‹ Étude sur Jean CousinChapitre 56 sur 72 · UN TABLEAU INCONNU DE JEAN COUSIN · texte numérisé non relu

UN TABLEAU INCONNU DE JEAN COUSIN

[Addition à l'art. Peinture, p, 49.)

C'est au moment où j'allais mettre sous presse cette étude, peu de jours avant l'investissement de Paris par l'armée prussienne, que je fus informé, par M. Albert Lenoir, qu'un tableau important, peut-être de Jean Cousin, se trouvait au Musée de Compiègne. Son époque, le style, le sujet même, allégorique et très-compliqué (où M. A. Lenoir a cru voir une représentation de la vie humaine), offraient, à ces divers titres, des rapports avec ce que je connaissais de Jean Cousin. Les détails que je reçus de M. Emmanuel Woillez, conservateur du musée de Compiègne, dans une lettre que je crois devoir reproduire, m'engagèrent à me rendre, le 5 août 1870, à Compiègne, d'où je dus revenir immédiatement, sans pouvoir

m'arrêter aussi longtemps que je l'aurais voulu ; mais il résulta de l'examen rapide que je fis de ce tableau , très-important pour l'histoire de l'ancienne peinture française , dont nous possédons si peu de monuments, que, malgré des rapprochements avec les rares tableaux que nous possédons de Jean Cousin, je n'osais le lui attribuer avec un degré suffisant de certitude. Des parties fort bien dessinées et d'un grand style, et même peintes avec art, sont dignes de lui; d'autres, où l'on pourrait mieux juger du mérite du peintre, ont été visiblement retouchées par une main inhabile. Quant au sujet allégorique de ce tableau , il est tellement compliqué qu'il était difficile d'en donner une explication satisfaisante, mais cette même obscurité que l'on remarque dans son tableau d'Eva prima Pandora se retrouve dans quelques autres dessins de Jean Cousin. Toutefois, comme je n'y voyais pas certains détails caractéristiques que le sujet, il est vrai, ne comportait guère, je croyais que ce tableau devait encore être rangé au nombre de tant d'autres livrés à l'incertitude et aux hasards des recherches.

En voici la description très-exacte que je dois à l'obligeance de M. E. Woillez.

Compiègne, ce 6 juillet 1870.

Monsieur,

Le tableau que possède le musée de Compiègne, et attribué à Jean Cousin, a été donné par M. Vivenel, architecte et ancien entrepreneur des travaux de l'Hôtel de ville de Paris, mort il a peu d'années en léguant sa belle collection d'objets d'art à sa ville natale.

En consultant ses notes, je vois qu'il a désigné ce tableau sous le titre de : Les Vertus et les Vices, et que, selon lui, Jean Cousin en est l'auteur. Il m'a été impossible d'apprendre d'où il vient et comment il est arrivé en sa possession. — On est donc réduit à des conjectures; toutefois il est évident, d'après les détails et les costumes, que c'est une œuvre qui reproduit des personnages du sei-

zième siècle. — Il est peint à l'huile, sur toile; sa largeur est de 128 centimètres et sa hauteur de 73 cent.

Le sujet qu'on y a représenté est très-vaste, il ne comporte pas moins de 180 personnages; chaque groupe,, très-bien composé, est remarquable par la vérité de l'expression des figures, les détails sont peints avec finesse et la touche est large, enfin tout accuse une main de maître.

Il serait bon de comparer ce tableau avec ceux de Jean Cousin que possède le Louvre ou toute autre collection : peut-être y retrouverait-on le style, la touche de cet artiste, sa manière de traiter des sujets analogues.

Je vais essayer maintenant de vous faire une description de ce tableau, qui paraît offrir un sujet allégorique.

Au milieu d'un vaste paysage, le ciel, couvert de sombres nuages, resplendit à l'horizon ; au centre d'une gloire éclatante, s'élève, sur une montagne escarpée, une espèce de temple peint en grisaille et se détachant en blanc sur ce fond lumineux, dont la façade principale présente une porte ouverte ornée de niches, avec une rotonde, des frontons et des clochers dans le goût italien du seizième siècle.

Des arbres entourent cet édifice, et plusieurs groupes de personnages occupent l'espace qui sépare le temple du bord de la montagne : les uns sont assis, d'autres debout, et tous paraissent délibérer ou causer entre eux. Un sentier très-étroit, tortueux et difficile, descend du plateau où s'élève le temple, jusqu'au bas de la montagne au milieu de rochers, et on voit des infirmes le gravir péniblement.

Au-dessous de ce sujet, s'étend une plate-forme sur laquelle sont encore groupés des savants, des astronomes, des musiciens, des vieillards, des personnages à l'air grave, qui semblent méditer et disserter entre eux, les uns en costume du seizième siècle, d'autres en robes, en manteaux. Au-dessus sont d'autres personnages qui s'acheminent vers le sentier qui conduit au temple.

A la gauche de cette plate-forme, sur un plateau qui lui fait suite, on voit, un autre temple, entouré d'arbres aussi, au pied duquel des figures s'enlacent, et plus bas, sous une tente, des musiciens, une orgie, et une scène de débauche. Un personnage vêtu d'une robe rouge domine cette scène; il est placé en face de l'entrée du temple, avec un livre ouvert où il indique avec le doigt un passage inscrit sur un des feuillets. Vis-à-vis est une porte d'où

sort un groupe d'hommes et de femmes qui désignent par leurs gestes le groupe des» savants de la plate -forme.

Plus bas, à la suite de l'orgie, et presque au centre du tableau, sous la figure d'une femme nue s'appuyant sur un globe, l'auteur a représenté la Fortune distribuant des richesses, de splendides vêtements, des couronnes, une crosse, des vases d'or, des bijoux, de l'argent, que s'empressent de recueillir unévêque, un seigneur et des personnages divers.

Au bas de cette scène, une femme paraît indifférente à tout cela et abrite sur son sein un enfant, tandis que plusieurs autres enfants entièrement nus sont réunis à ses pieds.

A côté on voit une femme encore nue, entourée d'hommes couchés sur des débris ou des épaves d'un naufrage, dans un grand dénûment, qui ramassent avidemment quelques pièces de monnaie qui tombent à leurs pieds.

Peut-être peut-on voir dans ce sujet l'ivrognerie , l'impureté, la fortune, la pauvreté et la charité, c'est-à-dire une personnification des vices et des vertus (?).

A la suite, d'autres figures se dirigent vers la gauche du tableau pour y personnifier, paraît-il, des vertus. Près d'un vieillard vêtu d'une longue robe, la tête couverte d'une espèce de capuchon, tel qu'on en voit dans les tableaux du seizième siècle, se groupent des enfants portant des jouets; il conduit par la main d'autres enfants richement vêtus, vers une dame assise sur un trône en splendide costume de la même époque, portant une collerette montante à la Médicis, le cou orné d'un collier de perles et couverte de bijoux, qui fait boire un jeune homme dans un vase ciselé : peut-être pourrait-on reconnaître dans cette femme la Bienfaisance (l'Ivresse?).

A côté, à droite, près de cette dame, se tient une femme en robe blanche voilée, tenant à la main un cœur, laquelle s'appuie sur une autre femme, jeune, portant une baguette à la main; un homme l'implore à genoux et la saisit par la robe. Près de lui, un autre homme couché l'implore aussi, tandis que, dans l'ombre, des malheureux paraissent tourmentés par des êtres malfaisants.

Du même côté et au-dessus de ces groupes, dans la partie supérieure du tableau et près d'un chemin qui monte en serpentant vers le temple, au plateau de la montagne, on voit des hommes qui se poursuivent, l'un d'eux est étendu sur la terre et un autre fuit devant deux autres qui veulent le frapper ou le tuer.

Toujours à droite, au premier plan du tableau, s'élève une autre

porte ouverte en arcade, en ruines, décorée de colonnes d'ordre toscan ou dorique et en plein cintre surbaissé; on y voit une foule qui suit un chemin aboutissant toujours au sommet de la montagne.

Cette partie de la composition n'offre que des scènes calmes et paraîtrait ne reproduire que des vertus.

Voilà, Monsieur, l'ordonnance générale du tableau, qui présente un grand intérêt comme œuvre d'art et comme production de l'époque de la Renaissance.

Emmanuel Woillez,

Correspondant du ministère des lettres et beaux-arts, etc .

Un an s'était écoulé depuis mon examen du tableau allégorique de Gompiègne , et un pressentiment vague de son importance me le remettait souvent en mémoire. Enfin, en cherchant à en pénétrer le sens , je fus amené à faire le rapprochement de ce tableau allégorique peint par Jean Cousin , avec celui d'Eva prima Pandora, et aux sources où cet artiste aurait pu puiser l'idée de son œuvre. J'ai dit plus haut (p. 46) qu'ayant retrouvé dans les marques typographiques historiées de l'imprimeur-libraire Gilles Gourbin, dont j'attribue la composition à Jean Cousin , la représentation de Pandore avec sa boîte, et dans une autre grande composition de Jean Cousin pour l'édition de l'Entrée de Henri 11 à Paris, 1549, par Roffet, une femme avec ces mots : Lutetia nova Pandora, j'en avais conclu que le tableau iïEva prima Pandora avait quelque analogie avec ces compositions dont il était le développement.

Une même idée me vint alors au sujet du tableau de Compiègne. Ne serait-il pas l'explication figurée de la devise Via lata et Via arcta que je me rappelai avoir vues sur les marques de Du Chemin et sur les beaux encadrements qui ornent les livres de cet imprimeur? Dans ces marques que j'ai attribuées à Jean Cousin (voyez p. 199), et qui, selon l'usage si fréquent dans l'imprimerie du seizième siècle , servent d'emblèmes parlants aux imprimeurs-libraires , on lit à l'entour

de la lettre Y cette devise qu'elle symbolise (1). Cette lettre offre, en effet, à la bifurcation de sa tige deux lignes obliques, Tune à gauche plus large, et l'autre à droite plus étroite (plus fine) ; c'est ainsi que sont figurés les deux chemins auxquels fait allusion le nom de l'imprimeur Du Chemin. Dans le tableau de Compiègne, on voit aussi les hommes s'engager dans les deux voies différentes dont nous parle l'Évangile.

Cette analogie devient encore plus frappante à cause de plusieurs autres détails des marques de Du Chemin. Le symbolisme de la lettre Y s'y montre complété par une couronne qui surmonte la ligne étroite , et par des flammes la ligne large : allégorie du terme des deux voies et du dénouement des deux genres de vie. Cet emblème et la devise sont encore expliqués sur une grande marque de Du Chemin par cette inscription : Pœnam [aut] gloriam elige. Sur une autre (Silvestre, n° 379), cette inscription : Vitii et virtutis iter , résume fort bien le sujet du tableau de Gompiègne.

Je viens de retourner tout récemment à Compiègne pour vérifier la probabilité de ma découverte et la connexité entre la marque de Du Chemin et la représentation du tableau. Après un examen aussi attentif qu'il était permis de m'y livrer dans ce musée fort mal éclairé , ce qui n'était qu'hypothèse jusqu'alors a acquis pour moi toutes les marques de la vérité.

Via lata, via arcta (la voie large et la voie étroite), tel est le sujet du tableau. L'artiste y a voulu symboliser les deux grands courants et les diverses conditions de la vie du genre humain.

Avec ce fil conducteur, il me reste maintenant à retoucher la description épisodique de M. Woillez , au point de vue de l'ensemble et de l'unité du sujet, et à compléter certains détails en leur assignant leur signification réelle. Plus tard , il sera

(1) C'est ainsi que le nom del'imprimeur-libraire Du Puys est symbolisé, dans la belle marque que fit pour lui Jean Cousin , par la Samaritaine et le Puits dont elle offre l'eau au Sauveur (voir plus haut, p. 204).

possible de se livrer à une étude plus approfondie de ce tableau, où près de deux cents personnages ont une affectation spéciale dans les complications de cette vaste scène.

Rappelons d'abord les paroles de l'Évangile selon saint Matthieu, ch. VII :

« Entrez par la porte étroite, car par la porte large et le chemin « spacieux on va à la perdition : et le nombre de ceux qui y « passent est grand.

« Qu'étroite est la porte et étroit le chemin qui mène à la vie ! « et qu'il y a peu de gens qui en trouvent l'entrée !

« Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés « en brebis, et qui au dedans sont des loups ravissants....

« Celui qui fait la volonté de mon Père céleste, c'est celui-là « qui entrera dans le royaume des cieux. »

Dans le haut du tableau, sur une montagne, est un temple éclairé en pleine lumière. Le bas du tableau est consacré à la représentation de la vie molle , sensuelle, facile et livrée aux passions. On y voit tous les âges se dirigeant en grande hâte vers une porte architecturale qui s'élève à droite et sert d'entrée à la voie large et facile, où Ion va à la perdition.

Le chemin qui conduit à cette grande porte est bordé par deux murs, dont le premier commence à gauche du tableau , à partir du cadre ; le mur opposé suit parallèlement la même direction. C'est entre ces deux murs qu'on voit défiler en foule l'espèce humaine. A partir de cette porte , la voie large se prolonge dans la campagne vers le temple lumineux, en décrivant une courbe régulière et sans obstacles, dont le tracé est marqué en dehors par un mur de séparation.

A gauche du tableau, et en dehors de l'enceinte dont nous venons de parler, s'élève au second plan un temple, et à peu de distance sur sa droite, plus en avant , on voit une porte étroite dont l'architecture est des plus simples ; elle ouvre la voie étroite, bordée également par un mur demi-circulaire.

Cette voie étroite disparaît d'abord derrière une sorte de rocher, puis se dirige à droite vers le milieu du tableau, au pied de la montagne escarpée , où elle se ramifie en sinueux détours, montant vers le temple lumineux.

Gomme je viens de le dire, tout le bas du tableau est consacré à la représentation de la vie facile et joyeuse. D'une espèce de cavité formée par un repli de terrain , on voit sortir un cortège d'enfants qui se dirigent vers la porte de la voie large. Leurs poses indiquent une marche hâtive, précipitée. Les premiers, tout petits, à peine nés, sont précédés par d'autres enfants tenant des jouets, attributs de leur âge : l'un est monté sur un cheval de bois , un autre sur un bâton ; d'autres tiennent un moulinet de papier. Ils avancent en grandissant d'âge en âge vers la grande porte , en avant de laquelle , à gauche , se tient un grand vieillard, ayant un capuchon bizarre de couleur jaune, qui figure probablement un enchanteur sous un costume de magicien , ou plutôt le faux prophète dont parle l'Évangile. Il semble engager les adolescents qui sont devant lui, et dont l'un tient en main une arbalète, à franchir le seuil de la porte de la voie facile.

A l'entrée de cette porte , à gauche, est assise sur un fauteuil sculpté une femme en grand costume et richement parée ; sa chevelure est ornée de perles ; une belle et large collerette en dentelle, en s'entr'ouvrant des deux côtés , laisse voir son cou orné aussi d'un collier de perles ; sa robe est d'un rouge pâle. Elle tient un vase d'or richement ciselé dans lequel vient s'abreuver un jeune homme. Sur son giron repose une tête d'animal d'apparence féline. Cette femme doit représenter l'astuce et l'entraînement voluptueux.

Près d'elle , vers la droite , on voit un groupe d'adolescents se livrant à un jeu pareil à celui de la mourre, dont les chances sont exprimées par les mouvements de leurs mains et de leurs doigts.

Hors de la porte, le nombreux cortège s'avance, et vers le

milieu de l'enceinte, on voit, en arrière du premier plan, la Fortune représentée par une femme nue prodiguant ses dons à un groupe de puissants de la terre , rois, évêques et hauts personnages. Ce groupe est fort animé et la peinture en est très-remarquable.

A droite, mais en dehors de la grande porte , se tiennent trois femmes qui me paraissent représenter la Foi , l'Espérance et la Charité. L'une d'elles porte à la main un cœur enflammé. Un homme à moitié nu, et d'autres qu'on voit plus bas, lèvent leurs mains vers elles dans une attitude suppliante.

Derrière ce groupe , et toujours en dehors du mur de clôture de la voie large, est un autre groupe au milieu duquel on entrevoit une femme qui, dans son désespoir, s'arrache les cheveux.

Plus haut encore, en suivant le chemin circulaire se dirigeant vers le temple lumineux } on aperçoit sur la route des scènes de luttes, de combats et de meurtre.

Au bas du tableau , dans le coin à gauche, et toujours dans l'enceinte des murs de la voie large , une tente est dressée sous laquelle se passe une scène d'orgie.

A gauche, sur un autre plan , au-dessus de cette scène d'orgie, et en dehors de la muraille de la voie large, est un temple circulaire dont j'ai déjà parlé. Cette partie du tableau est trèsassombrie et peut avoir souffert; elle doit être examinée au grand jour et avec une attention toute particulière. Plus en avant de ce temple , se tient debout , à l'entrée de la porte étroite, un personnage affreusement défiguré par un barbouillage en rouge éclatant superposé à la peinture primitive. Cette figure doit personnifier la sagesse ; elle tient un livre ouvert à la main , et semble inviter à entrer un petit groupe de personnes que l'on distingue difficilement. On en suit quelques-unes qui s'avancent sur le chemin étroit ; d'autres apparaissent, en costume de pèlerins, au pied de la montagne.

Plus haut, on aperçoit quelques voyageurs dispersés çà et là sur les sentiers remontant vers le temple lumineux; d'autres, dont le courage s'est sans doute trouvé au-dessous de l'épreuve, descendent de ces rochers escarpés.

Le centre du tableau présente une plate-forme, limitée vers le bas par le second mur d'enceinte de la voie large , et vers le haut par un autre mur longeant la voie étroite. Elle est occupée par un groupe de philosophes et de savants dissertant entre eux, parmi lesquels on distingue, vers la droite, un personnage vêtu de blanc et couronné de lauriers , tel qu'on représente Virgile ; vers la gauche, un homme, faisant aussi partie de ce groupe , est appuyé sur un globe et dirige sa vue , ainsi que la plupart des autres, vers le temple lumineux.

Ce tableau offre un véritable intérêt; l'allégorie y est complète ; elle l'est même à tel point que, si on n'en avait pas la clef, on n'y saurait rien comprendre : elle rentre donc dans le genre de compositions que Jean Cousin paraît avoir affectionnées.

L'état de vétusté, l'épaisseur des vernis que le temps a noircis , quelques retouches inhabiles et le barbouillage de la figure du personnage à l'entrée de la porte étroite, n'empêchent pas de reconnaître le grand mérite de ce tableau de Jean Cousin. Dans le dénûment presque complet de peintures françaises de cette époque, il constitue une précieuse découverte. Restauré par des mains habiles, il sera facile de lui rendre ses qualités primitives, et il doit un jour figurer à côté du Jugement dernier de Jean Cousin dans notre galerie du Louvre.

LIVRE D'HEURES DU GRAND ÉGUYER CLAUDE GOUFFIER. (bibliothèque de l'arsenal.) (Addition à l'article Miniatures, page 59.)

M. Paul Lacroix , à qui je montrais mon beau manuscrit in-fol. du grand écuyer de France , Claude Gouffier , m'a informé , à la vue des armes et devises, que la bibliothèque de l'Arsenal possédait un autre livre d'Heures de plus petite dimension, mais de même origine, et dont les miniatures lui semblaient de la même main. En effet, sous le n° 27 A, Théologie française, je retrouvai, dans ce manuscrit d'Heures en français, même peinture, mêmes armes, même devise, Hic terminus hderet, et aussi le monogramme de Claude Gouffier. Les fonds architecturaux offrent les mêmes signes caractéristiques que dans les autres compositions de Jean Cousin.

Ce beau volume, écrit sur vélin et relié en maroquin vert, est de format in-8; il ne contient que trois miniatures.

La première est consacrée aux armes de Claude Gouffier; elle forme un beau frontispice historié, mais moins important que celui qui est en tête de mon manuscrit; l'éclat du coloris, la beauté du style, sont les mêmes.

La deuxième représente Betsabé au bain , entourée de ses femmes. Cette scène, parfaitement bien exécutée, occupe le bas de la composition. Dans le haut, à gauche, on voit, très-finement peint et en petite dimension, le combat où Uri fut tué , et à droite , David repentant.

La troisième représente David à genoux; un ange, tenant une épée nue, et entouré des chérubins, lui apparaît dans le ciel.

Voici donc, indépendamment du manuscrit des Heures de Henri II, qui est au Musée des souverains, deux manuscrits exécutés par Jean Cousin pour le célèbre amateur des beauxarts , Claude Gouffier, qui sont retrouvés, en attendant qu'on puisse en découvrir d'autres.

Je n'ai pu avoir encore l'explication du monogramme que l'on voit en plusieurs endroits dans l'un et l'autre des manuscrits de Claude Gouffier; cette marque se rencontre aussi sur des livres provenant de sa célèbre bibliothèque à Oiron. Je tiens de M. Destailleurs qu'elie se trouve aussi sur le tableau de Raphaël, représentant saint Jean, que possède notre Musée; ce que j'ai vérifié.

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