HISTORIQUE
Nous n avons pas l’intention de rappeler ici tout ce qui a été dit et écrit sur l’anurie. Ce serait nous exposer à des digressions et à des redites inutiles ; nous serons tout naturellement amené à signaler à propos de chaque variété d’anurie les travaux qui nous Font fait connaître. Mais il est intéressant de jeter un coup d’œil rapide.sur lespha« ses diverses par lesquelles a passé cette question, de comparer les notions que nous possédons actuellement, grâce aux progrès de la clinique et de la physiologie,à celles que Fpn retrouve dans les vieux auteurs.
Période ancienne. — Ôn sait toute l’importance qu’attachaient les anciens aux Caractères de l’urine dans lesmaladies. Sa diminution et la suppression de la sécrétion urinaire ne pouvaient donc l eur échapper, et leurs idées sur la cause de ces modifications sont encore vraies aujourd’hui. Le passage suivant, emprunté à Prosper Alpin, médecin célèbre de la fin du XVP siècle,mérite d’être cité, il est extrait d’un traité de séméTotique à peu près exclusivement consacré à l’exposition des doctrines d’Hippocrate et de Galien : « Le défaut d’urines provient d’une cause tout à fait contraire (à celle de leur abondance), savoir : du peu de Mercklen. 2
boissons qù^on a prises, d’un écoulement trop abondant des humidités par les selles et les sueurs,dé leur consomption par une chaleur excessive, ainsi qu’il arrive toujours dans les sueùrfe ardentes ; et pour lors rurine est totalement supprimée. Quelquefois aussi l’urine n’est en si petite quantité qu’à cause de Vobstruction du conduit dès reins ou de la vessie. (1).»
Voilà pour l’étiologie. Quant aux accidents qui peuvent survenir à la suite des anuries prolongées, on les trouve signalés à la même époque par différents auteurs. M. Fournier reproduit, à propos de l’historique de l’urémie ces lignes de Rayer -.«NousvoyonsArétée noter le développement des symptômes cérébraux dans la néphrite. Longtemps après, Baillou cita un cas de suppression d’urine suivie de coma ; Van HeJmont remarqüa des cas de suppression d’urine suivis de convulsions, etc. ; Morgagni rapporta plusieurs exemples de maladies des reins ou de suppressions d’urine suivies de convulsions ou d’autres accidents cérébraux. » Ce dernier, ajoute M. Fournier, semble même placer dans le sang la cause délétère ou le principe des accidents. Quand un calcul, dit-il, est formé dans les reins, il peut en résulter un obstacle àl’èxcrëtion dérurine et alors « minus proptére à sérum inutile e sanguine eiiminatur, ita hoc redundàré in cerebrùni potest. » (2).
Plus que toute autre, la supres si on d’urine des hystériques avait frappé l’imagination dés anciens. L'’iBchui'iedes femmes nerveuses, avec vomissements urineux, est signalée dans les ouvrages des médecirm dnXVII® et du XVIIP
(1) Alpino (Prosper), Dé praesagiéndâ vitâ ' et naorte aegrotantium. Padoue, 1602. Ges renseignements sont empruntés au traité de séméiotique des urines de Becquerel.
(2) Fournier. De Turémie. Thèse d’agrégation,T863j p. 1!'. '
siècle avec un luxe de détails merveilleux, qui, jusqu’à ces derniers temps, l’ont fait réléguer dans la catégorie des fables ou des simulations.
Ainsi la plupart des faits d’anurie étaient connus avant l’ère moderne, mais, en raison de l’obscurité qui régnait alors sur les maladies des reins, ces faits étaient souvent confondus. Cette confusion se trouve,, à une époque très rapprochée de nous, dans un travail de Willan sur l’ischurie rénale. (1). Sous ce nom, le médecin anglais décrit une maladie caractérisée par la suppression d’urine et des accidents cérébraux, et il fait rentrer dans sa description des anuries de causes très diverses. Billard, également exclusif, crut devoir rattacher plus tard tous ces cas à la néphrite ; cette opinion fut Gornhattue par Rayer (2) qui, sans se prononcer catégoriquement, reconnaît, qu’en dehors de la néphrite, des lésions purement intestinales accompagnées de vomissements et de diarrhée, peuvent déterminer une suppression d’urine et des symptômes cérébraux. ■
Pour clore cette période ancienne, nous, devons citer Abercombie(5), qui, sous ce même nom d’ischurie rénale, a rapporté un certain nombrerde cas 4’attuî‘ies.de causes diverses et Naumann (4), auteur d’un traité de médecine cli^ nique, qui, le premier, consacre un chapitre importantàla suppression d’urine. On y trouve' des ^détails historiques très complets sur ce sujet et une description très bien faite de là «rétention d’'urine dans les reins.et les uretères, ischu-
(1) Wiliaa. Caaes of îsclnirîa rèpâlîs în cMldrëit. (Médical facta and observations, vol. III. London,: 1792.) : : ; j
(2'Rayer. Maladies des reins, t. I, p. 421.
(3) Abercrombrie. Observations in iscliuria renalis. (Tbe Edimburgh. med. and suTgr Jôurtt., vol, Xilî, p. 221.
(4) Naumann. Sandbuch der medicinisében klinik. Bd VI, p. 74,
rie rénale et urétérale. » L’annurie vraie (anuria renalis) y est longuement étudiée, mais sans ordre et sans contrôle suffisant des faits. L’auteur expose avec complaisance les observations les plus extraordinaires et les moins authentiques d’anurie hystérique, insistant sur les écoulements d’urine par l’ombilic, les oreilles, les yeux, etc. ; il décrit sous le nom d’anurie des nouveaux-nés et d’anurie des vieillards, des états morbides très complexes et trèsobscurs qui ne se prêtent pas à cet exposé synthétique. Néanmoins ce travail peut être consulté avec fruit à cause de la richesse des faits et des indications qui y sont accumulés.
Période moderne .— Les progrès réalisés dans la pathologie des organes urinaires grâce à l’impulsion puissante de Rayer, le contrôle expérimental inauguré par les travaux de Prévost et Dumas, de Cl. Bernard et Barreswill, les accLuisitions récentes de;la physiologie sur le fonctionnement du rein et sur son innervation, enfin l’observation clinique devenue plus .précise, tels sont les éléments qui ont permis d’établir un peu d’ordre dans cette question de l’anurie. b ss.'lOB'
La suppression d’urine n’est pfûs une 'maladie comme l’avaient voulu Willan et ÀbercrOmbie,c’est un symptôme très varié dans ses causes et ses conïéquènces, p'ouvant. il est vrai, parles accidents qu’il détermine devenir une sorte d’état pathologique, mais toujours secondaire. Sans consacrer un ch^ap.itre spécial à ce^côtéHmportant de la séméiotique des urines, Rayer signale l’ischurie, insiste, sur sa valeur prqnostiqiie^et à propos d.ft diy^ maladie^ qui la
déterminent, mentionne les causes, le mécanisme, les accidents de ce symptôme.- --r ‘ &n£/gn-. i
Roberts (1) est, de tous les auteurs modernes, celui qui étudie le plus complètement l’anurie. Un chapitre important de son Traité des maladies des reins est conssiCTé à la suppression d’urine ; il distingue deux variétés principales d’anurië : l’anurie non obstructive (non obstructive suppression) et Fanurie obstructive (obstructive suppression). C’est cette dernière surtout qu’il expose avec beaucoup de détails ; sa description de l’anurie calculeuse est aujourd’hui classique. M. Lécorché (2) a adopté une division à peu près identique et signale l’anurie par défaut de-sécrétion et l’anurie par défaut d’excrétion conime deux espèces très distinctes, surtout au point de vue de la marche : la première amenant la mort au bout de quelques heures, au contraire lanurie par défaut d^excrétion ne déterminant des accidents graves qu’au bout de sept ou huit jours.
A coté de ces descriptions générales, il importe de rap peler plusieurs monographies qui mettant à profit des notions nouvelles dé physiologie et de chinSie pathologiques ont rappelé rattention sur certaines variétés rares d’anurie. C’est tout d’abord l’intéressante leçon que M. Charcot (3) a consacrée à l’ischurie hystérique, et où il a pu prouver, grâce à l’analyse chimique des vomissements, la réalité dè cette parurie erratique soupçonnée par les anciens. C’est ensuite le mémoire de MM.^,.3^erne.uii et Nepveu (4) sur l’oligurie et l’anurie traumatique, méraoir e où
-i'iUS ;■ . -
(1) Roberts. On urinary and rénal diseases, 3® cdit. London,-1876-,■
(2) Lécorché. Maladies des reins, 1875, p. 6.
(3) CharcoL Leçons sur les maladies du système nerveux, tome I,
(4) Nepveu. Oligurie et anurie traumatique. Gazette hebdomadaire,
cfts auteurs font intervenir pour l’explicationi des faits les actions nerveuses vaso-constrietives que GL Bernard et M. Vulpian ont déterminées expérimentalement chez: les animaux^ Ce sont enfin les récentes communications faites à la Société médicale des hôpitaux par M. Tennesson (t) sur l’anurie calculeusey par MM.^ Debove et Dreyfous (2) sur l’anurie cancéreuse. ■ ^ .
Nous n’insistons pas davantage sur ces détails bistoiriques qui trouveront mieux leur place à propos des causes et des accidents de l’anurie. Qu’il nous suffise de rappeler que c’est grâce aux progrès anatomo-patliôlogiques, grâce aussi aux lumières fournies ipar raniuriêoexpérimenta.le, que les recherches! modernes ont : pu: démontrer quelles sont lea causes et les conséquencès de la..; suppression d’urine. Beaucoup reste à faire, mais la voie est; ouverte, et dès â présent, nous possédons les, éléments d’une bonne séméiotique de l’anurie.
Nous renvoyons à l’index bibliographique qui termine notre travail pour l’indication de-tous les mémoires et des observations publiés sur. ranurie. Nous n’avons pu signaler ici que les plus importants-, é '8'
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(1) Tenaeson, Note sur l’anurie calculeuse. Société. m.édicale des hôpitaux, 1879.' , „ - .
(2) Debove et Drëyfoùs. Contribution à l’étude de l’anurie et de l’uré-
mie. Société médicale des bôpîtaux, 1879. 3; f
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