‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 64 sur 112 · BAPTISTÈRE D'ARSAGO · texte numérisé non relu

BAPTISTÈRE D'ARSAGO

coupole, sur les grêles appuis des arcades et de l’enceinte. La hardiesse de la construction na point nui à sa solidité. Toutes les murailles ont gardé leur aplomb. Remarquons aussi que, par suite du système adopté, il n’entre pas une pièce de bois dans le gros œuvre de l’édifice.

Pas plus qu’à la rotonde d’Almenno il n’y a de fenêtres au rez-de-chaussée. Celles du premier étage consistent en trois baies géminées et deux très petites baies, ébrasées seulement vers l’intérieur. Seize autres ouvertures, allongées, rondes ou cruciformes, traversent le tambour dans l’intervalle des toitures.

Les formes accidentées et recherchées de l’intérieur de l’édifice sont par ellesmêmes très décoratives. Quelques organes accessoires, tels que les corniches à petites arcatures intérieure et extérieure et les colon nettes engagées, superposées au nombre de deux, qui occupent au rez-de-chaussée les angles de l’octogone, complètent les dispositions architecturales déterminées par le système de construction.

L’ornementation, réduite à quelques morceaux de sculpture, existe à peine. Dans la galerie haute, les chapiteaux et les bases des colonnes sont informes. Des feuillages, quelques figures de quadrupèdes et d’oiseaux décorent les chapiteaux des petites colonnettes engagées du rez-de-chaussée. Ce sont les meilleurs ouvrages de sculpture que contienne le monument. Les chapiteaux des supports engagés, au premier étage, dans le mur d’enceinte dépassent en sauvagerie tout ce qu’il est possible d’imaginer. On en jugera par le dessin donné ci-dessous.

L’exécution des maçonneries est au contraire traitée avec soin, sans atteindre cependant à la perfection de taille et de liaison qu’on observe dans les derniers monuments du style lombard. A l’intérieur comme à l’extérieur, les murs sont parementés en pierre de taille. Le moellon n’est guère employé que dans les voûtes. Les petits arcs des corniches sont construits en briques rouges et blanches.

Mais, d’autre part, le tracé des murs et des niches du rez-de-chaussée laisse beaucoup à désirer. Ainsi, les côtés extérieurs de l’octogone varient en longueur de 4m, 86 à 5™, 75;

ARCHITECTURE LOMRARDE.

et les niches, indépendamment de celles que restreint le passage des escaliers, diffèrent beaucoup les unes des autres par la forme et les dimensions.

En somme, l’architecture du baptistère d’Arsago offre des caractères très disparates. C’est d’abord un manque d’ensemble frappant entre le rez-de-chaussée, très pesamment bâti, et le premier étage construit avec une légèreté extraordinaire. Il y a là superposition de deux motifs empruntés à des types distincts, celui du Panthéon ou de Saint-Aquilin d’une part, et celui de Saint-Vital ou de Saint-Thomas d’Almenno de l’autre. La même association d’étages à niches et à galerie se présente aussi dans l’abside de Saint-Fidèle à Côme et dans la petite église de Sainte-Marie del Tiglio près Gravedona. Ce caractère artistique conduirait parsuite, en même temps que la variété et la recherche des formes et la belle exécution des maçonneries, à ramener vers la fin du style lombard la date du monument. Mais l’irrégularité du tracé et l’extrême pauvreté de l’ornementation tendraient au contraire à faire reculer cette date. Parmi ces témoignages contradictoires, accueillons comme décisifs les plus sincères, les moins susceptibles de contrefaçon, c’est-à-dire ceux qui annoncent l’origine la plus récente, èt tenons le baptistère d’Arsago pour un ouvrage à peu près contemporain de la rotonde d’Almenno, ouvrage dans lequel le rôle du sculpteur s’effacerait devant celui du maçon, ainsi que cela peut fort bien arriver pour un édifice construit à la campagne.

BAPTISTÈRES D’ALBENGA ET D’AGRATE-CONTURBIA.

BAPTISTÈRES D’ALBENGA ET D’AGRATE-CONTURBIA

Saint-Thomas d’Almenno et le baptistère d’Arsago appartiennent, le premier complètement et le second partiellement, au type de la rotonde annulaire. L’usage de ce type n’a jamais été fréquent à cause de la complication des formes. Parfois, comme par exemple au baptistère d’Asti ', on l’a simplifié en se privant de la galerie haute. Mais le type de la rotonde simple fut de beaucoup le plus répandu. Il s’applique avec tant de convenance aux baptistères qu’on peut y voir, en quelque sorte, leur disposition normale. Les baptistères de Ravenne et de Florence sont des rotondes simples. Il en fut de môme pour la plupart des baptistères de style lombard, qui se composaient ordinairement d’une enceinte polygonale, presque toujours octogone, couverte en charpente ou voûtée et renfermant une piscine centrale. Tel était le baptistère de Varèse avant la restauration faite au commencement du treizième siècle8. Tels sont encore les baptistères d’Agliate (voy. pi. 74), de Lenno % d’Oggiono*, de Parme, etc.

Quelques édifices de la même catégorie présentent des formes plus recherchées. Parmi ces derniers citons et décrivons, d’après M. le comte Mella, qui les a récemment publiés, les deux baptistères d’Albenga et d’Agrate-Conturbia5, dont le premier est pareil, dans sa structure, au baptistère de Novarre6.

1 Fr. Osten. Die Bauwerke in der Lombardei... PI. 5.

2 Barelli. Rivista archeologica délia provincia di Como. Fasc. 7 et 8. Dec. 1875, p. 25.

3 Barelli. Rivista archeologica... Fasc. 10, Déc. 187G, p. 1 et suiv., pl. 1.

4 Barelli. Rivista archeologica... Fasc. 7 et 8, p. 24.

s E. Mella. Baltisteri di Agrate-Conturbia e di Albenga , Turin 1880, extrait des Alli délia Soctetà d'archeologia e belle arti per la provincia di Torino, vol. III, fasc. 1. Les dessins donnés plus loin dans le texte sont la reproduction de ceux qu’a relevés et publiés M'. le comte Mella, à qui je dois complètement le présent article.

6 Osten. Die Bauiuerke in der Lombardei... Pl. 14.

Baptistère d’Albenga. — Cet édifice, situé dans la ville du même nom, sur la côte de Ligurie, s’élève au bord de la mer, à côté de la Cathédrale. La partie basse, avec ses grandes niches alternativement rectangulaires et circulaires,

ouvertes sur les côtés intérieurs de l’octogone, et les colonnes dressées dans les angles, reproduit à peu de chose près, quant au plan, la disposition du Temple octogone du palais de Spalatro. La seule différence est dans le contour de la salle intérieure, qui est octogonale 'au baptistère jd’Albenga et circulaire dans le

BAPTISTÈRES D’ALBENGA ET D'AGRATE-CONTURBIA. temple élevé par Dioclétien. De tambour supérieur a ses parois beaucoup plus minces i|ue celles de 1 étage du rez-de-chaussée : son mur d’enceinte pose en partie sur les arcatures qui joignent ensemble les colonnes, en partie sur les voûtes des niches.

Des fenêtres, relativement spacieuses, sont closes par des dalles en grès, percées de trous ronds. Par la forme de la section comme par la dimension, ces baies annoncent une date reculée; car le tableau y affleure le parement externe du mur et l’ébrasement n’y existe que vers l’intérieur; caractères significatifs, avons-nous déjà dit, el qui, pour les monuments du centre de la Cisalpine, dont, à la vérité, le baptistère d’Albenga ne fait point partie, indiquent une origine antérieure au neuvième siècle.

Da coupole hémisphérique surplombe partiellement sa base octogonale : des culs de lampe soutiennent les porte à faux. De fait que la couverture s’appuie directement sur la voûte montre qu’on s’efforçait, pour rendre les édifices durables, d’y éviter l’usage du bois. Da porte actuelle fut ouverte après coup, lorsqu’on boucha l’ancienne, située au fond de la niche où deux tombeaux encastrés dans le mur se font vis-à-vis. Un autel s’élevait dans la niche opposée, dont les parois étaient ornées tle mosaïques en marbre, aujourd’hui presque disparues, qui représentaient, paraît-il, des croix, des animaux et d’autres symboles accompagnés d’inscriptions. Il ne subsiste plus, en fait d’ouvrages décoratifs, outre les tombeaux précités, que les chapiteaux corinthiens de provenance antique appartenant aux colonnes. Des fûts de celles-ci paraissent être en granit de Corse. Par suite des alluvions sans cesse déposées par le torrent voisin, le sol extérieur s’est relevé de 2", 20 au-dessus du pavé du baptistère.

D’examen du monument n’a pas donné lieu à M. le comte Mella d’y reconnaître l’association de deux constructions distinctes, que pourrait faire soupçonner le brusque rétrécissement du mur d’enceinte au-dessus des niches du rez-de-chaussée. On peut s’expliquer d’ailleurs le motif de cette disposition, très favorable à la stabilité, par une persistance de goût, attestée par de nombreux exemples, en faveur des grandes niches ouvertes sur le pourtour des rotondes. De savant auteur qui "nous sert de guide n’admet pas que le baptistère d’Albenga puisse remonter, comme on l’a prétendu, jusqu’au cinquième siècle. Il lui assigne pour date le huitième ou le neuvième siècle, sur la foi des caractères d’ancienneté de son architecture, et nous ne voyons pas qu’il y ait rien à objecter à cette conclusion.

Baptistère d’Agrate-Conturria. — De baptistère d’Agrate-Couturbia est situé dans la

province de Novarre, non loin du Tessin, auprès de l’église paroissiale vouée à saint

Victor. II offre, dans sa partie centrale, beaucoup de ressemblance avec le baptistère d’Albenga précédemment décrit. Dans les deux édifices, en effet, le tambour octogonal de la coupole repose sur une ceinture d’arcades intérieures. Mais le mur d’enceinte

eoulre lequel sont appuyées ces arcades diffère totalement de l’une à l’autre des rotondes : il se compose au baptistère d’Agrate d’une simple muraille circulaire.

Des corniches à petites arcatures couronnent extérieurement la muraille en question ainsi que le tambour de la coupole. Celui-ci est en outre décoré par des arcatures profondes soutenues par des colonnettes et distribuées, par groupes de trois, 'Sur les

BAPTISTÈRES D’ALBENGA ET D'AGR ATË-GONTUKB1 A. différentes faces. Cetle décoration extérieure est la seule que possède, l’édifice; les ornements sculptés font absolument défaut.

L examen de l’appareil révèle des faits intéressants. Le pied de l’enceinte, sur une hauteur de O"1, 30 a 0"’,50, est formé d’une maçonnerie grossière en blocages et galets, t a ml is que tout le restant des parois extérieures, tant à l’étage octogonal qu’à l’étage circulaire, consiste en pierres appareillées, de grandeur et de nature diverses, fouîmes par les blocs erratiques qui abondent dans la contrée. De ces deux constructions distinctes, M. le comte Mella attribue la plus ancienne à l’époque romaine et la suivante au onzième siècle. On aurait utilisé pour le baptistère les fondements d’un édifice antique, dont la présence à Àgrate s’expliquerait par les nombreuses inscriptions romaines trouvées dans cette localité. Et l’on aurait appliqué contre les parois intérieures de l’enceinte circulaire les piédroits réunis par des arcades qui portent l’étage octogonal supérieur. L’enduit étendu sur les murailles a malheureusement empêché M. le comte Mella de vérifier l’exactitude de cette dernière conjecture.

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