‹ Étude sur l'aortite aiguëChapitre 10 sur 12 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

1° Le nom d’aortite aiguë s’applique à l’inflammation aiguë des parois du vaisseau dans toute leur épaisseur.

2” Cette affection demande le plus souvent pour s’établir une lésion chronique préexistante de l’artère.

3° Les symptômes sont surtout constitués par l’oppression, la sensation de poids, de brûlure rélro-sternale traversées par des crises que constituent de véritables accès plus ou moins intenses d’angine de poitrine. A ces phénomènes douloureux s’ajoutent ordinairement des souffles variables suivant le trajet de l’aorte ascendante, avec augmentation de la zone de matité de cette artère et avec des caractères spéciaux du pouls.

4° L’hypertrophie considérable du cœur, la fréquence de la péricardite, la marche ordinaire par poussées successives et la mort subite sont les principaux phénomènes marquants de cette maladie.

o° Ces symptôme décrits pour la plupart soit comme une forme d’athérome, soit comme des accidents nerveux liés à une insuffisance aortique, se rapportent uniquement au processus inflammatoire aigu qui a envahi les parois du vaisseau.

6° L’affection avec laquelle l’aortite aiguë se confond le plus souvent est l’anévrysme de l’aorte. L’existence

Léger. 11

des phénomènes de compression dans un cas, leur absence dans l’autre est le meilleur signe qui puisse permettre d’en établir la distinction.

7° L’indication thérapeutique principale est de combattre la douleur par différents moyens et de chercher à modifier le processus inflammatoire à l’aide des révulsifs.

Observations.

Observation I (personnelle).

Aortite aiguë avec légère insuffisance aortique. Péricardite sèche.

Mort subite.

P... Léon, 3S ans, couvreur, a encore son père qui se porte très-bien et a perdu sa mère de suite de couches. Il est le seul de la famille qui ait éprouvé quelques désordres du côté du cœur.

A l’âge de 24 ans, étant encore au service militaire, il tombe à l’eau, et éprouve, quatre à cinq jours après, des douleurs avec gonflement dans les coudes et les épaules. Jamais il n’a eu d’autres articulations prises, mais a été obligé alors de garder le lit deux mois, sans qu’il eût éprouvé de palpitations, ni subi de traitement indiquant une complication cardiaque. Après celte maladie, il est encore resté huit ans au service, et a repris ensuite son métier de couvreur. Mais il éprouvait déjà après les fatigues, un peu d’essoufflement qui n’a jamais nécessité le repos.

Il n’a pas eu la syphilis, et convient franchement de ses excès alcooliques qui n’ont amené pour tout désordre que des rêves professionnels continuels.

11 y a trois ans, étant en Afrique, il fut sujet pendant trois mois, à des accès de fièvre quarte qui cédèrent à l’usage du sulfate de quinine. Mais son affection intéressante remonte à six mois seulement. Alors, il commença, au milieu d’une santé très-bonne, à souffrir de palpitations et d’une douleur dans les deux bra3, que rejoignait comme une barre transversale. La crise revenait vers 7 h. du soir, seulement, tous les dix jours, sans cause appréciable. Il fut alors obligé de garder le lit et fut soigné à l’aide de vésicatoires et de teinture de digitale.

1 er février 76. Il entre à l’hôpital, dans le service de M. le D 1 ' Bucquoy, et y reste trois jours, pendant lesquels il ne présenta aucune crise douloureuse, ne se plaignant que de palpitations, sans œdème ni aucune congestion viscérale.

Un moment ,de répit lui permet de travailler du premier au quinze mars. Mais alors, il lui vient comme une gêne épigastrique continuelle qui augmente rapidement et lui rend impossible la marche à contre vent, mais sans accès d’oppression.

Il revint à l’hôpital Cochio. C’est un homme vigoureux, très-sec, sans fièvre, et ne présentant aucune trace d'œdème.

Cet individu est baigné de sueurs, mal à l’aise, accusant une gêne continuelle dans la région rétro-sternale, et une difficulté assez grande de la respiration, son teint est un peu bistre, son apparence fatiguée. La pupille gauche est un peu plus petite que la droite. Au cou, les artèrent battent énergiquement, sans dilatation veineuse.

La sous-clavière gauche est remontée de manière à se dessiner sous les téguments et rend de ce côté les battements visibles encore plus énergiques. Frémissement au doigt sur le trajet de ces artères.

Le pouls radial est régulier, bondissant, retombe brusquement et parait égal des deux côtés. Mais le spbygmographe donne du côté gauche,|une ligne beaucoup moins élevée qu’à droite. La ligne d’ascension est perpendiculaire, terminée par une pointe aiguë, sans crochet ni plateau, et la ligne de descente est aussi brusque.

Au cœur, l’impulsion est vigoureuse et très-étendue, ainsi que la matité. Les battements sont sourds, avec ébranlement marqué de la région précordiale.

Le 4. La pointe bat dans le sixième espace, et en dehors du mamelon, à son niveau, existent un léger bruit de souffle systolique et un second diastolique aspiratif. Le premier va, se renforçant un peu vers la base qu’il franchit pour se propager le long de l’aorte ascendante.

La respiration est profonde, peu fréquente, quoique assez gênée et il existe à la base des deux côtés, en arrière, des râles ronflants et sous-crépitants.

Infusion de polygala. Julep avec la gr. de sirop de Tolu et de sirop diacode.

Le 18. L’oppression continue et il s’est établi un léger œdème autour de» malléoles. Julep avec 75 cc. de teinture de digitale.

Le 22. L’œdème a complètement disparu. L’auscultation du cœur fait entendre en même temps que les signes stéthoscopiques précédents quelques frottements vers la pointe. Suppression de la digitale

Le 26 au soir. Le malade se plaint d’avoir éprouvé par trois fois dans la journée, cette sensation de barre à la partie supérieure du sternum, qu’il compare à des crampes, à des tiraillements très-douloureux, mais n’augmentant pas son oppression. Ces douleurs se propagent dans les deux bras; surtout à gauche, sans dépasser le coude. Elles n’ont duré que cinq ou six minutes, et ont disparu tout à coup comme elles étaient venues. Autrefois, Jeur durée était de cinq ou six heures. Pendant ces petites crises, les palpitations deviennent beaucoup plus fortes, et le malade sent des battements dans tous les membres, mais surtout à l’épigastre et à la naissance du

! iodure de potassium, 75 cc.

Le séjour au lit devient impossible à cause de la dyspée.'Une piqûre de morphine procure une nuit calme.

29 mai. Les battements du cœur, toujours sourds et éouffés avec impulsion vive, deviennent irréguliers. Alors, le bruit de soufe du second temps n’est plus perçu à la pointe et s’entend dans le lointain un peu au-dessus de son niveau et près du bord du sternum, mais manquât même ici à quelques contractions du cœur. Le bruit de souffle du premir temps ne se perçoit qu’au niveau de la base. Dans l’aorte, le second iruit n'est toujours pas soufflant, et la zone de matité de cette artère, reste ormale. Les crises douloureuses persistent. On remplace l’iodure de potasium par 4 gr. de bromure de potassium.

8 juin. Les redoublements douloureux ont cessé depis quelques jours, mais le malade se plaint constamment d’une barre à l’éfgastre, d’une conatriction qui l’empêche de se baisser.

Le 1 i. Les battements du cœur se sont régularisés, e l’on perçoit plus nettement les souffles décrits plus haut. Mais sur toutle trajet de l’aorte ascendante les bruits se sont modifiés : le premier et roulé plutôt que soufflant, et le second est devenu nettement soufflant. Gs caractères ne se propagent pas le long de Ja colonne dorsale, où l’aort ne donne que des battements sourds. Le doigt plongé au-dessus du sternua ne sent pas d’impulsion. Il existe toujours une barre à l’épigastre, et la pession-à ce niveau, est très-douloureuse. Il ne se manifeste pas dans le ès de douleur analogue, quelquefois pourtant au niveau de l’angle infèieur de l’omoplate gauche. Quelques instants de marche ont suffi pour fair reparaître les irrégularités du cœur.

Cet état persiste sans grand changement, sans que les rises douloureuses deviennent plus fréquentes. Le malade les prévoit en resentant dans le bras gauche, une douleur qui commence en dedans du coude, sétend vers l’épaule et se prolonge bientôt en barre transversale au devant delà poitrine. Quand elle a gagné ainsi le bras droit, l’accès d’oppression s'étalit. Ordinairement aussi, cette douleur prémonitoire, au lieu de commener par le bras, débute par la poitrine.

Le 19. Les accès sont encore plus fréquents; elle 2l,à l’état de malaise permanent, viennent se joindre de fréquentes envies de vomir. Le malade rejette sa potion. Les pupilles sont maintenant francheaent inégales ; la gauche, rétrécie et paresseuse. La droite, agrandie et praissant mieux se contracter. Les bruits du cœur sont toujours sourds, rréguliers, et l’on perçoit maintenant au niveau de la partie supérieure du sternum le double bruit de souiflet, très-net, surtout quand le cœur reprendiprès une intermittence.

Il existe toujours à l’épigastre unedouleuren demi-ceilure qui l’oppresse constamment, et que la pression exagère.

Cependant, il n’existe toujours de stase sanguine en acun point. Le foie

seul parait déborder les fausses côtes de 2 centimètres, mais commence assez bas, à deux travers de doigt au-dessous du mamelon, de sorte qu’il ne doit.pas être augmenté de volume, mais seulement abaissé. Le poumon plein de râles sibilants, avec inspiration sèche, est emphysémateux. On supprime le bromure de potassium et on applique un vésicatoire sur la région précordiale. Deux cuillerées de vin diurétique. Le soir, les pupilles sont revenues sensiblement égales.

Le 22. U n’y a pas eu de nouvelles crises, mais le malaise général et I’oppression constante ont augmenté. Le malade s’affaiblit, est constamment baigné de sueurs, toujours sans la moindre trace d’œdème.

Le 23 au matin. La pupille droite est sensiblement plus petite que la gau che, et le soir, on remarque le contraire.

Le 24. Les vomissements sont presque continuels, mais peu abondants. La gêne épigastrique est toujours aussi considérable, mais les véritables crises ne sont pas revenues. On remplace le vin diurétique par une potion de Rivière.

Le 23. L’état général est misérable. Agitation extrême, nausées constantes. Presque à ebaque instant, il passe des douleurs tantôt le long d’un bras, tantôt le long de l’autre, et on ne remarque pius de crises franches au milieu de.eet ensemble. Les sueurs continuent aussi abondantes. Battements du cœur tumultueux, empêchant la perception de bruits de soufflé. L’auscultation de l’aorte ascendante fournit toujours les mêmes signes. Pouls un peu moins vibrant et irrégulier. Il existe maintenant un peu d'œdème autour des malléoles.

Le 26. Les vomissements continuent avec sensation de courbature dans tous les membres. Sentiment de brûlure intense, rétrosternale et s’étendant à tout le devant de la poitrine, ne se prolongeant pas le long du dos. Les 2 pupilles sont aujourd’hui égales et étroites. Glace intus et extra.

Cependant, le double bruit de souffle au niveau de la poignée du sternum slacçuse davantage, sans que la matité aortique soit augmentée. A l’aucultation des crurales, on perçoit un souffle brusque et très-fort au premier temps, au second ternes, il en existe un très-doux, seulement perçu quand Je stéthoscope n’appuie que légèrement. Au cœur, les bruits n’ont pas changé. Les crises douloureuses sont revenues plus fortes.

Le 3Q. Les vomissements qui avaient persisté jnsque-là, cessent brusquement. On trouve dans le crachoir, un crachai sanglant, rouge brun, hémoptoïque. C’est le premier accident de ce genre qui soit arrivé au malade. L’auscultation ne révèle que quelques frottements dans la fosse sousépineuse gauche.

1 er juillet. Les souffrances sont moindres, les crises plus éloignées. Le malade se sent mieux, et pourtant, il est dans un état bizarre, a l’air égaré, est devenu très-irritable, La parole est entrecoupée, sans grande gêne delà respiration. Ii existe un peu de toux et une expectoration vitreuse, collante,

peu abondante, sans que l’auscultation du thorax révèle de signes nouveaux.

Le 3. On perçoit quelques râles sous-crépitants à la base, surtout du côté gauche. Toute trace d’œdème a disparu, mais l’état général est toujours mauvais. Le malade amaigri a le teint plombé. Il reste sur le dos sans répondre aux questions. A un moment, il s’assied sur le lit, le cou tendu, la tête renversée en arrière, et semble dormir dans cette position. D’autres fois, il se plie en deux, la tête entre les jambes. Enfin, il n’est bien dans aucune position. Quand on l’interroge, ilnerépond pas, ou tardivement, très-lentement, et finit par dire qu’il souffre de partout, que tous ses membres sont brisés. La sensation de chaleur rétro-sternale est intolérable et s’étend à toute la région antérieure du thorax, surtout vers la base de la région précordiale, et le malade promène constamment une vessie de glace sur tous ces points, pour se soulager un peu.

Enfin, le 4. Plongé dans cet état de souffrance continue, sans qu’il parût alors y avoir de redoublements bien marqués, il se lève brusquement sur «on séant en criant : de la fraîcheur, et retombe raide sur le lit. Il était mort,

A l'autopsie. Dans le thorax : Saillie énorme du cœur, qui occupe la région antérieure et gauche presque tout entière.

Le péricarde pariétal est sain, ne contenant 'pas plus de 40 gr. de sérosité citrine. Quand on l’a incisé, on trouve derrière l’aorte quelques filaments tenus avec de petits dépôts grenus, rosés, formant 2 ou 3 îlots au niveau de l’angle de jouction du péricarde avec la partie postérieure de l’aorte, et au devant de la branche droite de l’artère pulmonaire. Aspect légèrement hérissé tout le long de la portion péricardique de l’aorte et de l’artère pulmonaire. Derrière l’aorte, le3 deux feuillets du péricarde sont très-vascularisés.

Sur le cœur lui-même, il existe une teinte opaline presque générale. On voit une plaque laiteuse en avant et au-dessus de la pointe, ainsi qu’à la jonction de l’artère pulmonaire avec l’infundibulum. La première est entourée complètement par un réseau vasculaire très-fin et très-serré.

Le cœur est énorme. Son poids vide de caillots est de 875 gr. Sa hauteur (jusqu’à l’anneau aortique est) de 16 cent. 7. La largeur la plus grande (environ à l’union du 4/4 supérieur avec les 3/4 inférieurs) est de 20 c. 5. A son ouverture : ventricule droit rempli d’un caillot noirâtre. La cloison est fort refoulée dans ce ventricule qui est très-petit, surtout en le comparant au volume du cœur. L’artère pulmonaire et ses valvules, l’orifice et la valvule tricuspide sont sains.

Le ventricule gauche dilaté et à parois épaisses est rempli par un caillot noirâtre. La surface interne présente des îlots jaune graisseux, et en un point une tache violacée, comme ecchymotique. La valvule mitrale est

saine, mais l’orifice a participé à la dilatation du ventricule et laisse facilement passer trois doigts.

L’aorte fait dans le péricarde une légère saillie globuleuse au niveau de laquelle on a déjà noté les signes de péricardite qui y existaient. La tunique externe est épaisse, sans taches ecchymoliques. Mais l’artère est en somme peu dilatée et ne présente pas plus de 82 millim. de tour. A son intérieur, elle est remplie par un caillot noir, non adhérent, agonique. En plongeant le regard au fond de la lumière du vaisseau, on voit les valvules rapprochées, ne laissant pas entre elles au centre un intervalle plus grand que 2 ou 3 millim., et l’expérience de l’eau montre aussi que l’insuffisance est peu prononcée. Ces valvules sont saines, relativement surtout à l’état de l’aorte. Le bord libre seul en est peut-être légèrement rigide. La surface interne de l’aorte est d’une teinte jaune, un peu terne, sur laquelle se détachent des îlots moins pâles, de consistance élastique, ayant pour la plupart le caractère des plaques gélatineuses et faisant un relief notable dans l’intérieur du vaisseau. La première portion de l’aorte en est toute parsemée, surtout à son origine et ne présente pas entre ces saillies de plaques crétacées. Autour de la naissance du tronc brachio-céphalique existe une plaque en forme de couronne, se prolongeant dans son intérieur et commençant à se crétiGeren un point. Au-dessous do la carotide gauche, l’aorte devient plus saine. 11 existe encore au milieu de sa position thoracique une plaque ellipsoïde, de 2 cent, de longueur, étendue dans le sens du vaisseau, moins surélevée que celles de l’origine de l’aorte.

A partir de ce point toute altération disparaît. Au-dessus de la valvule sigmoïde gauche, la paroi du vaisseau a cédé dans toute son épaisseur, en formant un godet admettant le pulpe du pouce et rendu lui-même irrégulier par des plaques molles, un peu élastiques, surplombant sa surface interne. Au sommet de cette dépression, l’épaisseur des parois est un peu diminuée. Sur la gauche de cette ampoule existe une tache violacée ecchym tique. La coronaire gauche naît à 3 millim. en arrière et ne paraît pas avoir changé de calibre à son origine. Au-dessus de son embouchure existent trois ou quatre petits points jaunes, saillants, gros comme une fête d’épingle.

L’examen microscopique des lésions de l’aorte montrait bien le processus aigu qu'elles avaient suivi. La tunique interne était épaissie dans sa totalité, présentant au niveau des plaques gélatineuses un renflement considérable, seulement au niveau duquel existaient des cellules embryonnaires dans les couches les plus superficielles. La tunique, moyenne était elle-même infiltrée par places de cellules embryonnaires et notablement plus épaisse. Enfin la tunique externe, participant aux mêmes altérations, présentait surtout de nombreux vaisseaux et des îlots encore plus nombreux d’éléments embryonnaires, infiltrés jusque dans ses couches les plus externes.

Les plèvres ne présentaient aucune adhérence, contenant quelques

cuillerées de liquide dans leur cavité. A la surface externe du poumai gauche près de la base, îlot d’environ 8 cent, carrés, un peu bombé, résistant en môme temps que plus friable et recouvert par une plèvre villeuse <t dépolie. La coupe du poumon en ce point est noirâtre et montre les lésions de l’infarctus. Le reste du parenchyme de ce côté est sain. Le poumon drot ne présente que de l’emphysème.

La muqueuse stomacale au niveau du bord supérieur de la valvule pylcrique forme une petite saillie en cul de poule, comme pustuleuse et dort le sommet est creusé d’une cavité cratériforme à bords minces et réguliers. La consistance en est moilasse et le fond de l’ulcération qui creuse le sommet de cette saillie paraît faire hernie sous la pression à travers les bords. Du reste, aucun changement de couleur au niveau de ce mamelon qui est grand comme la moitié d’une pièce de 20 centimes. Le reste de la muqueuse ne présentait que des altérations cadavériques.

Le cerveau, les reins et les autres organes sont sains.

Observation II (due à l’obligeance de M. le D r Bucquoy).

Lésions athéromateuses précoces. Aortite aiguë consécutive.

Fêricardite. Mort subite.

X...,33 ans, blond lymphatique, donnant peu de renseignements à caus de son origine étrangère, avouant quelques excès alcooliques antérieure. Depuis cinq semaines il éprouvait des palpitations légères ne l’empêchant pas de travailler, quand, il y a huit jours, ces palpitations devinrent beaucoup plus fortes et s’accompagnèrent d’une douleur précordiale et d'un sentiment d’angoisse encore extrêmement prononcé à son entrée à l’hôpital.

Le teint est pâle, légèrement cyanosé ; la dyspnée intense, la douleur précordiale vive, s’étendant vers l’épaule et même jusqu’au coude du côti gauche. 11 existe quelques vertiges, sans fièvre, sans albuminurie, sans œdème, avec un appétit normal. A la région précordiale on constat*, une légère voussure. La pointe du cœur bat dans le sixième espace, à 2 cent en dehors du mamelon. La matité est étendue dans les deux sens. Les battements sont réguliers, mais sourds, comme étouffés, sans souffle ni i la pointe ni à la base. On constate seulement un léger frottement au uiveat de la base.

Le lendemain ce frottement péricardique est plus accusé, situé au dedan; de l’aire des bruits mitraux et a gagné la base, du côté de l’artère pulmonaire où il offre un timbre rude, râpeux, surtout au second temps. Les pouh sont différents, le droit ayant peu d’amplitude, le gauche marqué par uœ ligne d’ascension très-étendue, avec une ébauche de crochet beaucoup moins marqué que dans l’insuffisance aortique.

Le surlendemain, augoisse et oppression croissantes, malgré la diminu.- Lêger. il

tion de la douleur précordiale. Mort le soir par syncope eu cherchant à s’asseoir.

A l’autopsie, le cœur est d’un volume considérable et présente une plaque laiteuse triangulaire sur sa face antérieure au niveau du ventricule droit. L’extrémité inférieure de son bord gauche est recouverte d’une fausse memhrane villeuse, dépolie, donnant à cette partie l’aspect d’une langue de chat. Au niveau de la face antérieure de l’artère pulmonaire, une fausse membrane lâche et mobile adhère au feuillet pariétal du péricarde. Cette enveloppe séreuse est du reste vascularisée dans toute son' étendue, mais surtout au point où elle recouvre l’origine des gros vaisseaux.

En incisant le cœur, ses parois apparaissent très-épaisses. Les valvules aortiques et mitrales sont parfaitement saines.

L’aorte dans sa portion péricardique est très-injectée à l’extérieur, et va jusqu’à présenter des taches ecchymotiques dans l’épaisseur de sa tunique externe. Au niveau de la portion ascendante de la crosse, ses parois on t cédé en forme d’ampoule d’environ i cent, de diamètre.

La surface interne du vaisseau est couverte de plaques athéromateuses très-étendues, se continuant entre elles, offrant par piace des traces de ramollissement, d’ulcération et aussi des encroûtements calcaires. En d’autres points, apparence d’injection vive et plaques gélatiniformes. Ces lésions s’étendaient dans toute l’aorte thoracique.

L’orifice du tronc brachio-céphalique est très-rétréci, permettant à peine le passage d’un stylet et explique bien la différence que présentaient les deux pouls pendant la vie. L’aorte abdominale, les iliaques, les radiales présentent aussi des traces d’athérome. Les artères du cerveau ne sont presque pas atteintes.

Enfin il existe d’anciens infarctus dans les deux reins.

Observation XII (personnelle).

Insuffisance aortique. Athérome de l’aorte. Aortite aiguë consécutive.

Dem. Louis, 52 ans, terrassier, a longtemps servi comme militaire. Il nie tout excès alcoolique, et on ne trouve comme symptôme d’alcoolisme que des rêves pénibles existant seulement depuis quelques temps. Les antécédents n’offrent aucun intérêt. Il n’a eu comme toute maladie que le choléra en 49 et n’a jamais été sujet aux rhumatismes.

II y a deux ans, comme premier début, il éprouve de temps en temps la sensation d’une barre transversale au niveau de l’épigastre, revenant Je matin plutôt qu’aux autres moments de la journée. Il y a six mois, cette sensation pénible devient continuelle eu même temps qu’il survient des palpitations. Le malade dit pourtant qu’à cette époque la douleur était quelquefois diminuée par la chaleur du travail.

Toute occupation devient impossible. Il survient de petits éblouissements, qui ne vont jamais jusqu’à la perte de connaissance.

Depuis 4 mois, accès subits d’oppression, revenant sans cause appréciable et saus préférence marquée pour une heure quelconque. Us sont caractérisés par une constriction subite à l’épigastre qui remonte comme une ligne, tout le long du sternum et l’étreint au niveau de la poignée, sans se prolonger aucunement vers les côtés.

Le 2S juin. 11 lui vient un peu d’œdème des jambes, et il entre à l’hôp ita dans le service de M. le docteur Bucquoy.

On voit un homme grand, sec, d’aspect vigoureux, un peu anbelant en parlant.

Les extrémités inférieures sont assez œdématiée».

Hypochondre droit un peu bombé. Epigastre sensible. Foie débordant les fausses côtes de 2 travers de doigt. Respiration très-pure. Urines albumineuses.

Le cou est animé de battements à sa base, sans dilatations veineuses. Pouls bondissant, et retombant assez vite avec une artère un peu dure. Egal des deux côtés il présente desinégalités nombreuses, etdonne au sphygmograpbe, une ligne ascendante, élevée, complètement verticale, terminée par une pointe sans plateau ui crochets. La ligne de descente est aussi assez brusque.

Le cœur est volumineux, avec la pointe dans le 6 m * espace, en dehors du mamelon, donnant une impulsion assez forte.

Au niveau de la pointe, les bruits sont un peu sourds, avec léger souffle systolique qu’on perd en se portant vers l’aisselle, et qui se prolonge en se renforçant du côté de la base. Au bord gauche du sternum, près du 5‘ espace intercostal, on perçoit en outre un souffle au second temps, profond, et aspiratif, qui se suit jusqu’à l’orifice aortique, mais a son maximun vers le 4° espace intercostal gauche, près du sternum.

Sur le trajet de l’aorte ascendante, double bruit de souffle très-marqué se propageant dans les carotides. Matité précordiale étendue. Matité aortique débordant peu le bord droit du sternum Aucune impulsion et aucune sensation de battements à la main n’existe à ce niveau.

Les pupilles sont égales. Régime lacté. Piqûre de morphine le soir.

Le 9 juillet. L’oppression et les crises douloureuses continuent aussi fortes. On donne une po'ion avec 2 grammes de chloral. Le lendemain il existe du mieux, sous le rapport de l’oppression, mais l’œdème des extrémités inférieures a augmenté et gagné les bourses.

Le 22. Les crises ont reparu aussi violentes, malgré la morphine et le chloral que l’on change pour 2 gr. de bromure de potassium. Les signes physiques sont du reste les mêmes,

Le 23. Par un temps orageux et une chaleur accablante le malade, dont l’œdème avait notablement diminué, s’était assoupi, quand vers onze heures du matin, il se réveille eu sursaut, en proie à une oppression angoissante

extrême. Le visage est cyanosé ; la station, même assise, sur le lit est impossible et le mort parait imminente. On lait une piqûre de morphine qui arrête presque subitement la crise, 5 minutes après, et le soir il ne s’en était pas reproduit de nouvelles.

Le 24. L’oppression a augmenté la nuit, et ce matin la malade est en proie à un délire tranquille.

Le 25. Nouvel accès nocturne d’oppression. Dans la journée, il se lève subitement, comme mû par un ressort et retombe sans connaissance. Après être revenu à lui, il est de nouveau en proie à un délire tranquille. On remplace le bromure de potassium par le chloral.

Le délire continue et devient furieux. Le malade est baigné de sueurs, les yeux hagards, les pupilles restent égales. La camisole de force rendue nécessaire empêche un examen attentif des organes thoraciques. L’œdème n’a pas augmentée! il n’existe plus d’albumine dans les urines.

Le27.0n supprime le chloral pour donner une potion avec 10 centigrammes d’ext. d’opium, et le lendemain le délire disparaît en laissant un peu de vague dans les idées. L’œdème augmente et il survient une inégalité pupillaire assez marquée. La pupille du côté gauche est plus petite.

Le 1 er août. Il survient un nouvel accès de délire furieux. On remplace l'opium, dont on avait continué l’usage, par 4 grammes de bromure de potassium, qui ne produisent aucune cédation.

Deux jours après, le délire cesse et l’on peut ausculter minutieusement le le cœur. Les bruits de la base paraissent diminués d’intensité, mais à la pointe on perçoit un [bruit de soutfle systolique profond ne se propageant pas du côté de l’aisselle

L’oppression est toujours aussi considérable; mais les crises douloureuses paraissent avoir cédé. L’œdème a de nouveau envahi les bourses et la région inférieure des parois abdominales. Il existe des râles sous-crépitants à la base du côté gauche.

Le malade meurt doucement à 5 heures.

A l’autopsie, le foie et le cœur présentent seuls dès altérations notables.

Le foie est gros, avec l’aspect d’un foie cardiaque, paraissant avoir déjà subi un commencement de cirrhose.

Le cœur est très-volumineux, mais flasque. Son poids, sans caillots, mais avec l’aorte ascendante, est de 875 grammes. Le ventricule droit paraît plus petit à cause de l’hypertrophie portant en totalité sur le ventricule gauche. Celui-ci ne présente à l’œil nu aucune altération de la fibre musculaire, mais paraît assez dilaté. L’orifice mitral a suivi ce mouvement d’expansion et admet facilement la passage de trois doigts. La valvule mitrale est souple, sans taches onalines, excepté à la base de son feuillet droit où il existe une lot jaunâtre très-circonscrit.

La valvule, très-ample, paraît s’être prêtée à la dilatation de l’orifice et du ventricule.

L’orifice aortique est largement insuffisant. Les valvules sigmoïdes sont dures, rigides, rugueuses au toucher et conservent leur direction horizontale quand on étale l’aorte. L’anneau aortique, apparaît à ia Coupe, sous forme triangulaire, grenue, d’une dureté pierreuse et présentant 8 millimètres d’épaisseur.

L’orifice aortique a lui-même 10 centimètres de pourtour, et l’aorte, audessus de lui, se dilate encore pour donner -il centimètres de circonférence.

Les parois du vaisseau sont dures et épaissies. Son intérieur ne présente plus dans toute l’étendue de la crosse le plus petit îlot de surface saine, et d’un aspect jaune sale, rugueux, hérissé de plaques calcaires qui séparent des lignes d’un gris cendré. Il existe au niveau de l’origine de l’aorte quelques petits îlots noirâtres, hémorrhagiques.

L’origine du tronc brachio-céphalique et des artères sous-clavière et carotide gauche n’est pas altérée dans ses dimensions et l’altération ne se continue pas dans l’intérieur de ces vaisseaux.

L’accentuation des lésions anciennes de l’aorte rendait ici difficile l’appréciation des altérations aiguës. Mais à l’examen micrographique, on trouvait la tunique interne épaissie, lamelleuse, déchiquetée à sa surface. En un point, on voyait, dans les couches superficielles, un îlot de cellules embryonnaires allongé dans le sens du vaisseau et dont l’une des extrémités s’insinuait sous un petit dépôt athéromateux qu’il circonscrivait à sa face profonde. Au niveau des limites de la tunique interne existaient encore des amas irréguliers de cellules enbryonnaires plus petites et se prolongeant dans l’épaisseur de la tunique moyenne. Il s’en trouvait aussi, mais en quantité moins considérable, dans cette dernière, où les cellules étaient alors disposées suivant les bords de grandes fentes longitudinales paraissant formées par l’écartement des fibres élastiques. Cette tunique moyenne était du reste plus épaisse.

En un point les éléments nouveaux se continuent dans la tunique externe qui parait très-vasculaire.

Observation IV (personnelle).

Aortite aiguë, péricardite. Pleurésie.. Mort par syncope,

Marie, âgée de 55 ans, femme déménagé, n’a jamais fait de maladies, et ne présente aucun antécédent rhumatismal. Elle n’est pas alcoolique ou du moins il n’existe rien qui permette de le supposer.

Elle attribue à sa maladie une cause accidentelle. Au mois de juillet 74, à la suite d’une grande fatigue, elle avait été surprise par un étouffement passager.

Quelque temps après cet accident reparut, puis ces crises devinrent plus fréquentes en môme temps qu’à la gêne de la respiration, il se joignait une

douleur très-vve dans le bras droit, surtout au niveau du deltoïde, avec anxiété, et gagnant le sein, pour disparaître. Ensuite cet accès douloureux accompagné d'jne.sensalion pénible localisée derrière le sternum et plutôt à droite, revieit avec chaque étouffement qu’il précède de 10 minutes environ, à l’état seulement de malaise au début.

Depuis six nois, le décubitus était devenu impossible, les palpitations plus fréqu-ntei et la malade gardait le repos chez elle.

La persistante des accidents l’engage à venir à l’hôpital Cochin, où elle entre dans Je sjrvice déM. le docteur Bucquoy.

C’était une femme d’apparence robuste, mais avec un teint d’une pâleur donnant d’abo d l’idée d’une albuminurie. Mais il n’existait pas d’tedème, et les urines étaient normales sans albumine. La malade disait du reste n’avoir jamai.s été enflée, ni de la face ni des ïambes.

On la trouve à la visite, en proie à une oppression pen marquée, mais qu'aumenieut totalement les explorations. C’est l’inspiration qui est surtout profonde, à type costal inférieur, mais sans grande fréquence.

Le thorax est un peu bombé en avant, mais elle s’est toujours connue avec cette con'ormation. Il n’existe pas de veines saillantes à ce niveau.

A la ;base da cou, on voit du côté gauche une impulsion marquée, isochrone aux battements du cœur et la jugulaire y est entièrement gonflée. A droite, le stulèvement pulsatif est beaucoup j>lus prononcé, dessinant même des siniosités au passage de la sous-clavière sur laquelle le doigt arrive facilement.

Le pouls est peu fréquent, avec impulsion brusque et très-forte, et retombe de suife. Le gauche est manifestement plus fort que celui du côté droit. Le sphysmograpbe retrace nettement cette différence et donne de plus une ligue ascendante brusque, avec un plateau un peu arrondi au sommet et une descente moins rapide que la ligne de montée, sans crochet d’insuffisance.

La pointe di cœur bat dans le 6® espace intercostal, un peu en dehors de la ligne maranaire où l’on perçoit, ainsi que dans toute la région précordiale, une impulsionvive, dénotant avec la matité, l'hypertrophie assez considérable du cœur. Au niveau de la pointe on perçoit un lég r bruit de souffle systolique, ne se continuant aucunement du côté de l’aisselle et paraissant propagé de la base. A la partie interne du 2® espace intercostal droit commence un doude murmure systolique et diastolique qui va s’accentuant vers le tiers interne de la clavicule sous laquelle, il acquiert son maximum en produisant un bruit de va et vient très-marqué.

Dans les arères, au cou et surtout à droite, les deux bruits s’y perçoivent, Au pli de l’aiie, l’impulsion est forte mais le murmure du second temps ne s’y rencontre ias.

La percussion donne une matité étendue au niveau de la région précoriale, mais au niveau de la partie supérieure de l’aorte, elle dépasse très-

peu le bord droit de cet os et ne peut révéler par conséquent une dilatation de celle artère.

La palpation montre l’étendue et l’énergie des battements du cœur, mais ne révèle ni impulsion, ni soulèvement sous la clavicule droite.

Les pupilles sont égales, la voix normale et la respiration pure des deux côtés. L’état général est bon. On donne 75 centig. d’iodure de potassium et 2 pilules de digitale et jusquiame par jour.

Trois jours après, le 19 janvier, l’oppression a augmenté un peu ;il est survenu delà toux avec une expectoration purulente, en même temps qu’on perçoit des râles de bronchite aux deux bases. La malade dit alors avoir craché un peu de sang avant son entrée à l’hôpital, sans que les sommets paraissent le siège d’aucune lésion.

Julep diacodé. Ventouses sèches, soulagement de l’oppression.

Le 31. Il survient à la base du thorax une douleur du côté gauche, L’auscultation fait toujours percevoir des gros râles aux deux bases, mais beaucoup plus fins à gauche.

Le 2 février. Le point de côté est toujours aussi violent et augmente singulièrement la dyspnée. On y perçoit une crépitation inégale, fine, inspiratoire seulement et probablement due à des frottements pleuraux. Vésicatoire.

Le 7. Les signes cardiaques n’ont pas varié. La douleur de côté est encore plus vive et il existe maintenant en arrière un souffle doux, voilé, avec cegophonie, et limité en dehors par des frottements.

Le 12. La malade conserve sa dyspnée habituelle, mais les arcès paraissent éloignés, et l’angoisse n’a pas augmenté d’une manière notable. Seulement les jambes sont maintenant enflées. Les battements dn cœur ont changé de caractère. Ils sont sourds, lointains dans toute la région précordiale, mais la matité n’a pas augmenté d’étendue. Il n’existe pas de voussure,ni d’autres signes de péricardite.

Le 19. La douleur du côté gauche persiste toujours, ainsi que le souffle voilé étendu maintenant dans toute la région postérieure, au-dessous de l'angle de l’omoplate. L’œgophonie est très-marquée et l’œdème des jambes à augmenté. Sirop denerprum. Les signes et symptômes cardiaques persistentles mêmes.

Le 25. L’oppression avait diminué. La malade qui s’affectait assez de son état était plus contente, quand après avoir déjeuné assez gaiement elle s’affaisse subitement sans accès douloureux.

Autopsie. Le péricarde ne contient pas de liquide, mais sur la face antérieure du cœur, près de la pointe, il existe un îlot grand comme une pièce de un franc, saillant d’au moins 3 millimètres et formé de fausses membranes d’un blanc opalin très-mat, se plissant très-facilement sous la pression du doigt.

Le reste de la surface du cœur est un peu louche, mais ce n’est que prèe dupointde réflexion de la séreuse et sur le feuillet du péricarde lui-mêms

qu’on remarque encore des mamelons très-petits, irréguliers, avec un ou deux filaments celluleux unissant en ce point les deux surfaces opposées de 1& séreuse.

L’aorte à ce niveau, près de son origine, apparaît globuleuse, formantpar sa dilatation un ovoïde saillant surtout vers la droite, de 15 cent, de circonférence et adhérant à sa face postéro-externe, avec le péricarde. Sur le sillon constitué par cette jonction, il s’est formé un dépôt crétacé,finement grenu, en un îlot de l’étendue d’une pièce de 20 centimes.

L’ampoule aortique se prolonge, dégagée du péricarde jusqu’à la base du tronc brachio-céphalique et l'aorte continue son trajet,manifestement dilatée mais d’une manière à peu près régulière à partir de ce point, cette poche, libre de toute adhésion, autre qu’au niveau du péricarde,ne comprime aucun organe.

En ouvrant l’aorte jusque dans le ventricule gauche, la surface interne apparaît malade dans toutes on étendue. Elleestd’unaspect rouge framboisé, sur lequel se détachent des plaques jaunes saillantes au-dessus de la surface de l’artère. La rougeur est moins forte au niveau de la poche dont les parois sont plus dures et épaissies, sutout au niveau du péricarde. On trouve dans l’intérieur de cette poche, un caillot poisseux noirâtre, se prolongeant en haut jusqu’aux limites de la crosse, en cas jusqu’aux valvules sigmoïdes, n’adhèrant en aucun point et laissant voir à son centre une portion jaune grisâtre, décolorée.

Le cœur est volumineux, à parois épaisses et résistantes, et l’hypertrophie porte exclusivement sur le ventricule gauche qui paraît empiéter sur le ventricule droit.

L’orifice mitral n’est pas altéré. La valvule est seulement un peu épaissie vers l’un de ses bords libres. Les valvules sigmoïdes aortiques sont un peu épaissies, dures sur leurs bords, mais non ratatinées. L’orifice aoi tique paraît seulement un peu, dilaté.

Système pulmonaire-. La plèvre gauche contient environ 1200 grammes de liquide citrin porté surtout en avant et en bas, vers le cœur par des adhérences pleurales assez molles. Le bord antérieur du poumon de ce côté adhère au péricarde.

Le tissu pulmonaire, ainsi que les autres organes, ne présente aucune altération.

Observation V (personnelle).

Lésions athéromateuses très-avancées de l’aorte. Poussée aiguë à marche rapide. Péricardite. Mort subite.

Leroy, Euph, couturière, âgée de 68 ans, a perdu son père de vieillesse et sa mère dans une attaque d’asthme. Elle-même n’avait jamais été malade, vivait d’un régime assez sobre quand, il y a 18 mois, aurait commencé

une bronchite dès le début de laquelle il y eut plusieurs crachats de sang seulement sous forme de filets.

Elle prend alors le lit et l’a gardé presque constamment depuis. Trois mois après apparurent des palpitations. L’oppression date du mois d’août 75. Continue et supportable d’abord, elle s’exaspère bientôt sous forme d’accès terribles. La malade, qui sortait un peu, avait quelquefois de ces redoublements qui la rendaient incapable de regagner sa demeure.Mais alors elle n’a jamais eu de douleur angoissante, d’engourdissement du bras.

Il y a huit jours, comme elle était plus souffrante depuis quelque temps, elle éprouve en changeant de lit un accès d’étouffement tel que la parole est impossible pendant plusieurs heures, et à la suite duquel apparaissent de nouveaux crachements de sang plus abondants. Elle entra alors à l’hôpital Cochin, dans le service de M. le docteur Bucquoy.

C’est une femme assez grande, maigre, dont la figure encore un peu colorée, présente un fond jaune pâle assez marqué. La respiration est fréquente, le décubitus prolongé impossible. Les jambes seules sont infiltrées, mais assez fortement et seulement, depuis 15 jours. La pression éveille une légère douleur à l'épigastre sans que le foie paraisse déborder beaucoup les fausses côtes.

Le pouls gauche est faible, presque inperceptible.et donne pourtant encore au sphygmographe une ligne ondulée, formée d’oscillations assez hauteB dont le sommet est complètement arrondi. Le pouls droit est vif, dur, bondissant et retombant de suite. La ligne d’ascension est brusque,haute, terminée en pointe avec une ébauche de crochet, sans plateau, et la ligne de descente également assez rapide. Âu poignet, on voit de ce côté la cubitale serpentine, soulevée brusquement pour retomber aussi subitement après. Le cou, sans dilatation veineuse,est agité à la partie inférieure et surtout à droite de soulèvements énergiques.Le doigt y perçoit une impulsion vive,qui à la carotide gauche est plutôt affaiblie. L’artère temporale est serpentine, même à gauche où l’on trouve encore l’impulsion bien moins forte qu’à droite.

A la partie supérieure du thorax, il n’existe pas de dilatation veineuse. Le côté gauche, dans la région sous-claviculaire, parait peut-être un peu plus proéminent que la même région à droite.

La pointe du cœur bat dans le 6 e espace intercostal, sur la ligne mammaire. La main appliquée au niveau de la régiun précordiale n’y perçoit aucun frémissement; elle ne sent ni battements, ni impulsion dans les régions sous-claviculaires. La percussion décèle une hypertrophie du cœur et donne une matité dépassant latéralement de 4 centimètres le bord droit du sternum, en haut.

Au niveau delà pointe, les bruits sont un peu sourds, sans souffle. Audessus et vers la droite, on perçoit dans le lointain un bruit de souffle au second temps, aspiratif, qui s’accompagne bientôt, dès que l’oreille remonte, Léger. 13

d’un bruit de souffle au 1 er temps, augmentant à mesure qu’on approche de la partie interne du 2e espace intercostal droit. Là, et un peu au-dessus, les deux bruits ressemblent à une espèce de va|et vient,qui se prolonge avec les mêmes caractères sous les clavicules droite et gauche. Mais l’oreille n’a aucunement la sensation comparable à celle éveillée comme par le bruit d’un second cœur dans la poitrine.

Le crachement de sang est passé depuis son entrée, mais elle éprouve une toux sèche et une douleur au côté droit. Il existe de la submatilé dans la moitié inférieure du poumon droit en arrière. A ce niveau, il existe des râles sous-crépitants gros, avec affaiblissement et léger chevrotement de la voix en même temps qu’on perçoit un peu de souffle voilé.

Les pupilles sont égales, le timbre de la voix normal. Il n’existe en un mot aucun signe de compression intra-thoracique.

Piqûre de morphine le soir en vue de calmer l’oppression. Régime lacté.

Le 12. La malade n’est pas plus mal, mais a encore êu le soir un accès d’étouffement.

Les battements du cœur sont toujours sourds à la pointe. Au-dessus d’elle on perçoit un bruit doux, systolique, d’un timbre différent de celui qui s’entend à l’orifice aortique, dû très-probablement à un frottement et confirmant l’idée de péricardite qu’on avait eue le 1 er jour.

Le 13. Le frottement est remplacé par l’assourdissement des bruits du cœur, de sorte qu’il s’est fait probablement de l’épanchement péricardique. L’état du poumon n’a pas varié; on met un vésicatoire sur le côté droit en arrière.

Le 15. Dans l’après-midi, violent accès de suffocation. La malade le sent venir, localise son étouffement à l’épigastre, sans angoisse rétro-sternale, ne peut rester coucher et se cyanose. Une piqûre de morphine ramène rapidement le calme.

Le 21. L’état du cœur est toujours le même, mais l’œdème a un peu diminué. La malade est contente, se sent mieux et n’a plus eu d’accès de suffocation. Après avoir reçu quelques visites, en mangeant avec plaisir un peu de friandises, elle meurt tout à coup, sans donner aucun signe de sa fin, que l’infirmier reconnaît seulement à l’immobilité prolongée.

Autopsie. Dans l’abdomen,il n’existe pas d’ascite.Le foie légèrement muscade pèse 1480 gr., et la rate 140 gr. Les reins sont un peu fermes, congestionnés, mais très-sains,

Dans le thorax, on trouve un léger épanchement citrin à gauche, d’environ quatre cents grammes de liquide, avec adhérences celluleuses du bord postérieur du poumon.

A droite existe un épanchement plus abondant, également citrin, avec adhérences plus solides du poumon à son bord postérieur, ainsi qu’à toute la circonférence de sa base.

Les deux poumons sont très-sains ; mais à la partie antéro-externe de la

base du poumon droit, on trouve un noyau résistant, gros comme une petite pomme, et dont la coupe montre un tissu compact, noirâtre, allant au fond de l’eau.

A côté de lui, existe un autre petit noyau gros comme une cerise.

Le péricarde contient environ deux cents grammes de liquide.

Le cœur est énorme, globuleux, tirant exclusivement son volume du développement du ventricule gauche. Sa surface est opaline par places, audevant et au-dessous de la pointe et un peu sur sa face postérieure.

L’aorte, qui s’est déchirée par traction au niveau dii diaphragme, fait une saillie intra-péricardique débordant à droite et passant au-devant de l’artère pulmonaire qu’elle rejette à gauche. Au niveau de cette saillie globuleuse, le péricarde viscéral à une teinte laiteuse, avec arborisations rosées à la face postérieure et adhérences celluleuses à ce niveau. 11 existe également des arborisations au point correspondant de la face postérieure pariétale du péricarde.

A l’ouverture du cœur, le ventricule droit paraît très-petit, avec ses valvules et ses orifices sains. Le ventricule gauche a des parois épaisses de 3 centimètres. La valvule mitrale, de couleur blanche, est très-saine, et l’orifice aortique admet facilement deux doigts. L’orifice aortique est dilaté, sans grande altération valvulaire. La valvule droite est pourtant raccourcie et un peu épaisse sur son bord libre.

Au-dessus de ces valvules commence une altération aortique très-marquée, s’étendant jusqu’à sa bifurcation en iliaques primitives.

Il existe à l’origine de l’artère une dilatation de forme globuleuse dont la limite répond au bord supérieur de la bronche gauche. Au delà, l’aorte est encore dilatée ; mais d’une manière uniforme.On n’y trouve aucun caillot, ni ancien, ni agonique. Le niveau de la plus grande circonférence de la dilatation est intra-péricardique et mesure 20 centimètres, 3 de tour. Les parois en sont rigides, revenant à leur place première quand le doigt les a affaissées.

La surface a, un aspect rugueux et semble s’écailler par places, quand on retourne l’artère. La couleur générale est d’un jaune sale, très-légèrement brunâtre, mais sur laquelle se détachent des plaques saillantes, d’un jaune plus franc, et d’origine beaucoup plus récente.

On ne remarque pas de plaques rosées ou rouges,ainsi que dans certaines aortites. L’embouchure de la coronaire droite est très-petite, celle de la coronaire gauche est agrandie. La sous-clavière gauche est oblitérée à son origine par un amas jaunâtre consistant que ne peut traverser un stylet.

Observation VI (personnelle).

Insuffisance aortique. Aortite sous forme de poussées successi ves.

Hémiplégie. Mort.

M. Georges, déménageur, âgé de 52 ans, n’a jamais/été malade, ne présente jusqu’ici comme affection que des accidents alcooliques (pituite, cauchemars continuels).

Il y a 2 ans,après une chute violente sur l’épaule, il éprouve des palpitations et ces accidents le forcent à interrompre son travail. Il lui vient en même temps des vertiges passagers, mais fréquents, ainsi qu’une douleur subite, un peu au-dessous du sein gauche, sans irradiations, mais accompagnée de brûlure, derrière le haut du sternum. Cette sensation se passe eu bout de 5 à 10 minutes, et la douleur intercostale s’affaiblit ensuite, mais beaucoup plus lentement.

Il y a 15 jours, est survenu un léger œdème autour des mollets et il entre alors à l’hôpital, service de M. le docteur Bucquoy.

C’est un homme grand, très-vigoureux, paraissant en proie à uneanxiété constante, se plaignant d’une sensation de brûlure rétro-sternale. Le teint est d’une pâleur bistrée.

La respiration peu fréquente, de 24 à 28 par minute, offre une inspiration un peu brusque et profonde. Léger œdème des extrémités inférieures, pas de soulèvement des artères. Le pouls égal des deux côtés sans induration artérielle est léger,bondissant; au cœur,l’impulsion est étendue.La pointe ba l dans le 6 e espace intercostal, avec bruits un peu sourds, non soufflants. Au niveau de l’orifice aortique, le 1“ bruit est net, le second non perceptible remplacé par un souffle doux, aspiratif, se propageant vers le bord gauche du sternum jusqu’à l’appendice xiphoïde,

Matité aortique nonaugmentée. Battements aortiques lointains avec second bruit un peu soufflant

Toux sèche. Respiration emphysémateuse. Urine normale.

Le 4 octobre, six jours après son entrée, l’œdème a complètement disparu, mais la sensation pénible dechaleur rétrosternal persisteavec accès de dyspnée la nuit.

Le 7. Les accès se sont encore prononcés davantage. Piqûre de morphine.

Le9.11 n’est résulté aucun soulagement. La sensation de brûlure a même augmenté et on entend aujoura’hui, outre les signes stéthoscopiques de l’entrée,, un léger souffle au l* r temps dans l’aorte ascendante. Vésicatoire sur la région précordialè.

Le 13. Teint du malade encore plus terreux. Les étouffements ne permettent plus le décubitus. Le pouls est devenu plus faible, et depuis que le patient reste sur un fauteuil, l’œdème des extrémités inférieures a reparu- Drastique. Inj. de morphine.

Le 14. Les urines ont diminué de quantité (un lit. en 24 heures), mais ne contiennent pas d’albumine. One cuillerée de vin de Trousseau. L’urine devient plus abondante. Uu peu de calme était revenu quand,dans la nuit du 18 octobre, reparaissent plusieurs accès terribles d’étouffements. Les battements tumultueux du cœur rendent peu précis les signes fournis par l’auscultation. Après la visite, il survient une nouvelle crise angoissante. On remplace la piqûre de morphine par 2 grammes de chlbral.

Pendant 2 jours, existe alors un calme assez marqué. Mais le 28 octobre l’étouffement reparaît, moins fort il est vrai. On constate alors à la base du cœur, en dehors et à gauche, des frottements péricardiques assez doux. Au niveau de l’orifice aortique, un double bruit de souffle s’entend maintenant nettement, le premier plus long et plus intense que le second.

Le 24. L’oppression augmente; 60 cent, de scammonée. Injection de 30 gouttes de chlorhydrate de morphine au 50 emo .

Le 26. Nouveau calme. La piqûre de morphine procure alors une bonne nuit. Les frottements péricardiques sont toujours aussi marqués. Pas de changement dans les altérations des bruits de la base. Vésicatoire à la région précordiale.

12 novembre. L’état du malade a peu changé ; il éprouve toujours sa dyspnée, augmentée par les accès douloureux. L’œdème des jambes s’est accusé assez fortement et les urines ont diminué (3/4 de litre)..

Le 23. Malgré la persistance de l’œdème, un soulagement manifeste s’est produit. Depuis 3 jours, il n'y a pas eu de crises d’étouffement et la quantité d’urine a regagné le taux normal. Les jours suivants elle atteint même deux litres passés. L’auscultation donne toujours les mêmes signes à la base. Au niveau de la pointe les bruits sont très-purs et éloignent toute idée d’affection mitrale concomitante.

Le 27. Les jambes ne sont pour ainsi dire plus enflées; le mieux persiste et la guérison paraît prochaine.

■8 décembre. Le malade sé lève, dort très-bien, mange quatre portions et n’éprouve plus aucun étouffement.

Le 13. Depuis 3 jours l’urine rendue est moins abondante, n’atteignant plus qu’un litre en 24 heures. En même temps, les envies d’uriner sont plus fréquentes, et malgré la continuation du bien-être on redoute une nouvelle apparition des accidents. Il survient quelques nausées et l’on remplace le vin de Trousseau qui peut en être la cause par du vin diurétique simple.

Le 14. Dans la journée, reparaissent quelques accès de dyspnée. Toux assez fréquente. L’œdème n’a pas reparu. Poudre de Dower, 50 cent.

Le 15. La nuit a été complètement remplie par des accès subintrants de suffocation. Le matin, à la visite, la figure est d’une pâleur terreuse, les inspirations sont laborieuses et assez fréquentes (36). L’auscultation difficile à cause de la dyspnée donne toujours les mêmes signes. Dans la poitrine il n’existe que quelques râles sous-crépitants aux deux bases en arrière.

On remplace la poudre de Dower par 20 cent, de poudre de digitale. Vésicatoire sur la région de l’aorte ascendante.

Le 16. La suffocation persiste aussi forte. Une piqûre de morphine procure une nuit calme.

Le 17. Le calme continuant, on n’injecte pas de morphine le soir, et la nuit est très-mauvaise. Nausées, vomissements glaireux. Régime lacté.

Le 21. L’urine est remontée à un litre. L’oppression continue aussi forte, 36 resp. par minute. Le pouls, à 84, conserve encore son impulsion vive, même pendant les accès. Depuis quatre jours, douleur constante de déchirure en bas du sternum, ayant remplacé la sensation de brûlure qui existait au début à la partie supérieure de cet os. Les artères du cou n’offrent toujours pas de soulèvement. Les signes stéthoscopiques n’ont pas changé. Chloral et piqûre de morphine. Léger soulagement.

Le 24. L’œdème des jambes reparaît. Le foie déborde un peu les fausses côtes et est douloureux à la palpation. Accès nombreux d’étouffement dans la journée, avec sensation de constriction épigastrique. Vin de Trousseau, eau-de-vie allemande.

Le 28. L’urine augmente beaucoup de quantité (3 litres). Le malade se sent mieux, et le 30 il n’éprouve plus d’accès douloureux dans le cours de la nuit.

20 janvier. Il n’existe plus de douleur précordiale. Les accès d’oppression, ne reviennent que de loin en loin.

Cependant, le cœur a encore augmenté de volume. La pointe bat au niveau de la 7® côte, à 3 centimètres au-dessous du mamelon. La matité précordiale a 11 centimètres dans le sens vertical. La zone de matité aortique ne paraît pas augmentée, mais la sonorité du poumon qui présente des sigues d’emphysème gêne cette exploration.

Bruit de souffle au second temps à la base, se propageant peu dans l’aorte mais plutôt vers l’appendice xiphoïde. L’auscultation est du reste trèsdifficile, provoquant rapidement des accès de dyspnée. Les artères du cou sont maintenant soulevées.

Il survient de nouveau une période de calme et le malade quitte l’hôpital le 22 janvier 1877.

I er février. Il rentre avec une hémiplégie incomplète du côté droit qui permet encore quelques légers mouvements, tombe dans le stertor, et meurt 12 jours après.

A l’autopsie. — On ne trouve comme lésion cérébrale qu’un petit noyau de ramollissement à la partie postérieure du corps strié du côté droit.

Organes thoraciques. — Le cœur est volumineux, pesant 890 gr., mesurant 16 cent, de hauteur et 14 de large. Les parois sont épaisses, mais friables et de couleur légèrement jaunâtre. Les valvules aortiques sont complètement saines, flexibles, et pourtant insuffisantes. Valvule mitrale très-distendue, également saine.

Aorte considérablement dilatée, à parois molles, facilement déchirables, mais peu épaissies. Diamètre de 6 cent. Sa surface interne est couverte do plaques jaunes, jusqu’à sa bifurcation aux artères iliaques. Quelques-unes commencent à se crétifier ; mais, dans l’intervalle qu’elles laissent entre elles, on en trouve d’une coloration rouge ou de couleur saumon, qui sont lisses, mollasses et paraissent de formation beaucoup plus récente. Les lésions, plus serrées du côté du cœur, s’arrêtent nettement au niveau de l’insertion des sigmoïdes, sans empiéter sur elles.

Le lobe inférieur du poumon gauche tout entier est transformé en un énorme infarctus. Dans le lobe inferieur du poumon droit, il en existe deux de la grosseur d’une noix et d'autres plus petits. Rien dans les lobes supérieurs.

Observation VII.

Affection aiguë de l’aorte thoracique entée sur une affection chronique;

marche rapide, phénomènes graves. Péricardite néo-membraneuse

avec épanchement. (Thèse de Paris, E. Moraud. Sur les concrétions

fibrineuses de l’aorte, t. VII 1866).

Marie X..., 63 ans, a éprouvé quelques douleurs dans les genoux, il y a 3 ans. Depuis lors, elle a encore ressenti quelques atteintes, mais moins intenses.

Depuis une quinzaine de jours, malaise général. Le 15 mars, grande lassitude, douleur sous le sein droit, prostration extrême, vomissements et diarrhée. Elle entre à l’infirmerie. On constate alors avec une respiration gênée, un double bruit de frottement et de la voussure à la région précordiale.

Le lendemain l’état général est meilleur, les bruits de frottement sont moins marqués et disparaissent les jours suivants. On n’entend pas le moindre souffle cardiaque.

Trois semaines après, il survient un nouvel accès d’étouffement avec angoisse précordiale. La cyanose est complète, la face violacée ; les battements du cœur sont tumultueux et rendent l’auscultation difficile. Les accès de suffocation sont fréquents, on perçoit un souffle assez léger au premier temps se propageant dans la direction de l’aorte et les carotides.

4 mai. Le bruit de souffle est devenu plus net de jour en jour. On entend au deuxième temps, sur le trajet de l'aorte, un bruit de souffle trèsmarqué.

Le 6. Le bruit de souffle a augmenté jusqu’à ce jour. Le maximum siège très-nettement vers la partie supérieure droite du sternum. Il n’y a plus d’accès violents d’étouffements, mais une oppression presque continue. La nuit, la malade est très-agitée et a du délire. Elle est calme le matin, avec un pouls régulier, faible, peu fréquent.

Le II. On entend maintenant un double souffle à double conranl, dont le second a encore augmente d’intensité. La malade se lève sans motif, urine à terre.Les choses restent dans cet état, le double bruit de souffle augmentant toujours d’intensité, quand la malade étant assise est prise d’une sorte de convulsion épileptiforme avec contractions toniques du membre supérieur et projection de la langue au dehors ; il y a du gonflement des veines du cou, de l’apnée et la malade meurt.

A l'autopsie. — Le péricarde renferme une assez grande quantité de liquide séro-sanguinolent et est recouvert sur son feuillet viscéral de néomembranes vasculaires. Hypertrophie du cœur portant sur le ventricule gauche avec dilatation de sa cavité. Légère insuffisance aortique dont les valvules sont un peu rigides. Pas d’altération mitrale.

L’aorte est dilatée ; sa portion thoracique ascendante présente de trèsnombreux dépèts athéromateux, des plaques ossifiées, encore recouvertes de la membrane interne, puis des ulcérations grisâtres couvertes de boue athéromateuse. Elle présente aussi un rétrécissement considérable de l’origine de l’artère sous-clavière et de la carotidé droite (il n’y avait pas de tronc brachio-céphalique) qui reprennent de suite leur calibre normal. La carotide gauche est également rétrécie à son origine, tandis que la sousclavière est très-dilatée au contraire.

L’altération de l’aorte, encore très-prononcée dans la partie qui répond à l’origine des gros vaisseaux du cou, devient moins profonde et plus disséminée dans l’aorte descendante.

Observation VIII'(personnelle).

Aortite aiguë. Mort dans le premier accès d'angine de poitrine.

X..., 34 ans, ménagère, n’a jamais été malade, ne présente pas d’accidents rhumatismaux, était venue à la consultation pour des malaises et une dyspnée légère dont on n’avait pas trouvé la cause, quand elle revient quelques jours après, complètement anhelante et réclamant son admission.

La face est pâle, couverte de sueurs froides. Les lèvres sont bleuâtres. La dyspnée était seulement un peu plus forte depuis quelques jours quand le matin même a éclaté subitement une douleur très-vive dans le côté droit, l’empêchant de respirer. La première pensée à l’aspect de la malade est celle d’une pleurésie diaphragmatique. Mais il n’existe aucune chaleur fébrile. Le pouls petit, très-rapide, est égal des deux côtés. Au niveau de la douleur enserrant la base du côté droit, il n’existe aucune matité. L’auscultation fait entendre un murmure vésiculaire pur, peut-être un peu exagéré à à cause des mouvements énergiques de respiration auxquels se livre la malade. Ce bruit respiratoire gêne considérablement l’auscultation du cœur dont les battements sont précipités sans aucun souffle.

Al’eotrée, vomissement de deux cuvettes de liquide bilieux.

La douleur devient bientôt intolérable. Elle se prolonge dans le bras droit jusqu’au bout des doigts où elle est le plus pénible. A l’arrivée de l’interne de garde, la malade est en état de mort apparente, livide, les lèvres bleuâtres, ne faisant plus que quelques rares et profondes inspirations. Des ventouses sur la poitrinent, la respiration artificielle la ranime, mais elle se plaint aussitôt de sa douleur atroce, lui étreignant le cou du côté droit, La pression Sus-claviculaire au niveau du phrénique est très-douloureuse des deux côtés, surtout à droite. Bientôt la malade ne se plaint plus du bras, mais d’une douleur épigastrique horrible qui va, dit-elle, la faire mourir de suite. Une injection de morphine ne calme aucunement ces symptômes et quelques minutes après, la bouche reprend son rictus, les inspirations redeviennent rares et la malade meurt. .

A l'autopsie. — On trouve comme toute lésion : i° 200 grammes de sérosité dans le péricarde ; 2° une altération aortique très-marquée. Les valvules sont suffisantes, quoique plus épaisses et indurées. Leur coloration est jaunâtre, s’étendant par îlots sur la base de la valve mitrale postérieure. L’orifice aortique est rétréci, admettant à peine le petit doigt. Au-dessus l’aorte est jaunâtre, mamelonnée par des îlots de même couleur, étendus d'abord à toute l’artère, puis plus isolés, pour disparaître complètement après l’origine des vaisseaux qui naissent de la crosse.

L’embouchure des artères coronaires n’a malheureusement pas été examinée. Les parois de l’aorte sont épaissies à son origine, mais du fait surtout de la lésion de la tunique interne. La résistance n'en paraît pas diminuée et le calibre de l’artère n’a pas subi d’augmentation.

Observation IX (personnelle).

Endocardite rhumatismale. Propagation de l’inflammation à l’origine de l'aorte.

H... Léontine, domestique, âgée de 28 ans, n’a jamais été très-forte. A l’âge de 20 ans, fluxion de poitrine qui l’affaiblit beaucoup. Il y a un an, bronchite dans le cours de laquelle elle a craché du sang. Jamais elle n’a eu de rhumatisme, et on ne trouve non plus aucun antécédent de cette nature.

Il y a 6 mois, fatigue dans les jambes, les' mains, puis gonflement des articulations des doigts et du cou-de-pied. Le lit n’est pas nécessaire,et des bains de vapeur avec des frictions constituent le traitement. Depuis elle traîne, se fatigue vite et n’a pas d’appétit.

Le 9 mars. Après'avoir été mouillée dans la journée,elle est prise le soir, de palpitations et d’oppression subite.Cet état s’aggrave et elle entre dans le service de M. le docteur Bucquoy.

Cette femme est maigre sans œdème, pâle, mais d'une pâleur anémique, Léger. 1*

très-oppressée, avec respiration sifflante, profonde plutôt que fréquente. La peau est moite et chaude, quoique le thermomètre ne marque que 38. Le pouls fort et fréquent.

L'impulsion du cœur est vive. Il existe uu peu d’hypertrophie. La pointe hatdans le6® espace et à son niveau existe un bruit présystolique avec souffle doux, très-profond, systolique, se propageant, vers l’aisselle. Rien à la base. Quelques râles pulmonaires, ventouses scarifiées à la région précordiale.

Le 16. Léger bruit de souffle au second temps et à la base, se propageant vers la pointe,

Le 18. L’oppression continue, les bruits de la pointe sont moins marqués, seulement perçus un peu en dehors, vers la ligne axillaire.

Le bruit de souffle au second temps à la base est maintenant très-prononcé. Les artères du cou sont bondissantes, mais le pouls est plutôt petit que fort et celui du côté gauche est plus faible que l’autre. Eau distillée de lauriercerise, teinture de digitale.

Le 20. A l’oppression, s’ajoute une sensation de déchirure, de vrille comme dit la malade, derrière la partie supérieure du sternum. Elle s’est déjà fait sentir depuis le début de l’affection, mais jamais d’une manière aussi marquée. Le soir, crise violente de palpitation. Inj, de morphine.

Le 22. Vésicatoire.

Le 28. La malade est en proie à une agitation nerveuse continuelle. Erétisme cardiaque douloureux. Petits frissons, sensation continue de. chaleur fébrile, sans grande élévation de température, tnoiteur de la peau. L’état du cœur n’a pas changé. On supprime la digitale et un peu de calme se manifeste. Les sueurs sont moins abondantes.

Le 7 avril. L’oppression, la douleur rétro-sternale et les sueurs reparaissent avec une intensité nouvelle. Palpitations violentes. Le bruit de souffle au second temps est toujours le même ; bruits aortique d’un timbre un peu plus clair, sans augmentation de la zone de matité de cette artère.

Le 9. L’état fébricitant persiste, mais le thermomètre ne donne jamais plus de 38. L’oppression et les palpitations, toujours aussi violentes, Entreprendre la digitale.

Le 20. La malade se trouve mieux. Le bruit présystolique de la pointe a disparu. Il n’y a plus qu’un léger roulement qui le remplace. Le bruit systolique, moins fort et plus sourd, se perçoit encore. Par contre, le bruit du second temps de la base est franchement accusé, se propageantvers la pointe sans qu’il se poursuive pourtant jusque-lâ.

Le 21. Douleur violente, en vrille entre les deux épaules, avec sensation de battements. Les palpitations sont moins fortes.

Le 22. La douleur retro-sternale a cessé. Suppression de la digitale remplacée par 2 'cnil, de vin de la Charité.

Le 27. Toux fréquente, moiteur sans fièvre. Râles sibilants des deux côtés en arrière, avec quelques craquements dans la toux, au niveau de la fosse sus-épineuse droite.

Le 29. Depuis cette nuit, après des efforts de toux, palpitations violentes et étouffement. La sensation de déchirure rétro-sternale a reparu au niveau de la 4 e côte en se prolongeant jusque sous le sein gauche. A l’auscultation, les bruits, du cœur sont plus sourds, précipités, mais sans changement dans les souffles. Injec. morphinée.

Le l e r mai. Persistance de la sensation rétrosternale pénible, engourdissement <je tout le bras gauche, surtout marqué au niveau de l’épaule, cœur un peu affolé. Toujours pas d’œdème. Artère du cou bondissantes. Le pouls radial n’a pas pris d’impulsion et reste assez mou. On reprend la teinture de digitale.

Le b. La souffrance précordiale ainsi que de l’épaule gauche est toujours , continuelle. Nuit agitée mais sans accès de dyspnée. Recrudescence de la douleur rétro-sternale, vers le matin avec palpitations violentes, en même temps que cesse la douleur du bras. Face anxieuse. Pouls radial très-fréquent toujours sans bondissement. A l’auscultation, le souffle de la base n’a pas changé, mais le murmure systolique de la pointe s’est accusé de nouveau. Liqueur d’H iffmann. Vésicatoire à la région précordiale.

Le 7, La malade est plus calme. Dans J’apès-midi, sans s’être levée, elle éprouve de l’anxiété, une tendance à lâ syncope et un étouffement assez prononcé. On voit toujours au cou le bondissement des artères, mais le doigt ne sent qu’une impulsion médiocre.

Les choses se continuent dans cet état avec des alternatives de calme et de recrudescence dans l’oppression, palpitations et la sensation de déchirure rétro-sternale qui se prolonge, maintenant jusque dans le dos. La malade dans un élàt d’agitation continuelle veut absolument partir chez elle, pour le Havre. Elle part conservant son bruit de souffle profond présystolique, et son murmure au second temps, au niveau de l’orifice aortique, sans que l’aorte ait jamais présenté de bruits,morbides sur le trajet de sa portion ascendante. L’état générai est en somme encore assez misérable à la sortie. L’oppression, les palpitations et les douleurs persistent quoique un peu amendées pour,le moment.

On apprend que la malade est morte dans le courant de septembre, sans pouvoir malheureusement recueillir plus de détails.

Observation X (communiquée par mon collègue et ami Colson).

i.ésions mitrale et aortique anciennes. Aortite. Attaque intercurrente de rhumatisme articulaire.

M... Joséphine, 39 ans, couturière, n’a jamais été d’une brillante santé. Pâle, chlorotique dans sa jeunesse, elle a toujours eu des règles peu abondantes, quoique régulières et perdait en blanc dans l’intervalle. Jamais elle n’a eu d’affection sous la dépendance de la diathèse rhumatismale et pour-

ant, depuis 7, ans elle éprouve des accidents qui peuvent se rattacher à|une affection du cœur. Il lui passe tout à coup un brouillard devant les yeux; elle est prise de vertiges qui lui rendent un appui nécessaire et perd connaissance. Au bout de quelques minutes elle revient à elle et il ne lui reste que des traces passagères de son malaise, Elle est avertie de ces crises par des bouffées subites de chaleur à la face. Avec cela aucun symptôme hystérique et rien qui puisse faire supposer des attaques de mal comitial.

Depuis 18 mois, il lui est survenu des palpitations, les malléoles sont parfois un peu enflées et ces troubles l’engagent à entrer à l’hôpital, dans le service de M. le docteur Bucquoy.

La malade est extrêmement pâle, ses muqueuses sont décolorées. Elle se plaint de malaise général, de sueurs continuelles, et de ses palpitations.

La pointe du cœur bat dans le 6 e espace intercostal. A son niveau on entend un bruit de souffle systolique, assez limité, perceptible à k main, et accompagné d’un roulement présystolique très-marqué. A la base, double murmure, le 1*' assez rude se propageant dans les vaisseaux du cou, le -2* plus doux ayant son maximum au bord gauche du sternum dans le 4 e espace intercostal, ne paraissant pas être un bruit propagé de la base et semblant né sur place à ce niveau (frottement au bruit de l’orifice mitral.)

Absence d’œdème et de congestions viscérales. Pouls dépressible et bondissant. Bromure de potassium et arséniate de soude.

Le 6 mars 77. Avec quelques symptômes de névralgie faciale, le .malade ressent pour la première fois une douleur assez-vive au niveau de la région précordiale, s’irradiant dans l’épaule gauche et presque jusqu’au coude et dans les doigts qui ont été toute la nuit le siège de fourmillements.

La pression au-dessus de la clavicule sur le trajet du phrénique est pénible des deux côtés, mais surtout à gauche,

A droite du sternum au niveau du 2« espace intercostal, on perçoit une matité très-nette, limitée à 2 travers des doigt à droite du sternum, et bien séparée de la matité cardiaque. Ce point de matité concorde avec le maximum du bruit systolique de la base. Celui-ci est plus rude, plus intense qu’à l’entrée de la malade et se prolonge dans les vaisseaux du cou. Le bruit de souffle du second temps est toujours plus doux, mais il est bien plus difficile de localiser son maximum vers le bord gauche du sternum, comme dans les premiers jours.

Le 7. La malade a maintenant deux crises par jour, l’une après le déjeûner, l’autre plus violente après le dîner. La crise du soir dure 2 ou 3 heures, avec irradiation dans le bras gauche. Tout le pourtour de la poitrine à la base est le siège de violentes douleurs spontanées,exagérées par la pression. Signes stéthoscopiques sans changement; on fait tous les soirs une injection de morphine.

Le 10. Depuis deux jours il n’est pas survenu de redoublements douloureux. Mais la gêne autour de la poitrine, à la base, persiste. Sueurs abondantes. Insomnie absolue. Pupilles égales. P. chloral 2 grammes.

L’état s’améliore un peu et la malade réclame sa sortie le 10 avril.

Elle rentre le 10 mai. Pendant son séjour chéz elle, les crises douloureuses n’ont pas reparu. Mais elle rentre avec fies? douleurs et du gonflement dans les genoux,le cou-de-pied et les épaules.C’est la première attaque de rhumatisme qu’elles ait eue de sa vie. Les souffles cardiaques de lapointe et de la base n’ont pas changé de caractères. Au niveau de deuxième espace intercostal droit, il existe toujours un double bruit de souffle qui s’entend même dans les vaisseaux du cou.

Le 23. Les articulations sont à peine sensibles, pendant toute cette attaque, iln’yavaiteu aucun phénomène angineux; aujourd’hui après le repasdu soir, douleur violente au cœur avec sensation de battements précipités, tendance à le syncope, douleur de l’épaule, sans irradiation dans le bras, mais s’étendant à tout le côté correspondant de la tête. La crise dure 1[4 d’heure. Ces phénomènes se répètent les jours suivants à la même heure et avec le même aspect. Injection de morphine. Malgré la persistance de cet état la malade réclame absolument la sortie, le 17 juin.

Réflexions. — Malgré l’absence de terminaison, cette observation n’est pas moins intéressante, du fait de la complexité des lésions. On voit ici, chez une femme qui souffrait depuis quelque temps d’une lésion du cœur, sans être forcée de s’arrêter, un travail inflammatoire s’établir du côté de l’aorte et aggraver rapidement la situation. Enfin une poussée de rhumatisme consécutive vient affirmer dans ce cas la nature de l’affection qui pouvait encore laisser auparavant quelques doutes à ce sujet.

Observation XI (personnelle).

Rhumatisme articulaire avec athérome et insuffisance mitrale, probablement préexistante. Poussée consécutive d’aortite.

P... Paul, 65 ans, journalier, n’a jamais été malade. Le 2 janvier, apès un réfroidissement, douleurs dans les articulations, (principalement dans les épaules, nécessitant un séjour au lit de 3 mois, pendant lequel il ressentit de légères palpitations.

Auparavant jamais il ne s’était manifesté de troubles cardiaques.

Quand il veut reprendre son travail, les palpitations deviennent plus fortes et s’accompagnent d’une certaine gêne précordiale. Mais depuis 15 jours sur-

tout, il éprouve de violents étouffements qui rendent toute occupation impossible. Les accès le prennent subitement, surtout la nuit, en même temps que le cœur se met à battre violemment et que les artères du cou et de la tête se soulèvement énergiquement. Alors aussi se manifeste au-dessous du sein droit une douleur aiguë qui cesse avec la dyspnée, mais commence quelquefois avant elle. Elle répond juste au même niveau en arriéré, se prolongeant un peu vers l'épaule et le malade la compare à un étau qui lui étreindrait tout le côté droit de la poitrine et provoquerait la crise d’étouffement.

A son entrée, il est un peu anhelant, quoique paraissant assez calme. Pas d’œdème. Faciès aortique. Base du cou un peu large, sans saillie veineuse, animée de battements sur les côtés et au niveau de la fourchette sternale. Le doigt plongé à ce niveau y sent des battements vigoureux, systoliques.

Pouls radial bondissant, sans chute aussi rapide que dans le pouls de Corrigan, égal des deux côtés.

Cœur hypertrophié, impulsion étendue dans la région précordiale. Pointe dans le sixième espace, un peu en dehors de la ligne mammaire. A son niveau, bruit de souffle très-accusé, quoique doux, systolique,se propageant vers l’aisselle.

Au niveau de l'orifice aortique, battements clairs, sans bruits de soufle. Mais au-dessus, surtout à la partie supérieure du sternum, le premier battement aortique est plus éclatant, légèrement prolongé ; le second bruit est plus éclatant et plus sec. La matité aortique remonte jusqu’au haut du sternum et ^dépasse à droite le bord de cet os dans l’étendue de deux centimètres. La main n’y sent ni expansion, ni battements; il n’existe du reste aucune saillie à ce niveau.

Poumons sains. Urine normale sans albumine.

Le matin, impressionné par la visite, le malade est pris d’une crise violente avec menace imminente de mort. Il saute à la fenêtre, couvert d’une sueur froide et l’on perçoit déjà quelques râles trachéaux. Injection de un centig. de chlorhyd. de morphine. Quelques minutes après, le calme revient et l’angoisse se dissipe complètement.

Le lendemain, il n’est pas survenu de nouvel accès. Une cuillerée de vin diurétique. La nuit suivante (10 juin), nouvelle crise violente mais passagère. Le matin le malade est toujours dans le même état, la peau couverte de sueurs, comme à l’habitude, depuis le début des accidents. Vésicatoire au niveau ne la portion ascendante de l’aorte.' Le début d’une crise, le soir, nécessite une piqûre de morphine.

Le 11 juin, soulagement assez marqué, bromure de potassium; Le 13, la sensation de gêne respiratoire a reparu, mais sans (nouvelles crises, et le 22, cette oppression constante devient encore un peu plus marquée. On remplace le bromure de potassium par du chloral.

Le 23, il s’est produit un soulagement marqué qui persiste jusqu’au 30. Le malade demande son exéat avec instance et part en conservant au cœur et à l’aorte les mêmes signes physiques qu’à son entrée.

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