DU CONNÉTABLE ANNE DE MONTMORENCY
[Addition à V article Miniatures, page 59.)
Je dois à M. le comte d'Haussonville la connaissance du Livre d'Heures du connétable Anne de Montmorency, daté de 1549, format petit in-4°.
Ce beau manuscrit, qui fut donné par la reine Marie Leczinska àjParis-Duvernet, est resté en héritage dans la famille d'Haussonville.
Le style des onze miniatures, qui sont de véritables peintures, est le même que celui des autres manuscrits dont il a été fait mention, et confirme de plus en plus que c'est à Jean Cousin que les amateurs français du seizième siècle recouraient pour l'ornementation des beaux manuscrits.
Les travaux exécutés par Jean Cousin pour les imprimeurs, éditeurs de livres d'heures et de livres religieux, lui avaient acquis une grande réputation , et l'avaient fait connaître plus encore que ses autres ouvrages comme dessinateur et comme peintre. Mais ces manuscrits enrichis de miniatures, s'étant conservés dans l'intérieur des familles, étaient restés inconnus du public, ce qui explique en partie le silence qui s'est fait autour de Jean Cousin.
Les rapports de Jean Cousin avec le connétable Anne de Montmorency sont consacrés par les vitraux qui ornaient le château d'Écouen. Les armes du connétable se voient encore sur les vitraux de Vincennes.
Les encadrements des onze pages qui entourent les peintures offrent la même élégance et la même élévation de style
que celle que Ton admire dans les autres ouvrages semblables de Jean Cousin; ils ajoutent encore au mérite des sujets. ^
La lre et la 2e représentent les armes du connétable.
La 3% le Christ; tout autour, des anges en contemplation devant lui. Au bas, dans l'ornementation, l'aigle de saint Jean tenant dans son bec une écritoire , conformément au même emblème des Heures de Henri II qui sont au Musée des Souverains.
La 4e, Moïse ôtant sa chaussure devant le buisson ardent. Les fonds sont dans le style favori de Jean Cousin. On y voit figurer un fou.
La 5% Abigaïl venant honorer David et apportant des présents.
La 6e représente la femme ainsi indiquée : Mulier amicta sole et lima sab pedibus ejiis. Très-belle composition. En face d'elle est la bête aux sept têtes.
La 7% sainte Anne venant au Temple implorer le Seigneur. Les deux figures couchées dans l'encadrement sont du plus beau style.
La 8% Esther et Assuérus. Grande composition , mais plus faible que les autres.
La 9% Judith et Holopherne.
Le 10% Pénitence de David. Grande et belle composition. Le groupe de femmes et d'enfants sur le premier plan est de toute beauté.
La 11e, Machabée envoyant dix mille drachmes à Jérusalem. La pose de Machabée est pleine de noblesse, et son cheval est du plus beau style.