvre.
considérables pour faire juger que Jean Cousin étoit un des sçavants peintres qui ayent été. La nature et l'étude avoient également contribué à le rendre habile; car on voit dans ce qu'il a fait une facilité et une abondance que Fon ne peut acquérir par la seule étude, et l'on y remarque un correct dans le dessein, une exacte observation de perspective et d'autres parties que la nature ne donne point. Aussi a-t-il laissé des marques de son sçavoir dans les livres que nous avons de lui, où il donne des règles pour la géométrie, pour la perspective et pour ce qui regarde les raccourcissements des figures. Ce dernier a été jugé si utile pour apprendre les principes de la peinture, qu'il est dans les mains de tous ceux qui professent cet art; et la grande quantité d'impressions qu'on en voit est un témoignage de sa bonté et de l'estime qu'on en fait.
« Outre tous ces talents nécessaires dans sa profession, il avoit encore celui de plaire à la cour, où il étoit fort aimé, et où il passa une partie de ses jours auprès des rois Henri H, François II, Charles IX et Henri 111. Comme il travailloit fort bien de sculpture, il fit le tombeau de l'amiral Chabot, qui est aux Célestins de Paris dans la chapelle d'Orléans. Il y en a qui ont voulu faire croire qu'il étoit de la religion prétendue réformée, à cause que dans la vitre où il a représenté le Jugement universel dont j'ai parlé, il a peint la figure d'un pape qui paraît dans l'enfer au milieu des démons. Mais c'est un fondement bien foible pour avoir donné lieu à mal juger de la foi de ce peintre, qui n'a pas été le seul, comme nous l'avons remarqué ailleurs, qui ait peint de semblables choses pour apprendre à tout le monde qu'il n'y a point de condition qui puisse être exempte des peines de l'autre vie (1); joint que tous ses autres ouvrages, où il a pris plaisir de représenter des sujets de piété, et particulièrement la vie qu'il a « toujours menée, le justifient assez de ces soupçons si légers et si mal fondez. L'estime qu'on doit avoir pour un si grand homme, m'a souvent fait informer de sa vie et de ses mœurs ; mais je n'ai
(1) Parmi les beaux fragments que j'ai vus réunis chez M. Poncelet et dont il m'a donné les photographies, il croit y voir la représentation d'un pape, quoiqu'il soit difficile de reconnaître une tiare dans le bonnet, qui semblerait plutôt celui d'un doge, et aussi le portrait de Jean Cousin lui-même et même de sa fille. M. Chaulay, à Sens, a recueilli aussi un grand nombre de fragments de têtes d'un caractère non moins beau. J'espère qu'il voudra bien les publier par la photographie.
rien ouï dire de lui que de très-avantageux. 11 m'a été impossible de sçavoir en quelle année il est mort, seulement qu'il vivoit en 1589, véritablement fort âgé. »
De Piles. Abrégé de la vie des peintres. Paris, 1699, in-8.
«Pour ce qui est de Jean Cousin, il mérite un éloge particulier. Il étoit de Souçy, auprès de Sens, et l'attache qu'il eut pour les beaux arts dans sa jeunesse l'y rendit profond, et surtout dans les parties de mathématiques , qui conduisent à la régularité du dessin : aussi a-t-il été assez correct en cette partie de la peinture, et il en a donné un livre au public, qui s'est imprimé une infinité de fois, et qui seul, quoy que très-petit et de peu d'apparence, conservera long-tems la mémoire de Jean Cousin. Il a aussi écrit de a géométrie et de la perspective. Comme de son tems la mode étoit de peindre sur le verre, il s'y est plus attaché qu'à faire des tableaux. On en voit de beaux ouvrages dans les églises aux environs de Sens et dans quelques-unes de Paris, et entr'autres dans celle de Saint-Gervais, où il a peint sur les vitres du chœur le Martyre de saint Laurent, la Samaritaine et l'histoire du Paralytique. On voit dans la ville de Sens quelques tableaux de sa façon et plusieurs portraits. Mais de tous ses ouvrages, le plus estimé est le tableau du Jugement universel, qui est dans la sacristie des Minimes du bois de Vincennes, et qui se voit gravé par Pierre de Jode, Flamand, bon dessinateur. Ce tableau fait voir la fertilité du génie de son auteur par la quantité de figures dont il est composé. Ce que l'on y pourroit souhaiter, ce seroit seulement un peu plus d'élégance dans son goût de dessein.
«Il épousa la fille du lieutenant général de Sens, et l'emmena à Paris, où il passa le reste de ses jours. Son savoir et ses manières agréables l'introduisirent à la cour et luy attirèrent de la considération pendant les règnes d'Henri II, de François II, de Charles IX et d'Henri III.
« Comme il travailloit aussi de sculpture, il fit le tombeau de l'amiral Chabot, qui est aux Célestins de Paris, dans la chapelle d'Orléans. On ne sait pas précisément combien Jean Cousin a vécu, mais on sait seulement qu'il vivoit en 1589 cl qu'il est mort fort âgé. »
Dezalliers d'Argenville. Abrégé de la vie des plus fameux peintres, 1745, 2 vol. in-4°.
« Jean Cousin dessinoit bien; il mettoit beaucoup d'expression dans ses têtes, beaucoup de noblesse dans ses pensées, et le tour de ses figures tient du Parmesan; la perspective , l'architecture, l'anatomie, faisoient partie de ses talents : il fut plus occupé à peindre des vitrages que des tableaux. Son plus fameux ouvrage est le Jugement universel, placé chez les Minimes de Vincennes; l'ordonnance en est belle, la pensée élevée, et Ton y trouve des têtes d'un caractère et d'une expression admirables, principalement celles des anges disposés entre les figures. Son habileté et sa correction paroissent dans le nombre des figures nues que ce sujet demande , et son portrait se voit dans un des coins du tableau. Il étoit placé dans l'église de ces religieux, qui est assez déserte : quelqu'un; profitant de cette situation, le coupa tout autour de la bordure, et l'alloit enlever, lorsqu'un religieux qui survint empêcha le vol : on fit recoudre et raccommoder le tableau , et on le transporta, pour plus grande sûreté , dans la sacristie.
« La réputation de Jean Cousin fut brillante sous les règnes de Henri U, François II, Charles IX, et Henri III , dont il fut fort considéré. La sculpture l'occupoit quelquefois , et le tombeau de l'amiral Chabot , qu'on voit aux Célestins, dans la chapelle d'Orléans, est de sa main.
a Jean Cousin a donné beaucoup de dessins, d'après lesquels on a peint les vitres de plusieurs églises de Paris et des provinces de France; son habileté, prouvée par tant d'ouvrages, le fait connoître pour un de nos grands peintres. A ces heureux talents pour sa profession , il a joint l'art d'écrire sur plusieurs matières, qui ne Font pas moins illustré; la géométrie, la perspective, et un petit livre des proportions du corps humain , orné de planches en bois, sont entre les mains de tout le monde; la quantité d'impressions qu'on en a faites en prouve suffisamment l'utilité.
« On croit que ce peintre étoit de la religion prétendue réformée, sur ce qu'il a représenté le Pape en enfer, dans un vitrage de l'église de Saint-Romain de Sens, où il a peint le Jugement universel. La régularité de ses mœurs et une probité reconnue lui gagnèrent l'estime de tous ceux qui le connoissoient. Il mourut fort âgé, et
l'on ignore précisément Tannée de sa naissance et celle de sa mort. 11 ne paroît pas qu'il ait fait aucun élève.
« Ses dessins, qui sont fort recherchés, sont arrêtés à la plume, et lavés au bistre ou au bleu d'Inde , avec quelques hachures à la plume très-peu croisées. Malgré la correction de son dessin, l'expression de ses têtes, et l'imitation du Parmesan et des anciens maîtres , Jean Cousin a contracté une manière des plus sèches, avec un certain goût gothique, qui le fera toujours distinguer parmi les autres maîtres de son temps.
« Le Jugement universel se conserve dans la sacristie des Minimes de Vincennes, et les vitres delà chapelle du château sont peintes de sa main.
« On voit à Sens le tableau d'une femme nue , et couchée dans une grotte , appuyée sur une tête de mort ; dans l'église de Saint- Romain, le Jugement universel est sur les vitres; et aux Cordeliërs , Jésus-Christ en croix , le Serpent d'airain , et un miracle arrivé par l'intercession de la Vierge.
« Le portrait du chanoine Jean Bouvier, et celui de Marie Cousin sa fille, sont de sa main.
« Sur les vitres du chœur de Saint-Gervais , à Paris, on voit le Martyre de Saint-Laurent , la Samaritaine et le Paralytique.
« On ne connoît de gravé , d'après ce maître, que le Jugement universel, en plusieurs feuilles, par Pierre de Jode, Flamand ; et le Serpent d'airain, gravé par maître Ëtienne de Laulne. Son Livre des proportions est rempli de figures en bois d'après ses ' dessins. »
J.-M. Papillon, graveur sur bois, ancien associé de la Société académique de Paris, Traité historique et pratique delà gravure sur bois, Paris, 1766, 2 vol. in-8°, t. Ier, p, 203-205.
« Le célèbre Jean Cousin, peintre françois, natif de Souci, près de Sens, excelloit dans la sculpture, et a pareillement gravé en bois plusieurs ouvrages de sa composition ; tel est son livre des principes pour la figure, dont on voit plusieurs copies, et ses traités de géométrie et de perspective.
« Il a dessiné, à ce que l'on dit, gravé sur bois, grand nombre de sujets de la Bible, de deux grandeurs différentes, lesquels sont
très-rares. Telles recherches que j'aie pu faire, je n'ai vu nulle paît, ni au cabinet des estampes du roi, aucun sujet de ces deux Bibles, dont par hasard j'ai acheté, il y a plus de trente ans, quatre estampes, ayant un peu plus de seize pouces de large , sur neuf et demi de hauteur ; elles représentent la Création du monde, avec celle de l'homme et de la femme , le Péché d'Adam etd'Ève, Cham se moquant de son père Noé, et où se voit aussi la Tour de Babel , et la dernière l'Enlèvement du prophète Éiie. Celle-ci, de quelques lignes moins haute et moins large, parce qu'on en a ôté le filet, est ornée d'une bordure d'ornements d'un pouce de large , qui renferme aussi par en bas, dans une bande à passe, partout large de deux pouces de hauteur, la description du sujet en caractères espagnols, ce qui fait connoîlre que ces figures de la Bible furent si estimées qu'on les imprima en plusieurs pays , ou accompagnées de discours en différentes langues; les tailles de cette gravure sont fort bien maniées , et c'est, selon les apparences, le cadre ou la bordure que j'ai dit, qui a donné lieu de croire que Cousin avoit fait deux grandes Bibles.
« Quoi qu'il en soit, l'on voit par cette planche d'Élie , qu'il y a eu bon nombre de figures de cette Bible de faites. Je ne puis néanmoins dire s'il y en a eu du Nouveau-Testament. J'ai bien aussi une estampe de même grandeur que les premières dont je viens déparier, mais sans filet et tant soit peu plus basse, représentant le Mariage du jeune Tobie, dont je ferai encore mention après l'article de Jean Le Clerc, que l'on pourroit croire être de la môme suite; mais, comme les figures en sont plus grandes que des autres, et même plus correctement dessinées, je suis là-dessus indécis, et n'ose pas y donner l'affirmative.
« J'ai aussi une Résurrection , qui vient d'un Missel, et qui est de la même main.
« Jean Cousin a fourni des dessins à plusieurs graveurs en bois, dont les noms sont inconnus.
« J'ai quelques-unes de ses œuvres, entre autres quelques Estampes de plusieurs petites Bibles (1) /et un petit Testament in~24, dont les figures sont excellentes, et pittoresquement dessinées et gravées en bois; les planches, au nombre de cent quatrevingt-dix, dont quelques-unes sont répétées , et comprises celles de l'Apocalypse, ont quatorze lignes de hauteur sur deux pouces
(1) Papillon, t. Ier, p. 459.
de largeur; ces mots sont à la fin du livre : Excudehat Lutetiœ Mavricius Menier, 1556 (1). Il n'y a qu'un grand dessinateur qui ait été capable de bien rendre et graver si artistement qu'ils le sont les caractères de têtes de ces figures, les petites mains et les pieds d'une régularité sans pareille , et plus corrects que celles et ceux des ouvrages du célèbre Bernard Salomon , ou le Petit Bernard ; leurs beautés mériteroient , à chaque estampe , une description particulière qui nous mèneroit trop loin. Je me contenterai d'indiquer seulement les quatre Christs en croix des pages verso 53 , pages 87, 142 et verso 183 , qui sont admirables, et des chefsd'œuvre de notre art, particulièrement lavant-dernier, de même que presque toutes les figures de l'Apocalypse.
« Les œuvres de Lactance, dédiées à François 1er, et traduites par René Famé, son notaire et secrétaire, vendues à Paris , en 1555 , par Étienne Groulleau, rue Neuve-Notre-Dame, à l'enseigne Saint-Jean-Baptiste , et de même format que le petit Testament ci-dessus, avec un ovale au frontispice, où est représentée une plante de chardon, et pour devise : nul ne s'y frotte, contiennent plusieurs des planches de ce Testament» savoir : pages 34, 81, 116, 257, 358,410, 413, 41G, 516, 519, 551 , 565 , 7£8, 732 et 764, comprises plusieurs répétées plusieurs fois, et dont plusieurs autres ne sont point dans le petit Testament, quoiqu'elles soient aussi admirablement dessinées et gravées en bois que les autres.
« Ce livre de Lactance contient en tout cent soixante-seize figures de même grandeur, entre lesquelles s'en trouve nombre de copiées d'après la Bible d'Holbein, dont j'ai parlé ci-devant, page 166 et suivantes , comprises plusieurs répétées ; quantité d'autres figures, rien qu'au trait, mal dessinées et pareillement répétées plusieurs fois dans ce livre, ne méritent point entrer en parallèle avec les premières. Ce sont des sujets grossiers de la Fable.
« Il y a eu une édition de Lactance, à Paris, chez Petit, en 1509, mais je ne sais s'il y avoit des gravures en bois. J'ai encore de Jean Cousin les portraits d'Henri II et d'Henri III , rois de France, et celui du poëte Ronsard ; ils sont tous dans ses œuvres de poésies, imprimées, in-12, à Paris, chez Gabriel Ruon, au Clos Bruneau , en 1586, 1587 ; et par sa veuve, en 1597.
(1) Après d'infructueuses recherches pendant plus de vingt ans sans pouvoir trouver trace nulle part de ce petit volume, je soupçonnais quelque erreur commise par Papillon, lorsque j'en ai retrouvé les gravures découpées dans la riche collection de M. de Beaudicourt, qui heureusement avait conservé le titre du livre.
« Plus, les figures d'Orus Apollo, première édition, en 1543, et une autre en 1553.
« Plusieurs estampes des Apôtres , et trente-trois autres de la Vie d'Ésope pour un petit in- 24 ; ces dernières furent copiées à Lyon environ Tan 1600. J'ai vu un livre de la Vie et des Fables d'Ésope , imprimé dans cette ville pour la deuxième édition en grec et en latin, et vendu par Jean Jullieron, où il y a de ces copies; elles n'approchent point des originaux ; les Fables sont encore plus mal; j'en ai la plus grande partie.
« On croit que Jean Cousin a gravé d'autres figures des Fables d'Ésope pour un in-12; j'ai quelques estampes de ces dernières; elles ont un pouce seize lignes de large, sur vingt et une lignes de haut.
« J'ai encore les figures des trente-une Épîtres d'Ovide, imprimées à Paris, en latin et en françois, l'an 1579, par ou pour Hierosme de Marnef , et la veuve de Guillaume Cavellat. Les figures des Métamorphoses d'Ovide , in-24 , en latin et ensuite en françois ; celles des Œuvres de Virgile , de la même grandeur, et des Histoires prodigieuses, aussi de même grandeur, chez la veuve de Guillaume Cavellat, au Mont-Saint-Hilaire , en 1598, et plusieurs autres, de chez Jacques Kerver, à Paris.
« Presque toutes les Estampes des livres imprimés dans cette ville, sous les règnes d'Henri II, François II, Charles IX et Henri III, sont de ses dessins ou de sa gravure en bois. Il peignoit aussi excellemment sur le verre; les vitres de Saint-Gervais, à Paris, et celles de Saint-Romain de Sens, sont de lui. Il vivoit encore en 1589, et étoit très-âgé (1).
« Dans le jeune temps de Jean Cousin, J. Ferlato et P. Rochienne , dessinateurs gothiques , exerçoient aussi la gravure en bois. » (P. 460.)
Traité de la peinture sur verre, par Le Vieil, in-fol. 1744. Dans Description des arts et métiers, t. IX, p. 49.
« Le temps de la naissance et de la mort de Jean Cousin, le premier modèle des peintres françois, nous est absolument inconnu. On sait seulement qu'il naquit à Soucy, près la ville de Sens, et vivoit encore en 1589 dans un âge fort avancé.
(1) Papillon, t. Ier, p. 204.
« Bon géomètre et grand dessinateur, il fit de la peinture sur verre sa première et sa plus fréquente occupation; il y excella comme inventeur et comme copiste , il abonda en belles pensées comme en nobles expressions, les connoisseurs lui reprochent un reste de ce goût gothique qui l'avait devancé.
« Il seroit presque impossible de raconter la grande quantité d'ouvrages qu'il a faits pendant le cours d'une vie longue et laborieuse, principalement sur des vitres qu'il peignit lui-même, ou dont il fournit des cartons dans plusieurs églises de Paris et de la province, pour les nombreux élèves qu'il dut faire dans cet art, qui pour lors étoit dans sa plus grande vogue.
« Les plus belles de ses vitres sont dans l'église paroissiale de Saint-Gervais, à Paris, qu'il paroît avoir entreprises en concurrence avec Robert Pinaigrier (i); on lui attribue entre autres celles du chœur de cette église; il y a peint lui-même le Martyre de saint Laurent, — V Histoire de la Samaritaine, et dans une chapelle autour du chœur à droite, la Réception de la Reine de Saba par Salomon, ouvrage digne de l'admiration des connoisseurs pour sa belle exécution et la brillante vivacité de son coloris.
«On distingue dans le frontispice de l'architecture du Palais de ce roi le chronogramme 4551. On lui attribue aussi les belles grisailles du château d'Anet (2), et les vitres de la sainte chapelle de Vincennes d'après les dessins de Lucas Penni et Claude Baldouin (3). On voit aussi beaucoup de ses ouvrages de peinture sur verre àMoret, et à Sens, entre autres, où il a peint le Jugement
(1) Dans son article sur Robert Pinaigrier, Le Vieil dit : « Ce qui est certain, c'est qu'il travailloit en concurrence avec Jean Cousin. » Pinaigrier a peint à Chartres, dans l'église paroissiale de Saint-Hilaire, des vitres, en 1527 et 1530, et dans plusieurs églises de Paris.
(2) « AAnet, diocèse de Chartres, élection de Dreux, toutes les vitres de la chapelle de ce magnifique château, que Henri II fit bâtir pour Diane de Poitiers, sa avorite, sont très-estimées. Elles ne sont pas rehaussées par l'éclat des couleurs, mais de simple grisaille. Les sujets y sont rendus avec beaucoup d'expression On diroit que les figures sortent du verre. On distingue surtout le premier vitrail à gauche, qui représente Moïse levant les mains vers le ciel pendant le combat des Israélites; mais on ne sait rien du nom du peintre de ces admirables vitres qui furent seulement ordonnées estre faites et peintes de cette manière par Philibert de Lorme, qui conduisoit la construction de ce château en qualité d'architecte. » (Note de Le Vieil.)
(3) On ignore d'après quelle autorité Le Vieil attribue les dessins ou cartons à ces deux artistes. Il ne reconnaîtrait donc Jean Cousin que comme ouvrier verrier ; mais il n'indique nulle part que Jean Cousin eût des ateliers de cuisson.
dernier dans l'église de Saint-Romain. Il peignit à l'huile ce même sujet qui Ta fait regarder comme le premier peintre d'histoire de France. Cet excellent tableau qu'il avoit fait pour l'église des Minimes du bois de Vincennes, ayant été arraché des mains d'un voleur par un religieux qui survint fort à propos, se conserve depuis cet accident dans la sacristie de cette église. Il a été gravé par Pierre de Jode, graveur flamand et excellent dessinateur. Il peignit encore dans une vitre des Gordeliers de Sens J.-C. en croix, figuré par le Serpent d'airain, dont l'histoire y est admirablement représentée.
« On voit sous le charnier orné de vitres peintes de Péglise paroissiale de Saint-Étienne-du-Mont de Paris, dans le vitreau qui sert de porte au petit cimetière, le pareil sujet représenté d'un goût exquis en dessin et d'un merveilleux détail. Ce vitreau a été transporté sous ce charnier après avoir décoré pendant longtemps la chapelle des onze mille Vierges dans la nef de celte église; il s'y trouve beaucoup de parties effacées par le peu de fusion que la peinture a prise au fourneau de recuisson. La beauté de la composition de ce vitreau donne lieu de croire qu'il pourroit avoir été peint par Jean Cousin, ou par quelqu'un de ses meilleurs élèves d'après ses cartons.
« On voit encore dans la chapelle du château de Fleurigny, à trois lieues de Sens, un de ses ouvrages dans lequel il a représenté la Sibylle tiburtine qui montre à Auguste l'Enfant Jésus porté dans les bras de la sainte Vierge, couronné de lumière, et cet Empereur qui l'adore; le tout peint d'après les cartons du Rosso.
« Jean Cousin ne posséda pas le seul talent de la peinture, il y joignit celui de la sculpture ; le tombeau de l'amiral Chabot, qui est dans la chapelle d'Orléans, en l'église du monastère des RR. PP. Célestins à Paris, est dû à l'art avec lequel il manioit le ciseau, comme à la profondeur et à l'élévation de son génie : enfin on reconnoît dans tous ses ouvrages la bonté de son goût et l'étendue de ses talents.
« Il a écrit sur la Géométrie et sur la Perspective : son livre sur les proportions du corps humain, toujours estimé et toujours estimable, lui suscitera toujours de nouveaux élèves.
« La réputation de ce grand maître s'accrut de jour en jour sous les règnes de Henri II, de François II, de Charles IX et de Henri III dont il fut fort considéré.
«On le soupçonna d'avoir été attaché à la prétendue réforme.
La figure d'un pape précipité dans l'enfer et exposé à toute la fureur des démons qui le tourmentent, a donné lieu à ce soupçon. Sa probité et la régularité de ses mœurs lui gagnèrent pendant une longue suite d'années l'estime de tous ceux qui le connurent. »
Le savant Émeric-David, dans son Histoire de la Sculpture française (Paris, 1853, in-12, page 177), consacre une page à Jean Cousin qu'il considère comme statuaire , plutôt que comme peintre et dessinateur.
«Jean Cousin n'a pas moins illustré cette suite d'artistes, étrangère àFontainebleau. Né à Souci, près de Sens, à la fin du quinzième siècle, et d'abord peintre sur verre, il se nourrit sans doute des beautés de Michel-Ange et de Raphaël, mais il ne paraît pas qu'il ait jamais vu l'Italie. Déjà il jouissait d'une brillante réputation, bien avant l'arrivée du Rosso et de Primatice. La statue qu'il plaça sur le tombeau de l'amiral Chabot, en 1543, belle de vérité, de simplicité, de force et de noblesse, formait, à cette époque, un contraste singulier avec la grâce recherchée de nos Gallo-Florentins. Cette statue, en albâtre, de grandeur naturelle, d'abord consacrée dans l'église des Célestins de Paris (1), ensuite recueillie au Musée des monuments français (2), se trouve aujourd'hui au Musée d'Angoulême (3). Elle représente, comme l'on sait, l'amiral assis, le coude appuyé sur son casque et comme près de s'endormir. Dans un bas-relief, en marbre, de la même époque, François, premier du nom, comte de la Rochefoucauld, est représenté également dans l'attitude d'un homme endormi, tandis que vers lui se penche sa fille, Anne, dont les traits expriment la douleur (4). C'est un nouveau système de composition qui s'introduisait dans la sculpture : l'image de l'assoupissement remplaçait celle de la mort. Ponce, en 1535, avait représenté le prince de Carpi à demi couché sur son sarcophage et faisant la lecture. Cette idée est devenue, comme celles qui avaient précédé, le type de différentes
(1) Sauvai, 1. 1, p. 461 ; Millin, Antiq. nat., t. I; Célestins, p. 56; grav. ibiJ.
(4) Musée des monuments français, n° 557, édit. de 1810, p. 250; édit. avec grav., t. IV, p. 184.
variations. Suivant Félibien, Jean Cousin, très-vieux, vivait encore en 1589 (1). On croit généralement qu'il mourut vers cette époque. »
Jules Renouvier, dans son livre des Types et manières des maîtres graveurs, Paris, 1853, s'est livré à des recherches approfondies sur Jean Cousin, principalement comme dessinateur (pour ne pas dire graveur sur bois, selon l'expression commune). Je crois devoir reproduire l'article qu'il lui a consacré.
«Jean Cousin, né en 1501 à Soucy près de Sens, où florissait une école de peintres, de verriers, appartient pour la meilleure part de sa vie au temps de François Ier, bien qu'il ait vécu jusqu'en 1572. Il avait son talent fait au moment où Rosso et Primatice s'impatronisèrent; mais il ne fut pas, comme eux, l'objet des faveurs de la cour; il figure à peine dans les comptes royaux publiés par M. de Laborde, de 1540 à 1550, recevant comme imagier 14 livres par mois. Ses ouvrages capitaux dans la peinture et la sculpture, les verrières de Sens et de Saint-Gervais, la Pandore, Eva prima Pandora. le monument de l'amiral Chabot, sont des produits d'un génie tout français, empreints des plus fines qualités de la Renaissance française, en pleine analogie avec les compositions originales de Pinaigrier, de Clouet et de Jean Goujon : le Jugement dernier de la chapelle des Minimes, exécuté plus tard, donne un trop grand étalage des tours de force accrédités par les Italiens, mais il ne paraîtra point dépourvu de la naïveté dans la science et de la simplicité dans l'effet, qui sont le propre de l'École française, pourvu qu'on ne le juge pas sur la perfide traduction de Pierre de Jode. Je n'ai à considérer ici que ses gravures.
«Jean Cousin grava en peintre quelques eaux-fortes d'une grande distinction; la plus belle est l'Annonciation : l'ange Gabriel s'avance à gauche porté sur une nue par des archanges , et la Vierge, agenouillée vis-à-vis de lui, se penche saisie d'étonnément; ces deux figures de profil, le front droit, la bouche béante, exprimant une naïveté et une fierté toutes particulières, gravées d'une pointe spirituelle, quoique appuyée et terminée, forment
(1) Félibien, Entretiens , t. III, p. 83.
une composition pleine de style et de simplicité. Le Christ mort, pleuré par les saintes Maries , eau-forte traitée en esquisse, d'une pointe savante traçant des traits hardis et pittoresques ombrés légèrement sans système de hachures, est une scène mouvementée et énergique, d'un tour propre à notre maître ; le Christ est long et maigre, la Vierge a des formes plus arrondies, les têtes sont d'une grande expression, les extrémités fines, le fond très-habilement dégradé et historié de fabriques et de figures. Zani, le seul auteur qui ait parlé des eaux-fortes de Cousin, qu'il dit introuvables , n'a décrit que la Chute de saint Paul sur le chemin de Damas, pièce plus grande, mais moins faite, en traits rapides et heurtés, qui se distingue bien par là de l'estampe gravée par De Laulne sur le dessin même de Jean Cousin. On ne saurait non plus la confondre avec une eau-forte grossière du même sujet, faite par un graveur de PÉcole de Fontainebleau.
«Il est probable que Jean Cousin exécuta ces pièces après 1540 et sur l'exemple de Parmesan, importé alors en France. Son dessin aussi y prend des habitudes italiennes ; dessinateur prononcé, il ne veut pas se montrer moins habile et moins énergique que les maîtres qui étaient venus répandre les manières de Michel- Ange et de Parmesan; mais il garde cependant un fonds propre, une force et une grâce plus contenues, et l'empreinte de la tradition française. Mariette, qui n'est pas exempt du préjugé italien, reconnaissait ce point en le taxant de sécheresse et de raideur ; Le Vieil, aussi, en lui trouvant un reste de goût gothique.
«Jean Cousin tient plus de place par les dessins qu'il fournit à la gravure en bois dans les livres publiés à Paris jusqu'en 1572 ; mais les attributions de la plupart de ces livres ont été faites arbitrairement. Papillon lui donne les planches d'un grand nombre de livres, et particulièrement celles d'un Nouveau Testament, imprimé par Maurice Menier en 1556. « Il n'y a qu'un grand dessinateur qui ait été capable de rendre et de graver si artistement qu'ils le sont, les caractères de tête de ces figures, les petites mains, les pieds d'une régularité sans pareille et plus corrects que ceux des ouvrages du célèbre Bernard (1). » Ces éloges s'appliqueraient bien à plusieurs vignettes des livres de Janot, de Corrozet; mais l'attribution n'en étant pas certaine, je les reporterai aux graveurs anonymes des libraires de Paris , qui employèrent les
(1) traité historique de la gravure sur bdisy tome I, p. 202 et 459.
dessins de Cousin , comme ceux de plusieurs autres artistes. Je mentionnerai cependant ici l'Entrée de Henri II à Paris , en 1549(1), parce que c'est le chef-d'œuvre de la gravure sur bois française, et que je ne vois pas à qui l'attribuer mieux qu'au Maître sénonois. S'il ne travailla pas pour la cour, il put bien être employé aux ouvrages de la ville ; ceux qui furent exécutés pour célébrer le couronnement de la reine Catherine de Médicis sont d'une composition et d'un style qui n'appartiennent qu'à lui. L'Hercule de Gaule, fait à la ressemblance du feu roi François Ier, tenant enchaînés à sa bouche les quatre ordres de l'État, la Fontaine surmontée des statues de la Seine, de la Marne et du bon Événement; l'Arc triomphal portant un Typhis dont la figure approchait bien fort celle du Roi triomphateur; enfin, la figure de Lutetia nova Pandora, « vestue en nymphe, les cheveux espars sur les espaules et tressés à l'entour de la tête, agenouillée sur un genoil d'une merveilleusement bonne grâce, » et toutes les autres représentations que l'artiste avait peintes dans les rues du cortège et qu'il dessina pour la relation , sont dans la manière délicate de l'École française. Le dessin en est pur, plein de gentillesse , et la gravure si habilement ménagée qu'on ne peut la croire d'une autre main. Il semble qu'un ciseleur seul a pu , en aussi peu de tailles, fouiller ces têtes piquantes , modeler ces corps élégants, friper ces draperies; et ce ciseleur, qui donc serait-il, sinon l'auteur du mausolée de l'amiral Chabot, l'artiste français qui résuma le mieux deux côtés de -l'art, la minutie et la force , le resserrement et la grandeur, le gothicisme et la renaissance?
« Jean Cousin s'est expressément nommé comme « ayant portraicté de sa main sur planches de bois » les figures de son livre de Perspective, qui furent taillées par Jean le Royer, imprimeur ès mathématiques, et par Aubin Olivier, maître conducteur des engins de la Monnaie au moulin , son beau-frère (2) ; et nous pouvons prendre là encore une idée de la façon dont il traitait ses dessins sur le bois. Sa force dans le jeu et le raccourci des muscles, la carrure de ses formes et l'élégante finesse de ses ex-
(1) C'est V ordre qui a esté tenu à la nouvelle et joyeuse entrée de Henri II en sa bonne ville de Paris; Pan MDXLIX, chez Jacques Roffet dit le Faulcheur.
(2) Livre de perspective de Jehan Cousin, Sénonois, maître peintre à Paris. Paris, Jehan Le Royer, in-fol., 1560. M. Robert Duraesnil en a minutieusement décrit toutes les planches, et attribue à Jehan Le Royer les lleurons et les lettres ornées de ce livre et de plusieurs autres.
trémités, l'arrangement propre et pittoresque des ruines, l'aplomb des petites figures, sont aussi artistement rendus que dans l'ouvrage précédent; toutefois la taille, moins adroite et moins maîtresse, n'obtient pas autant d'expression dans ses figures. Je ne sais point la valeur didactique que peut conserver le Traité de Perspective de Jean Cousin; un perspectiviste classique trouvait qu'il n'avait eu aucune idée de la pratique simple des Écoles d'Italie, dont les lignes d'opération s'aperçoivent encore sur les dessins de Léonard de Vinci , de Fra Bartolomeo, mais qu'il arrivait, par un système particulier tout hérissé de difficultés, à une justesse remarquable de composition. Ne reconnaît-on pas là, comme nous avons vu dans Durer, l'artiste de la renaissance faisant encore des dogmes de toutes les traditions du moyen âge ?
« Le style de Jean Cousin, dont les qualités principales me paraissent être la force et l'élégance contenues, se retrouve dans les vignettes de l'Hypnérotomachie, ou Discours du songe de Poliphile, publié par Jacques Kerver, en 1546 et 1561. Ici seulement, l'original italien que l'artiste français imite donne à son style plus de tenue encore; il garde pourtant des qualités siennes. Les cariatides accentuées du titre, les longues statures, les formes élégantes, les extrémités amincies des figures , l'expression des têtes, la gentillesse des enfants, sont autant de traits distinctifs de son dessin magistral. Des traits accessoires, comme les arbustes qui percent les rochers, y démontrent aussi l'analogie avec les vignettes du Traité de Perspective. Quant au travail de gravure, habile et fin dans les meilleures pièces, bon quoique plus gros dans d'autres et tout à fait négligé dans les dernières, je n'en ferai pas l'attribution. Ici, comme dans toutes les gravures sur bois, on peut constater que le dessinateur, quand il termine ses dessins sur le bois, laisse peu à faire au tailleur, et que celui-ci ne laisse percer ses bonnes ou mauvaises qualités, que lorsqu'il a sous son échoppe des dessins insuffisants; sa manière la plus générale, qui est aussi celle des dessinateurs et des peintres français, c'est la clarté.
«c Jean Cousin publia aussi, en 1571, un Livre de portraicture, où il donnait l'art de dessiner les mesures et proportions de plusieurs statues antiques, la description des os et des muscles du corps humain , et une instruction pour dessiner toutes les figures sous leurs différents aspects. Cette méthode, bien que postérieure à celle de Durer, est encore toute basée sur des opérations géo-
métriques, et l'étude de la nature n'y paraît que d'une manière subreptice. Je n'ai pas vu l'édition originale; celle de 1593 , faite par JeanLeclerc, a déjà si bien alourdi et travesti dans ses tailles de bois les types du Maître , qu'on s'étonne qu'il ait pu garder longtemps son autorité dans les académies de dessin. Les graveurs français qui travaillèrent sur les dessins de Jean Cousin ne s'astreignirent pas à sa manière : De Laulne, Du Cerceau, Léonard Gaultier, en conservent seulement quelques traces. On rencontre quelquefois des eaux-fortes et des bois anonymes, qui, dans leur médiocrité sans prétention, la font peut-être mieux sentir. Je citerai la Sainte Famille, de 1544, décrite par Mariette (eau-forte), et l'Homme entouré des symboles de l'Ancien Testament, pièce sur bois du Cabinet des estampes. »