A PARON
petit village près de Sens,
Dans la visite que j'ai faite à Sens chez M. Lefort, architecte en chef du département, coopérateur de M. Viollet-le- Duc, il m'a dit avoir entendu raconter que dans un petit village près de Sens, nommé Paron, on voyait encore quelques débris de vitraux, parmi lesquels il y en avait un représentant sainte Florence, à qui cette petite chapelle était dédiée.'
M. Ghallard voulut bien s'y rendre et y dessiner les deux seuls personnages peints sur verre qui restent encastrés dans un vitrail blanc; ils représentent une sainte tenant un livre et la palme du martyre; c'est probablement sainte Florence. L'autre est un vieillard appuyé sur un bâton où est attaché un chapelet^ il tient de l'autre main un vase. C'est la représentation de saint Bon : dans le fond on voit une petite église. J'en possède les calques.
Le style de ces deux personnages est très-beau et digne de Jean Cousin auquel la tradition les attribue : ils sont peints en verre coloré et non point en grisaille, mais l'exécution est loin d'avoir la précision des belles têtes conservées à Sens et à Auxerre, et qui sont aussi en grisaille. La grandeur est d'environ 40 centimètres : c'est Lout ce qui reste de cette verrerie.
Un grand vitrail, qui se trouvait dans la même église, représentait la Création et portait la date de 1556.
D'autres vitraux de cette petite église avaient été démontés et déposés dans un grenier d'où successivement ils ont disparu ; peut-être pourrait-on les retrouver en partie en Angleterre. L'un d'eux représentait Y Enfer.
Dans plusieurs articles du Bulletin archéologique , publié en 1843 par le Comité historique des arts et monuments, l'église de Sens fut accusée d'avoir vendu des objets précieux de son trésor et surtout des vitraux de Jean Cousin. On trouvera dans ce Bulletin, tome III, page 56 et suiv., la réponse à cette accusation par M. Bernard , chanoine-trésorier de la cathédrale :
« Une preuve de fait positive et qui, en justifiant la fabrique, expliquera les observations des voyageurs, dit M. Bernard, c'est qu'en effet il a existé un Enfer; que quelques morceaux de verre de cet Enfer se sont trouvés entre les mains des ouvriers et dés employés; qu'ils ont pu être vendus par eux. Mais jamais cet Enfer n'a été placé dans la métropole ni remis en la possession de la fabrique. 11 faisait partie d'un Jugement dernier peint par Jean Cousin et placé dans l'église de Saint-Romain-lès-Sens. Cette église a été vendue au commencement de la révolution et acquise par M. Cornisset, receveur de l'arrondissement. Elle a été démolie, et au moment de sa démolition un ancien religieux, appelé le P. Leyre. a retiré et placé quelques parties des vitraux au-dessus d'une chapelle de la métropole (sur une voûle). Longtemps avant que le siège archiépiscopal n'eût été réérigé, elles ont été disséminées et vendues par les vitriers du pays. M. Tarbé en a acheté quelques fragments d'un nommé Baugrand, dix ans après que le P. Leyre les eût sauvées.
« L'église des cordeliers possédait encore de beaux vitraux de Jean Cousin. M. Chapelain, propriétaire de cette église, en abandonna les vitraux à M. de Formanoir, premier curé de la métropole après la révolution. En les descendant, on les laissa tomber, el ils se brisèrent. M. de Formanoir en fit déposer les débris dans l'ancien magasin du chapitre. A peine ce dépôt était-il connu d'autres personnes, que des ouvriers s'en servaient pour réparer les vitres cassées de la métropole. Voilà ce que j'ai recueilli des témoins, notamment de M. Tarbé, qui n'a jamais quitté le pays ni cessé de s'y intéresser. Voici vingt-deux ans que j'y suis moimôme, et j'ai toujours vu les vitraux dans l'état où ils sont. »