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Au château d'Anet , ce chef-d'œuvre de l'art français , dont l'architecture fut confiée à Philibert Delorme, la sculpture à Jean Goujon , et la décoration pour les vitraux à
Jean Cousin, le tout sous l'inspiration et le goût aussi enthousiaste que délicat de Henri II et de Diane de Poitiers, les fenêtres offraient des compositions exécutées en grisaille, tirées en partie de la Fable et de l'Histoire sainte, et la chapelle, ce petit chef-d'œuvre qui rivalise avec ce que la Grèce a produit de plus parfait (1), était aussi embellie par des vitraux de Jean Cousin.
Voici ce que nous dit Le Vieil au sujet de ces vitraux :
«A Anet, diocèse de Chartres, élection de Dreux, toutes les vitre» du château étaient autrefois peintes sur verre en grisaille et contenaient divers sujets tirés de la Fable, mais M. de Vendôme les fit ôter pour y substituer des croisées vitrées à la moderne. C'est une tradition à Anet, que le grand Dauphin, qui connaissait les anciennes vitres et en faisait beaucoup de cas, reprocha à M. de Vendôme son peu de goût. Au surplus, celles de la chapelle de ce magnifique château que Henri II fit bâtir pour Diane de Poitiers, sa favorite, sont très-estimées. Elles ne sont pas rehaussées par l'éclat des couleurs, mais de simple grisaille. Les sujets y sont rendus avec beaucoup d'expression. On dirait que les figures sortent du verre. On distingue surtout le premier vitrail* à gauche, qui représente Moïse levant les mains vers le ciel pendant le combat des Israélites; mais on ne sait rien du nom des peintres de ces admirables vitres, qui furent seulement ordonnées pour être faites et peintes de cette manière par Philibert de Lorme qui conduisait les constructions de ce château en qualité d'architecte. »
Il ne reste presque rien de ces vitraux, et cependant, même après la révolution, ils devaient se trouver encore dans les gre-
(1) C'est à M. deCaraman, acquéreur en 1840 du château d'Anet, que l'on doit sa conservation. Tombé dans le délabrement depuis la mort du duc de Penthièvre, il courait grand risque d'être démoli de même que le fut le château deSorel, appartenant, ainsi qu'Anet, à la duchesse du Maine, et dont les ruines dominent encore les bords de l'Eure. M. deCaraman, ami éclairé des beaux-arts, fit d'intelligentes réparations au château d'Anet, sous la direction de M. Caristie, de l'Institut et architecte du gouvernement. Maintenant, c'est par les soins éclairés de M. Moreau, qui en est devenu possesseur, que ce beau monument do l'art français reprend, du moins dans tout ce qui en est resté, son antique splendeur. M. de Caramanct M. Moreau méritent la reconnaissance des amis de l'art.
niers où M. de Vendôme les avait relégués, puisque M. Alex. Lenoir nous dit :
« Ces belles peintures, que j'ai obtenues des acquéreurs du château d'Anet, sont exécutées en grisaille claire, de manière qu'elles tempèrent l'ardeur du soleil sans ôter le jour, et qu'elles produisent l'effet d'un verre dépoli (1). » Et il ajoute : « Dans la chapelle d'Anet, ce chef-d'œuvre d'élégance de Philibert de Lorme, on voit encore de petits vitraux qui ornaient les croisées de la sacristie; ce sont des sujets de piété. Ils sont accompagnés de vers français. »
Parmi les principales compositions , on cite les sujets suivants :
1° Les Israélites vainqueurs des Amalécites, sous la conduite de Moïse ;
2° Jésus-Christ prêchant au désert ;
3° Abraham rendant son fils à Agar.
Alexandre Lenoir, dans son Musée des monuments français, t. VIII, p. 97 , a donné la gravure de la grande composition des Israélites vainqueurs des Amalécites , sous la conduite de Moïse, et voici ce qu'il dit à ce sujet :
« Cette peinture, d'une composition riche et d'un dessin parfait, qui ornait la chapelle du château d'Anet, que l'on a vue pendant plusieurs années au Musée des monuments français et que nous avons achetée avec les autres objets d'art dont nous avons orné notre Musée, représente, dans la proportion de douze pieds, le combat des Amalécites. »
Les vitraux onl disparu en grande partie , mais, grâce au zèle que MM. Moreau et Duffer apportent à en recueillir les fragments dispersés en divers lieux, on peut espérer les revoir
(1) Miel, dans sa Notice sur Jean Cousin (Galerie française; Paris, Firmin Dtdot, 1821, 3 vol. gr. in-4, avec portraits), dit que ces grisailles imitent le verre dépoli cl produisent l'effet le plus doux à l'œil. (T. I, |». 127.)
restitués sinon complètement , du moins avec un soin méticuleux.
Déjà même on peut juger du charmant effet que produisent ces peintures d'un ton clair par deux grands carreaux d'une des fenêtres de la salle (servant maintenant de bibliothèque) qui représentent des armoiries , et par deux fragments encadrés dans une autre fenêtre où l'on voit, parmi les divers détails, dans l'un, Gallisto changée en ourse, et, dans l'autre, un satyre. Ces fragments, à eux seuls, suffisent pour nous donner un exemple de la grâce et de la délicatesse du talent de Jean Cousin.
Quelques fragments encastrés dans les verreries de l'église de Croth, près Anet, où je les ai vus longtemps (1), sont maintenant transportés au château et réunis par les soins de M. Moreau à d'autres fragments qui déjà dépassent le nombre de cent (2) ; leur authenticité est attestée par les marques de Henri II et de Diane de Poitiers, et par ce ton clair des grisailles bien moins intense que ne l'est la coloration des beaux fragments recueillis à Sens et à Auxerre par les soins de MM. Ghaulay et Poncelet.
Cette légère coloration du verre aurait dû les préserver de l'outrage que leur fit M. de Vendôme, puisqu'elle n'obstruait en rien la lumière , qu'elle rendait plus douce et plus harmonieuse.
(1) Cette petite église , attenante à notre papeterie de Sorel, à quatre kilomètres d'Anet , est ornée , ainsi que celle de Sorel , de beaux vitraux.
(2) Le jour même où j'écris ces lignes (30 juillet 1869), je rencontrai M. Moreau revenant de Mézières, où on lui avait dit qu'il pourrait peut-être retrouver quelques fragments des vitraux d'Anet, recherche malheureusement inutile, de même que tant d'autres que j'ai faites , soit directement, soit par correspondance, sur les œuvres de Jean Cousin d'après des indications inexactes. Ainsi, on m'assurait qu'au Mans et dans l'abbaye de Solesme , il se trouvait quelques restes des travaux de Jean Cousin. La lettre de Ms' l'archevêque du Mans, et celle que j 'ai reçue du vénérable abbé Guéranger, ont dissipé toute illusion à ce sujet.