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NOTICE

SUR

PIERRE WOEIRIOT DE BOUZEY

PIERRE WOEIRIOT

Dessiné et gravé par lui-même

(Sur le litre de Pinax iconicus; Lugduui , j 556. )

PIERRE WOEIRIOT DE BOUZEY.

Pierre II Woeiriot, sculpteur et ciseleur, graveur sur cuivre et sur bois, fils de Jacquemin et petit-fils de Pierre, est né en Lorraine en 1532, date constatée par son portrait gravé sur cuivre par lui-même en 1556, à l'âge de vingt-quatre ans, et qui se trouve sur le titre de l'ouvrage très-rare intitulé : Pinax iconicus antiquorum ac variorum sepulturis rituum ex Lilio Gregorio (Gyraldio) excerpta (a Clémente Baldino) picturisque iuxta hypographas exacta arte elaboratis effigiata : ad animorum utilem cognitionem, oculorum iucundam inspectionem et operosam manus artificis imitationern ; Lugduni, apud Glementem Baldinum, 1556. Au bas du portrait (dont je donne en regard une reproduction fac-similé) on lit : Petrus Woeiriot Lotharingivs has faciebat eiconas cvivs effigies h^c est anno suœœtatis 24. Il est accompagné de ses armes :

Parti : au 1er, une fasce accompagnée de trois annelets, deux en chef et un en pointe; au 2d, un lion couronné : les émaux ne sont pas indiqués.

Il naquit à Neufchâteau (1) (Vosges), ville habitée par ses

(1) M. Beaupré, dans ses Recherches sur l 'imprimerie en Lorraine, p. 316, et M. Renouvier, dans les Types et Manières des maîtres graveurs, le disent né à Bar, « suivant l'opinion commune, *

ancêtres et ses parents, et non pas à Champjanon, campagne qu'il possédait à Damblain, près de Bourmont, et dont une de ses estampes est datée.

Le nom de sa famille se trouve écrit Wiriot, Viriot, Woriot et Woiriot, et c'est notre artiste qui paraît avoir adopté le premier l'orthographe Woeiriot. Le plus ancien membre connu de cette maison est un Jacques Viriot, maïeur du Neufchastel en 1331, ce qui démontre que cette famille occupait de longue date un rang distingué dans la bourgeoisie.

Dom Pelletier rapporte dans son Nobiliaire de Lorraine qu'une tradition rattachait la famille de Woeiriot à celle de Jeanne d'Arc.

Le grand-père de notre artiste s'appelait comme lui, Pierre, et naquit en 4 460. Il était sculpteur et architecte, et fut chargé en cette qualité de l'édification de la chapelle servant aujourd'hui de fonts baptismaux à l'antique église de Saint- Christophe de Neufchâteau. René II, duc de Lorraine, qui ajouta une travée au collatéral de l'église, eut occasion d'apprécier son talent et le nomma son orfèvre ducal, c'est-à-dire inspecteur des vases et ornements sacrés dans les églises et de l'argenterie dans son château. Pierre Woeiriot fut inhumé dans la chapelle même qu'il avait élevée, et sa tombe y a été découverte en 1859.

Sous une ornementation gothique-flamboyant se trouvent deux personnages gravés au trait, comme l'ornementation, et, entre eux, deux écussons, l'un sans figures, l'autre portant une balance surmontant une sorte de grelot. Autour de la tombe on lit l'inscription suivante, en caractères gothiques :

« Ci gist noble personne Pierre Woriot (sic), en son vivant « orfebvre de feue bonne mémoire René, roi de Cécile (Sicile), « édificateur de cette chapelle et bourgeois de ce lieu, qui décéda a le 11 . . . . 1524, et Marguerite Adâ (Adam), sa femme, qui « trespassa le 20 octobre 1550. »

Il faut croire que le duc René donna à son orfèvre des lettres d'anoblissement, car au-dessus de sa tombe se trouvent ses armoiries gravées en relief et qui sont les mêmes que celles qui figurent au premier del'écusson, au bas du portrait de son petit-fils, Pierre II Woeiriot : d'or à la fasce d'argent^ accompagnée de trois bagues d'or, au diamant d'argent, posées deux en chef et une en pointe. Une particularité curieuse à signaler, c'est que ces armoiries portent, brochant sur le tout, la marque de profession du défunt, un petit marteau, avec le chiffre composé d'un P et d'un V gothiques, entrelacés. La tige du P est terminée de la manière suivante ^ .

Ce même Pierre avait un frère, Nicolas Viriot, qui exécuta diverses sculptures dans l'ancienne église des Glarisses, à Neufchâteau (1).

Le fils de Pierre I Woeiriot et père de Pierre II, auquel nous consacrons cette notice, s'appelait Jacquemin Woiriot et semble avoir exercé la profession d'orfèvre. Il épousa Urbaine de Bouzey, fille de Claude de Bouzey, seigneur de Mellay et de Damblain, et de Gollotte Waillot ou Voillot. De ce mariage vinrent Pierre et Claude.

Urbaine de Bouzey appartenait à une vieille maison lorraine d'origine chevaleresque. Elle apporta à son mari le fief de Damblain, et, comme sa branche tombait en quenouille et que la maison de Bouzey était près de s'éteindre, elle stipula dans son testament que ses enfants joindraient le nom et les armes de Bouzey aux leurs (2). Ces armes étaient : d'or à un lion de sable.

Pierre Woeiriot ajouta, dès son début dans la carrière, les armes de sa mère aux siennes propres, car, comme nous l'avons vu plus haut, elles figurent sur son portrait gravé en 1556. Quant à la qualification de de Bouzey, il ne dut la

(1) Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Feunette, bibliothécaire de la ville de Neufchâteau.

(2) Moréri, t. II, p. 207, Généalogie de Bouzey.

prendre qu'à la mort de sa mère qui arriva vers 1562. En effet, sur toutes les planches datées, antérieures à l'année 1562, nous ne voyons que son monogramme primitif ^ , composé des lettres P. W., ou bien son nom sexùPetras Woeiriot, sans addition nobiliaire maternelle. Je ferai remarquer que cette particularité permettra de fixer la date approximative des gravures de Woeiriot non datées.

A partir de l'année 1562, il substitue au monogramme primitif cet autre ^* composé des lettres P. W. D, B., qui signifient Pierre Woeiriot de Bonzey, qu'on voit sur les portraits de Gaspard Duifïoprngcar (bourgeois de Lucerne), de Thierry de la Mothe, sous-gouverneur du Barrois, et de Nostradamus; tous trois portent la date de 1562 (1).

Depuis cette époque, il ne signait tout au long que fort rarement. C'est seulement au portrait de Charles III, duc de Lorraine, daté de 1575, qu'à la fin de l'épigraphe latine en l'honneur de ce prince on lit : Petrus Woeiriotus Boz^us dicabat (2). Sur une autre planche datée de 1577 on lit ozœus (3), et sur celle non datée, représentant la bataille de Constantin contre Maxence, d'après Baphaël, se trouve un autre monogramme privé de la lettre B, mais suivi du mot Bouzey (4).

M. Bobert-Dumesnil a déclaré (en 1844) ne pas pouvoir expliquer l'origine de ,ce surnom, qu'il a mal lu Bonzey.

« Nous ne saurions, dit -il, déduire de ce surnom que a Woeiriot fût né dans un lieu du nom de Bonzey ou Bo- « sey. Dans l'ignorance où nous sommes du motif qui le lui « a fait prendre, si une conjecture est permise, on peut penser « qu'ayant reçu, à titre de rémunération du duc de Lorraine, une « propriété portant ce nom, il se sera fait gloire de le joindre au « sien propre, autrement il n'aurait pas attendu si longtemps à

(l) Robert-Dumesnil, le Peintre graveur français, 1844, t. VII; Catalogue de l'œuvre de Pierre Woeiriot, nos 284, 291, 300. (2, 3, 4) Ibidem, n°» 295, 372 et 208. . k

« s'en servir, puisque, dès son début, il l'aurait pu faire. » (T. VII, p. 45.)

Mais déjà l'année suivante (en 1845), M. Beaupré dans ses Recherches sur V origine de l'imprimerie en Lorraine, en donna une solution, bien qu'imparfaite.

a Le surnom de Bozœus, dit-il, se trouve expliqué dans la Gou- « tume du Bassigny, au procès-verbal des comparutions pour « l'état de la noblesse des sénéchaussées de la Mothe et Bour- « mont. On y voit que Claude et Pierre Woeiriot se prétendaient « issus par leur mère de la maison de Bouzey, qui était de l'an- « cienne chevalerie lorraine. La Coutume du Bassigny fut rédigée « en 1580. »

Or, M. Beaupré paraissait ignorer que ce qu'il qualifiait de prétention était parfaitement régulier.

Avant d'avoir connu cette mention et antérieurement à la publication du dernier volume du Peintre graveur (1) contenant une notice complémentaire sur notre artiste, due au savant M. Ed. Meaume, et où cette question est élucidée, j'avais déjà constaté l'origine du nom de Bouzey, sur le vu du blason de cette famille au bas du portrait de Woeiriot, et par les recherches que j'ai faites sur cette maison dans les ouvrages généalogiques et dans trois nobiliaires de Lorraine, manuscrits, que je possède.

M. Meaume émet l'opinion que Woeiriot a toujours porté le nom de Bouzey, bien qu'il n'apparaisse sur aucune pièce antérieure à 1562. Je ne saurais partager cet avis, que les documents infirment du reste d'une manière positive. J'ai dit plus haut qu'avant 1562, notre graveur signait simplement de son nom paternel ; or, il est évident que s'il avait toujours porté le nom de Bouzey, il n'aurait pas manqué de le faire figurer à côté du sien avant 1562 (il avait déjà 30 ans à cette époque), comme il l'a toujours fait après cette date. La circonstance

(1) Tome XI, publié à la tin de Tannée 1871.

d'avoir, dès 1556, mis les armes de Bouzey à côté des siennes, n'implique nullement le port du nom. D'ailleurs, l'addition du nom de Bouzey résultant d'une clause testamentaire de la mère de Woeiriot, il n'a pu le porter qu'après la mort de la testatrice, et en effet, en vertu de ce testament, il demanda et obtint à cet égard, conjointement avec son frère Claude, l'autorisation nécessaire du duc de Lorraine (1).

Mais il ne devait pas jouir paisiblement de cette possession. La généalogie de la famille de Bouzey, insérée dans Moréri, nous apprend que plusieurs personnages se disant descendants mâles et légitimes de la vieille race de Bouzey, informés « que « Pierre et Claude Woeiriot surprirent du duc Charles III la « permission de prendre le nom de Bouzey... sollicitèrent « auprès de ce prince la révocation de cette permission ; leur « demande leur fut accordée en 1571 ».

Or, je doute fort que cette demande ait été accordée, car, comme on l'a vu plus haut , sur le portrait de ce même Charles III, gravé en 1575, et par conséquent postérieurement au prétendu retrait d'autorisation, Woeiriot signe Bozseus en • toutes lettres. Il porte le nom de Bouzey dans le procès-verbal de l'assemblée de la noblesse pour la réformation des Coutumes du Bassigny en 1580. Enfin il l'a toujours porté depuis jusqu'à sa mort.

Quel droit avaient les adversaires de contester aux frères Woeiriot la possession du nom de Bouzey, confirmée par le prince souverain? A en croire la généalogie précitée, ils étaient descendants légitimes de la branche de Bouzey à la^ quelle appartenait la seigneurie de ce nom ; elle en continue même la filiation jusqu'en 1733. Je regrette de devoir constater, ce que l'on n'avait pas remarqué jusqu'à ce moment^ que, quant à cette généalogie, le savant continuateur de Moréri a commis, sciemment ou non, une supercherie généa-

(1) Moréri, t. II, p. '207.

logique, dont il semble écarter la responsabilité en mentionnant que la notice a été rédigée sur « mémoires communiai qués » .

Dans un Nobiliaire de la Lorraine, manuscrit, que je possède, on lit :

« Bouzey. Porte d'or à un lion de sable; cimier : lion de l'escu. « Maison éteinte dès longtemps. Claude Seulaire, [originaire] de f de Sandaucourt, annobly le 14 de juin 14-86, et Edeline de Saul- « van, sa femme, aiant acheté la terre de Bonzey en conservant « les titres, Jean, son fils, prit le nom et les armes de Salvan de « môme que François son ayeul [son petit-fils]. Christophe, fds « de François, prit le nom et les armes de Bouzey, soy disant « issu d'icelle au moyen de ses titres; et ses père et ayeul « aiant épousé des filles de l'ancienne chevallerie, il entra aux « Assises. »

D'un autre côté, l'infortuné Dom Pelletier, qui fut assassiné pour avoir dévoilé l'origine de certaines familles, dit ce qui suit dans son Nobiliaire de Lorraine :

« Claude Seullaire, de Sandaucourt, fut annobli par lettres de « René 11, données à Nancy le 14 juin 1486. . . Acquit la terre « de Bouzey de Nicolas de Bouzey et de Didière de Barizey, sa « femme, etc. »

Dans la généalogie insérée dans Moréri on transforme ce même Claude Seullaire, nouvel annobli et simple acquéreur de la seigneurie de Bouzey, en un Mengin de Bouzey, FILS légitime et héritier de ces mêmes vendeurs Nicolas de Bouzey et Didière de Barizey, dont parle Dom Pelletier, et qui en réalité n'ont pas laissé de postérité mâle. Gomme on lui donne précisément pour femme la même Adeline de Salvan, qui figure dans mon Nobiliaire manuscrit en qualité de femme de Claude Seullaire, et que les autres détails concordent aussi, la lumière ressort pleinement de la comparaison de ces différentes sources.

Pierre Woeiriot et son frère avaient donc réellement du sang de Bouzey dans leurs veines, tandis que leurs adversaires, qui portaient alors le nom de Salvan, n'étaient que seigneurs de Bouzey et par conséquent leurs réclamations n'étaient pas fondées. D'ailleurs les Woeiriot avaient le droit d'ajouter à leur nom celui de leur mère, en vertu de la coutume du Barrois sur la noblesse utérine.

Plus tard, les Seulaire devenus de Salvan usurpèrent le nom de Bouzey, et, ayant grandi en fortune et en honneurs, ils se firent reconnaître au siècle dernier par le duc de Lorraine « pour être issus de l'ancienne maison de Bouzey », sur la production des titres justificatifs de leur généalogie, mais il est clair que ces titres étaient fabriqués. On savait bien même à cette époque à quoi s'en tenir sur la véritable origine de la nouvelle maison de Bouzey, car, comme le dit le continuateur de Moréri, cette reconnaissance était sollicitée parce qiion mettait l'existence de la maison de Bouzey en problème.

Revenons maintenant à Pierre II Woeiriot. Il débuta par exercer la profession de ciseleur, et composa et grava des dessins pour les garnitures d'épées, les pendants d'oreilles et les anneaux. Ces derniers ont été réunis dans un volume dont on ne connaît qu'un seul exemplaire complet : Libro oVanella d'orefici de Vinventione di Piero Woeirioto di Loreno; in Lyone, appresso Gugl. Rovillio, 1561, pet. in-8 (1).

Au début de sa carrière, Woeiriot, qui alla travailler à Lyon, tenait beaucoup à son titre de Lorrain, et oubliait rarement de l'ajouter à sa signature. Il en était glorieux pour sa province natale, car dans la préface de son Pinax iconicus, il dit : « Je désire que la France, cette nourrice des Beauxcc Arts, sache que je suis Lorrain. » Plus tard, étant déjà

(l) Ce livre curieux est minutieusement décrit par son possesseur, M- Eug. Piot, dans le Cabinet de l'amateur (Paris, 1869.)

connu, il y attachait moins d'importance, car sur le portrait du poëte Louis Desmasures, au-dessous du distique latin :

Vivit in effigie faciès, at in eethere vivvm Fert animvs, fervens setheris igne decvs

je remarque qu'à cette signature Petrus Woeiriot Lotaringo, 1560, inuê faciebat, ce mot Loi aringo ( qui constitue le premier état de cette planche) a été remplacé plus tard par le mot Bouzeij suivi de la croix de Lorraine, ce qui constitue le second état.

Il fut nommé sculpteur du duc de Lorraine antérieurement à l'année 1566, c'est ce que constate le privilège du 18 octobre de cette même année, en tête des Emôlesmes et devises c hres tiennes , composées par damoiselle Georgette de Montenay (1). On y lit : a ...il est permis à Pierre Woeiriot, sculp- « teur du duc de Lorraine, de pour traire, graver et tailler en « cuivre et en taille-douce la figure desdits emblèmes. »

M. Robert-Dumesnil dit que toutes les pièces exécutées par Woeiriot sont ou anonymes ou marquées de son monogramme sans que jamais la croix de Lorraine s'y trouve toute seule (p. 48). Mais je remarque que dans le livre des Emblesmes ou devises chrestiennes, toutes les planches portent la

(1) Un vol. in-4°, publié en 1571, à Lyon , par Jean Marcorelle, et orné de cent gravures sur cuivre, et du portrait de Georgette de Montenay, qui manque à la plupart des exemplaires. Au bas de ce portrait on lit la date 1567 sur une sorte d'accordéon. Tout à côté un livre de musique, un.livre, uneécritoire et une feuille de papier où on lit : 0 plume en la main non vaine.

Voici le huitain qui se trouve au bas du portrait dans mon exemplaire :

D'affection, zèle et intelligence, D'esprit, de cœur, de parole et de voix, Tout d'un accord, instrument, livre, doigts, Je chanterai de mon Dieu l'excelence.

O plume, en la main non vaine, De celle qui par escrit Met la louange du Clirist Gage d'or tôt ne te meine.

Ce dernier vers est l'anagramme de Georgette de Montenay.

simple croix de Lorraine, à l'exception de la 8% 13% 16% 34% 60e et 61% qui sont sans aucune marque.

Gela tient sans doute à ce que, son nom figurant dans le privilège, il jugeait superflu de répéter le monogramme à chaque planche. Le même cas se présente dans un autre ouvrage orné de 63 portraits gravés sur cuivre par Woeiriot : Austrasise Reges et Duces epigrammatis per Nicolaum Clementem Trelœum Mozellanum descripti ; Colonisa, 1591, in- 4, dont une édition française parut simultanément, aussi sous la rubrique de Coulongne, qui parait cacher la ville de Nancy ou de Pont-à Mousson, suivant la conjecture de M. Beaupré. De tous ces portraits, un seul, celui de Godefroy de Bouillon, porte la croix de Lorraine seule, et les autres sont sans aucune marque, mais l'artiste est cité dans la préface de l'édition française sous le nom de Bosey. Ces portraits ont été exécutés avant 1562.

Woeiriot s'est distingué comme orfèvre, ciseleur, graveur en médailles, graveur sur cuivre et graveur sur bois ; ses travaux dans ce dernier genre sont peu nombreux, mais d'une finesse achevée; la xylographie se rattache souvent à l'orfèvrerie. Ses premières gravures sur bois ne remontent que vers 1561.

Mariette ne parle pas de Woeiriot dans son Abecedario^ il dit seulement (art. Glouet) : « que Pierre Woeiriot était Lor- « rain, quïi grava en 1564 le portrait du maréchal de Vieillece ville, et qu'il a toujours soupçonné Woeiriot de n'avoir pas « fait sa principale profession de la gravure en taille-douce^ « ainsi que beaucoup d'orfèvres de son temps, qui tous ont « gravé et fait des médailles. Il fallait alors plus d'une pro- « fession pour faire subsister un artiste, surtout quand c'é- « taient des professions où l'ouvrier pouvait être employé par « toutes sortes de gens. »

Dans la dédicace au prince Charles de Lorraine, en tête du recueil de treize morceaux sur les funérailles des anciens,

intitulé Pinax iconicus, etc., Woeiriot nous dit qu'il fondit lui-même les planches de cuivre, qu'il les a polies , qu'il dessina les figures et les grava avec la pointe et le burin , puis les mit sous presse et en tira des épreuves (1).

On Fa cru l'auteur des épigraphes en latin, en français, et de quelques-unes en grec qui sont placées au bas des nombreux portraits qu'il a gravés.

Je n'ai fait qu'indiquer rapidement les quatre livres ornés de figures sur cuivre par Woeiriot ; je parlerai plus bas d'un cinquième et dernier, lequel contient des gravures sur bois. Je n'ai nullement l'intention de m'occuper ici en détail des travaux en taille-douce de cet artiste. Les curieux n'auront qu'à consulter l'ouvrage de M. Robert-Dumesnil, qui s'est livré à un examen approfondi des œuvres de Woeiriot, et a donné un catalogue de 402 estampes gravées par lui (2). « Il grava de bonne heure, dit ce savant, sur le cuivre, à la « pointe sèche et au burin, sans jamais employer l' eau-forte... « Il était graveur d'une taille en général délicate et fine... « A tout prendre, cependant, ses productions ont un air d'é-

(1) .4.». Ego itaque ad illorum exemplum (celui de Lysippe et d'Apelle qui eurent seuls le droit de faire le portrait d'Alexandre) quorum utramque artem, non modo in graphicis tabulis, at etiam in omni opéra, ut Tubal ille Hebraeus, seris et ferri, argenti et auri studiose sum conatus aemulari, tibi, qui magnus es princeps et non paucorum ad instar Regum, hoc meum qualecunque opus dico dedico. Meum inquam , non id quod historicas continet tô5v eïxovtov hypograpbas (hoc enim ex Lilio Gregorio decerptum est), sed quod ad depictas spectat imaginum tabulas. Quas equidem ego , ex œre furii et expolii : expolitas imaginum lineamentis ad monogrammos usque, quam fieri potuit speciosissime depinxi, juxta literariee descriptions argumentuin; deinde sic delineatas scalpello ac cselo exaravi; denique exaratas preli tormento, et encausti atramento excudi, et in publicam lucem sub clarissimo nomine tuo edidi. Ad hoc licet, ut bonarum artiurn altrix Gallia me unum ex tuis Lotharingis hominibus esse cognoscat: qui te meum in terris Principem bac dedicatione agnosco.

(2) Le Peintre gràveùr, t. XI, dans la notice complémentaire, a ajouté encore 32 pièces inconnues à Robert-Dumesnil. — Consulter aussi Renouvier, Types et Manières, 2e partie, p. 197-201.

« trangeté et même, jusqu'à un certain point, de gothicisme, « qui dénote un goût peu relevé. »

Le caractère d'étrangeté indiqué par Robert-Dumesnil dans son jugement sur les gravures au burin de Woeiriot ne saurait s'appliquer au petit nombre de gravures sur bois qui nous sont parvenues, et particulièrement à un ouvrage d'une telle rareté qu'aucun bibliographe (sauf Robert-Dumesnil) n'en avait parlé, et qui ne se trouve, à ma connaissance, dans aucune bibliothèque.

Ces gravures, au nombre de trente et une, sont réparties au commencement d'une édition latine de Flavius Josèphe, qui a pour titre : F. Iosephi antiqvitatvm ivdaicarvm libri XX; adivncta est simul Iosephi vita ab ipso literis mandata. Omnia a Sigismundo Gelenio e grxco in sermonem latinum conversa; Lugduni, apud haeredes Iacobi Iunctse, 1566, in-fol.

C'est à l'obligeance de M. Olivier Barbier que je dois la possession de cet exemplaire peut-être unique, car j'ignore d'après lequel M. Robert-Dumesnil a fait sa description. (T. VII, p. 136-138.)

Si une conjecture est permise sur les causes de l'insigne rareté de cette édition, c'est parce qu'elle aurait été en grande partie détruite lors de la persécution religieuse que subirent les principaux imprimeurs de Lyon en 1567, un an après la publication de l'ouvrage en question, et dans laquelle plusieurs imprimeries furent saccagées.

Ce livre, remarquable en tous points par la beauté des caractères, la netteté du tirage et la qualité du papier, fait honneur à l'imprimerie lyonnaise. Les 31 vignettes, dont 11 portent dans le bas la marque de Woeiriot, ont 79 millimètres de largeur et 52 millimètres de hauteur, c'est-à-dire une dimension tellement réduite qu'on peut supposer qu'elles n'étaient pas primitivement destinées' à un in-folio. Les vingt

autres gravures de ce volume sont aussi de Woeiriot, bien qu'elles ne portent point sa marque, mais les caractères du dessin et de la gravure sont identiques. La plupart de ces compositions , légèrement ombrées , représentent des scènes trèsanimées tirées de la Bible,, et l'emportent, pour la clarté, pour la science des raccourcis, pour la perfection du dessin, sur les sujets analogues traités dans les mêmes dimensions par le Petit Bernard. Les lointains sont très-riches et d'une grande finesse d'exécution. La perspective des monuments y est rendue d'une manière irréprochable.

La beauté des dessins et l'exécution de ces gravures a donné lieu de croire que Woeiriot, s'il n'a pas étudié sous la direction de Jean Cousin, nous en offre le reflet par l'intermédiaire du Petit Bernard , qui se distinguait alors à Lyon , et qui fut élève de Jean Cousin. D'ailleurs, par l'ampleur du dessin, il se rapproche bien plus de Jean Cousin que du Petit Bernard, dont les figures sont grêles et allongées.

Robert-Dumesnil n'ayant mentionné que les onze planches portant le monogramme de Woeiriot, je crois devoir donner la description de la suite entière; car, comme je viens de le dire, les vingt autres vignettes sont incontestablement du même artiste.

1 et 2. Création de l'homme (p. 3).

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