‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 69 sur 112 · LA ROTONDE DU SAINT-SÉPULCRE A COLOGNE · texte numérisé non relu

LA ROTONDE DU SAINT-SÉPULCRE A COLOGNE

coupole consistent chacun en deux colonnes accouplées, dont l’une est en marbre africain, tandis que l’autre, destinée à renforcer la première, est bâtie en briques. Les cinq autres supports sont de grosses colonnes en briques. Le collatéral annulaire est à double étage. La galerie supérieure, couverte par un appentis, s’ouvre, sur la salle du milieu, par des fenêtres doubles à colonnette centrale et, au dehors, par des fenêtres pareilles et par d’autres baies simples de diverses grandeurs, percées irrégulièrement. Plusieurs portes, les unes anciennes, les autres établies après coup, font communiquer la rotonde avec la voie publique et avec les édifices contigus. Une frise a petits arcs entrecroisés règne intérieurement au pied de la voûte centrale : elle se lie a des colonnettes dans les angles rentrants du polygone. La corniche extérieure du mui d enceinte comprend aussi, à titre de motif principal, une bande de petits arcs entrecroisés, liés à des colonnettes d’angle : celles-ci s’arrêtent au niveau du premier étage et sont continuées jusqu’au sol par des bandes murales. Des arcades appliquées, retombant sur des bandes murales, tapissent, sur la hauteur de la galerie basse, les trois côtés de l'enceinte tournés vers la voie publique.

La coupole était décorée par une peinture de style byzantin, exécutée sans doute au douzième ou au treizième siècle, et détruite, sauf quelques fragments, au commencement du siècle actuel. Sous cette coupole s’élève, dans une position excentrique, un édicule primastique de forme octogone, qui se termine à 3'“, 80 du sol par une platefoime entourée d une balustrade : on y accède par un escalier extérieur. Contre l’une des faces s’appuie une chaire ornée de stucs, dont nous parlerons plus loin. Cet édicule, exhaussé et décoré au quinzième siècle, existait dès 1180. Il contient un caveau, orné de marbres, où fut déposé le tombeau de saint Pétrone, découvert en 1141. On 1 appelait autrefois du nom de Golgotha ou de Calvaire.il représentait le Saint-Sépulcre dans cet assemblage d’églises et de parvis qui figuraient, paraît-il, soit les mystères de Jésus-Christ, soit les Lieux-saints1. Ainsi la rotonde, qui fut d’abord un baptistère (elle renferme encore un ancien puits apparemment destiné à alimenter la piscine), prit le rôle, vers le douzième siècle, d’un simulacre de l’église du Saint-Sépulcre.

La coupe de la rotonde du Saint-Sépulcre est représentée sur la pl. 58. La pl. 40 contient des détails. Les dessins de Saint-Étienne de Bologne avaient déjà été publiés, mais à très petite échelle, par d’Agincourt, Histoire de l'art par les monuments , tome IV, pl. 28, fig. 1 à il.

1 Une bulle de Célestin III, datée de 1195, dit que presque tous les mystères de Jésus-Christ sont désignés à Saint- Étienne. Gozzadini, Del restauro di due chiese stephaniane, p. 25. L’un des parvis, celui qui touche à la rotonde, s’appelle encore atrium de Pilate. L’une des églises se nomme église du Crucifix; une autre, église de la Sainte-Trinité. Longtemps avant les Croisades, dès le neuvième siècle, l’église de Saint-Étienne, désignée dons un diplôme de Charles le Gros (887) avec la mention « qui dicitur sancla Hierusalem », rappelait aux fidèles les édifices sacrés de Jérusalem. Gozzadini, op. cit., p. 25.

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La structure des supports et la forme très irrégulière de l’enceinte annont nt une reconstruction, faite en partie avec d’anciens matériaux, provenant sans doute d’un temple d’Isis1, et raccordée à des édifices préexistants. Et précisément l’examen des maçonneries a montré que la rotonde est postérieure à l’église des Saints-Pierre-et-Paul. L’une et l’autre, jadis cathédrale et baptistère, avaient été, l’an 902, saccagées par les Hongrois; et comme l’église ne fut relevée qu’au onzième siècle, la rotonde serait tout au plus du même siècle. Mais elle paraît moins âgée, soit qu’on ait longtemps différé de la reconstruire, soit qu’un second désastre l’ait de nouveau ruinée. En effet, les frises à petits arcs entrecroisés, les colonnettes d’angle disposées à l’extérieur, et en général les détails de la décoration, se rapportent à la dernière période du style lombard. Ce qu’il y a de plus original dans cette décoration consiste dans les revêtements en mosaïque des parois extérieures. Ils étaient peu visibles et surtout peu connus avant la restauration du monument, qui les a fait apparaître d’une manière inattendue sur la majeure partie de l’enceinte. Le dessin varié et recherché de ces revêtements et la rareté des ouvrages analogues nous engagent à leur consacrer une mention particulière.

Revêtements en mosaïque. — Les mosaïques des parois extérieures consistent tanlôt en assises alternatives de briques et de marbre, tantôt en un réseau de mailles tracé en brun sur un fond blanc, tantôt en bandes ou zones, composées de matériaux de diverses formes, clairs et foncés, enchevêtrés les uns dans les autres, tantôt enfin en rosaces et en losanges, contenant ordinairement des étoiles, des disques, des damiers et d’autres dessins de marqueterie: Rosaces et losanges, disposés par zones, sont accompagnés d’une bordure de briqués en zigzag. Les alternances de tons sont obtenues au moyen de briques et de marbres de différentes couleurs. Les deux figures données ci-dessous représentent : à gauche, la décoration, à l’étage supérieur, de l’une des faces du mur d’enceinte, et à droite, le sommet du tambour extérieur de la coupole®.

1 Une grande inscription gravée sur un marbre de 4“, 07 de longueur et de 0m,58 de largeur, portant dédicace à Isis Victorieuse, fut découverte en 1299 auprès de Saint-Étienne. On a conclu de là, avec beaucoup de vraisemblance, qu’il existait autrefois un temple d’Isis en ce lieu, et que les matériaux antiques employés à Saint-Étienne proviennent de ce temple. Gozzadini. Sludii archeologico-topografici sulla città di Bologna, Bologne, 1868, p. 42 et suiv.

s Les parties de murailles où existent ces deux mosaïques étaient les seules qui fussent découveites avant la restauration du monument. Il fallait, pour les voir, monter jusqu’aux œuvres hautes de l’édifice, où M. le comte Gozzadini a bien voulu me conduire luirmême. Des photographies qu’il m’a envoyées plus tard m’ont fait connaître les mosaïques nouvellement mises au jour,

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