MÉTAMORPHOSES D'OVIDE FIGURÉES
[Addition à la page 171.)
Indépendamment de nombreuses éditions des Métamorphoses et des Épîtres d'Ovide, avec des gravures sur bois, publiées par Jérôme de Marnef et Jean de Tournes, dont j'ai donné la liste, Brunet en cite encore un grand nombre avec gravures sur bois ; la première , extrêmement rare , sans nom de lieu ni de date , remonte aux premiers temps de l'imprimerie : les gravures en sont très-grossières. En voici quelques-unes que je possède :
1528. Les XXI Epistres d'Ovide translatées de latin en françoys par Révérend père en Dieu Monseigneur ÏEvesque d 'Angoulesme. Paris, pour Galliot Dupré, in-8. Les gravures semi-gothiques sont grossoyées. (N° 604 de mon Catalogue.)
1538. Le Grand Olympe, imprimé par Jean Réal pour Alain Lotrian , in-8° ; les gravures y sont encore plus grossoyées. (N° 617 de mon Catalogue.)
1539. Les XV livres de la Métamorphose, chez Denys Janot, pet. in-8° Les figures, dont une partie est encore grossoyée, sont en partie au trait finement exécutées. On y voit le mélange de l'ancien et du nouveau système quant au style du dessin et à l'exécution des gravures. (N° 619 de mon Catalogue.)
1543. Le Grand Olympe, chez Guillaume Le Bret, in-8°. Les gravures sont encore inférieures aux précédentes. (N° 618.)
1608. La Métamorphose d' Ovide i contenant l'Olympe, etc., mis en meilleur françois. Rouen , chez Théodore Reinsart, avec 178 gravures sur bois, contrefaites sur celles de l'édition de Jean de Tournes, 1557. (N° 761 de mon Catalogue.)
Parmi les dernières éditions exécutées avec le plus grand luxe et un très-grand nombre de gravures en taille-douce , je citerai celle de Bruxelles, imprimée par Foppens en 1677, grand in-folio, avec de magnifiques gravures exécutées par Clouwet, P. -Paul et Martin Bouche, Bouttats, d'après Diepenbeck et autres ; et celle d'Amsterdam, imprimée par le célèbre Wetstein, 1732, en deux grands volumes in-folio, dont les belles planches ont été dessinées par Bernard Picart.
Celle de Paris, Leclerc, etc., en quatre volumes in-4°, avec les gravures d'après les dessins de Le Mire et Bazan; Paris, 1766, plusieurs fois réimprimée.
Enfin celle de Villenave; Paris, 4 vol. grand in-4°, 1806, imprimée chez P. Didot, avec gravures d'après les dessins de Le Barbier, Monsiau et Moreau.
Sous le rapport littéraire et sous celui des beaux-arts, ces indications offrent des renseignements qui ne sont pas sans intérêt pour suivre les différences du goût aux diverses époques. Le grand nombre de ces éditions figurées nous étonne, car on n'oserait plus entreprendre aujourd'hui une édition des Métamorphoses et Ovide avec un pareil luxe de gravures, ni même d'éditions plus modestes.
Nous ne sommes plus aux temps heureux des fictions et du merveilleux !
Addition aux pages 215 à 225.
(l« avril 1872.)
Ainsi que je l'indiquais dans ma préface, les erreurs sont inévitables quand on marche dans les ténèbres, mais les recherches consciencieuses rendent souvent ces erreurs mêmes profitables à la science.
Voici donc de nouveaux renseignements qui me sont communiqués au sujet du tableau de Compiègne que j'avais cru pouvoir attribuera Jean Cousin, non sans beaucoup d'hésitation, comme je l'ai dit à la p. 216. D'après la description que j'en ai donnée, je reçus récemment de la Haye une lettre de M. Victor de Stuars par laquelle il m'informait qu'il existait deux gravures, l'une de Mérian , l'autre de Romeyn de Hooghe, qui traitaient le même sujet. M. Georges Duplessis, à l'obligeance duquel j'ai eu recours, m'apprit que, parmi les gravures que possède le cabinet des estampes de la Bibliothèque de France, il existait, outre cette gravure de Mérian, une autre du même graveur représentant la même composition, mais dans une autre dimension. Ce qui prouve que cette allégorie, si connue sous le nom de Tableau de Cébès dans l'antiquité, avait été en grande faveur à l'époque de la renaissance, c'est que Geofroy Tory en donnait une traduction en prose; Gilles Gorrozet le traitait envers, et Étienne Groulleau l'imprimait avec de charmantes gravures en bois. Les deux gravures de Mérian , exécutées en taille-douce, offrent de tels rapports avec le tableau qu'on ne peut mettre en doute leur
identité, sauf que la composition du tableau est en largeur , tandis que les deux gravures de Mérian sont en hauteur , ce qui a nécessité quelques changements dans la disposition des groupes. Quant à la gravure de Romeyn de Hooghe, la composition n'a aucun rapport avec le tableau ni avec les deux gravures de Mérian.
L'exécution du tableau étant évidemment antérieure à l'époque où vivait Mérian, il restait à expliquer comment Mérian I aurait pu avoir eu connaissance du tableau de Gompiègne, attribué par Yivenel à Jean Cousin.
Mais tout récemment M. Aquarone, connu par d'excellents articles dans la Gazette des beaux-arts, m'a fait savoir qu'il existait une grande gravure sur le même sujet; et en effet, M. Duplessis en a découvert un exemplaire au cabinet des estampes : elle est d'une dimension énorme, en trois planches ayant ensemble 1 mètre 27 cent, de large sur 68 cent, de haut. La composition est entièrement semblable, sauf quelques accessoires ajoutés dans le haut, au tableau de Gompiègne, et même, d'après le récit d'une personne qui a été visiter le tableau, la dimension de la gravure en serait identique.
Cette gravure a été exécutée d'après Goltzius par Matham, son beau-fils ; mais est-ce d'après un dessin ou d'après un tableau? et si c'est d'après un tableau , est-ce d'après celui de Gompiègne, qui alors aurait été peint par Goltzius; ou bien le tableau de Cornpiègne est-il une copie de celui de Goltzius?
Les traductions faites par G. Tory et par Ét. Groulleau du Tableau de Cébès m'avaient semblé un indice, au milieu de l'incertitude qui règne sur ce que Jean Cousin a pu produire, pour pouvoir le lui attribuer; la date assignée à la gravure i 1592, et le nom de Goltzius comme inventeur, rendent impossible cette supposition. Voici l'indication qu'on trouve sur la gravure :
Bocce artis chalcographicœ symbolum humanissimo Dho Petro Boem, viro consulari Amstelredamensi, Cebetis Tabulât
flayrantissimo cultori, a f fini suo H. Goltzius inventor amicitiœ ergo D. D.
Jacobus Mathamius Goltzii privignus sculp. anno 1592.
Au bas de cette grande estampe sont neuf quatrains latins signés Franco Estius.
La femme représentant la Séduction assise à l'entrée de la grande porte est ainsi décrite dans l'un de ces quatrains :
Vestibulum ante ipsum crispante venustula pellex Cœsarie, sedet aurato gemmata sedili Sidonio fulgens ostro, radiansque repertis Littore Erythrœo cura solerte capillis.