JEAN LECLERC
Fils d'Antoine Leclerc, libraire de 1547 à 1566, Jean Leclerc figure dans le Catalogue des libraires de Lottin à la date de 1573 jusqu'à sa mort en 1627 ; il paraît avoir été l'éditeur de la plupart des gravures exécutées par Jean Cousin. 11 demeurait rue Saint-Jean -de-Latran , à la Salamandre, et c'est par son fils David Leclerc, imprimeur et libraire, que fut imprimée la première édition du Livre de pourtraicture de Jean Cousin, le 10 mars 1593.
Dans le privilège de ce livre donné à Mantes par Henri IV, en 1593, Jean Leclerc est qualifié marchand tailleur d'histoires.
Je crois que Jean Leclerc doit principalement sa célébrité à la publication faite en 1596, peu d'années après la mort de Jean Cousin, des dessins pour la Bible que celui-ci lui avait laissés. Gomme cette Bible parut sans aucun nom, c'est sous celui de Jean Leclerc qu'elle est plus spécialement désignée ; le succès rendit son nom populaire, et il paraît certain qu'il fut le tailleur sur bois de la plupart de ces nombreux dessins.
Il serait curieux de connaître les ouvrages publiés par ce marchand d'estampes. On croit généralement que c'est pour lui que Jean Cousin exécuta les grandes planches gravées sur bois qui, pour la plupart, ont paru isolément, et dont un nombre assez considérable est perdu maintenant ; il en est plusieurs dont on ne connaît qu'un ou deux exemplaires.
Voici ce que Papillon nous dit de Leclerc, t. I, p. 264 :
« Jean Le Clerc, de Paris, de la famille du peintre lorrain de « ce nom, florissoit sous les règnes de Henri III et Henri IV, et « se signala aussi par ses belles gravures en bois et en cuivre, et « beaucoup d'après Jean Cousin, de qui il avoit, je pense, appris « à dessiner, ou de lui-même sur les livres de cet habile maître, « dont il a vendu les ouvrages, particulièrement son fameux livre « Des Proportions et des Racourcis de la figure, avec les planches « gravées en bois. »
Papillon parle d'une généalogie des rois de France depuis Pharamond jusqu'à Henri IV en quatorze feuilles in-folio de toute la largeur du livre; la première imprimée en caractères mobiles; les treize autres gravées en bois par ce maître (Jean Leclerc, tailleur d'images). L'édition qu'il a vue était datée de 1595, mais l'avertissement nous fait connaître qu'il y en a d'autres antérieures.
Il parle d'un fragment qu'il possédait ce de seize pouces de « longueur sur environ sept pouces et demi de haut, prove- « nant d'un ouvrage assez considérable, représentant par des « branches généalogiques les portraits à demi-corps, parmi les « fleurs, les raisins et les feuilles de branchage, des rois, des « grands prêtres, des docteurs des Juifs, avec des caractères « de têtes fort bien dessinés et les noms gravés sur des ban- « deroles ou rubans , le tout manié avec du goût et de l'en- « tente. »
Il y avait, ajoute Papillon, au bas des feuilles, qui devaient en se développant former un seul ensemble, un texte imprimé au bas de chacun des rois.
Je possède un petit in-folio intitulé Abrégé de V histoire françoise avec les effigies des roys depuis Pharamond jusques au roy Henry IV, tirées des plus rares et excellentz cabinetz de la France , par H. C. Edition troisiesme reveuë et augmentée de nouveau. Paris, Jean le Clerc , rue Saint- Jean-
de-Latran, à la Salamandre, 1596. La première est de 1585, à Paris, chez Jean Leclerc, rue Fromentel, à l'Étoile d'or.
Cette édition contient, outre la préface, trente-trois feuillets dont les trente-deux premiers offrent les portraits de soixantequatre rois de France très-bien gravés sur bois ; le trentetroisième feuillet contient le portrait de Henri IV admirablement gravé en taille-douce. Les encadrements sont dans le goût de ceux que Papillon a décrits dans la publication qui précède.
Je possède aussi un Recueil des Effigies des roys de France avec un brief sommaire des généalogies, faits et gestes oViceux, format in-4°, belle édition encadrée ; en tête est un grand fleuron aux armes royales avec deux femmes à chaque côté supportant la couronne avec la devise Pietate et justifia. Au verso du f. 62 (avant-dernier) est un autre grand fleuron non moins remarquable: deux femmes y tiennent des palmes, et sur une grande banderole se rattachant à deux colonnes on lit les mots Pietate et justifia ; c'est la devise de Charles IX. Sur la feuille suivante est un Sonnet au Roy Charles neufiesme sur sa devise pietate et justitia , et sur l'encadrement de ce dernier feuillet est gravée la date 1567 (1).
Ce livre des Effigies avait été omis dans les diverses bibliographies. M. Brunet en a donné la description d'après mon exemplaire, et s'il a indiqué la date (1567), c'est que le Catalogue de la Bibliothèque nationale cite l'édition de Desprez comme portant cette date, mais cette date est écrite à la main, et l'état détérioré des filets d'encadrement dans ces deux exemplaires de la Bibliothèque nationale indique , par les rup-
(1) L'ouvrage n'est pas daté. La Bibliothèque nationale possède un exemplaire où, au bas du titre , on lit : à Paris, par François Desprez, rue Montorgueil, au Bon Pasteur. Mon exemplaire porte : à Lion, par Raullant de IS'evfchatel; les encadrements sont d'un beau style, et on y voit des personnages, couchés suides roseaux, qui rappellent le style de Jean Cousin; ils ont quelque analogie avec ceux qui encadrent la première édition de la Bible de Jean Cousin , dite de Jean Leclerc.
tures qu'on y remarque, que ces éditions ont été précédées par d'autres où les filets conservaient leur état primitif.
Les portraits, au nombre de soixante et un, sont à mi-corps et de grande dimension ; ils ont un beau caractère et semblent, à partir de saint Louis, avoir été exécutés d'après des monuments originaux existant alors. Dans l'avis au lecteur on lit: «I'ay bien voulu faire une recherche des plus nota- « bles figures, portraictz d'iceux depuis Pharamond, premier « roy, jusques à Charles neufiesme, à présent régnant, et iceux « représenter au plus près du naturel que m'a esté possible ; ce selon ce que j'ay pu recouvrer tant par le moien des effigies « représentées es sépultures desdietz roys, que en plusieurs « autres endroietz, où j'ay congneu la nayveté du portraict. »
De qui est le dessin et la gravure de ces portraits? Il est difficile de se prononcer à ce sujet ; je pencherais cependant pour Jean Leclerc en me reportant à son édition de la Bible, dont les entourages ont beaucoup de rapport avec ceux des Effigies.
J'ai parlé (page 142) de la Bible dite de Jean Leclerc et de la découverte de la première édition datée de 1596 avec encadrement. Au sujet de diverses planches isolées, de grande dimension, dont le dessin est de Jean Cousin, et dont j'ai pu réunir plusieurs dans ma collection, Papillon entre dans quelques détails. (Voyez plus haut, p. 136 et suivantes.) Espérons qu'on parviendra à en découvrir d'autres.
Le monogramme de Leclerc a été décrit plus haut, p. 141.
La veuve de Jean Leclerc exerçait encore en 1640.