CARACTÈRES RU STYLE LOMBARD. — CONCLUSION
elle permit d’élever, au bas moyen-âge, de vastes églises à travées spacieuses, simples dans la structure comme dans la disposition, larges et grandioses d’aspect, où l’art romain commence à revivre dans les formes d’ensemble, en attendant une renaissance plus complète.
Est-ce à dire qu’un procédé technique, l’emploi des tirants, ait déterminé le retour aux traditions romaines? Ce serait confondre, sans doute, l’effet avec la cause. L’art était assez avancé à la fin du douzième siècle pour approprier, dans une large mesure, les moyens d’exécution à la recherche d’un but idéal. On voulut obtenir un parti simple et grand, l’usage des tirants fut l’une des ressources employées pour cet objet. Aussi bien l’architecture lombarde est à beaucoup d’égards restée fidèle, pour la disposition des édifices, aux errements de l’art chrétien primitif. Cela résulte de la construction de basiliques à colonnes concurremment avec des églises voûtées ; du maintien jusqu’au treizième siècle, de l’usage des baptistères isolés; de la reconstruction, sur leurs plans primitifs, des principales basiliques milanaises. De la même cause provient la résistance à certaines innovations réalisées de bonne heure au delà des Alpes, telles, par exemple, que l’établissement de galeries annulaires pourtournant les chevets et l’incorporation du clocher avec l’église.
L’Italie était, à raison de son passé artistique, plus attachée à 1a tradition romaine que la France ou l’Allemagne. La région septentrionale, où le style lombard s’était développé, grâce à l’action du style byzantin et à celle de la conquête longobarde, confinait au sud à des territoires où l’influence romaine resta dominante. 11 était logique que l’architecture romano-byzantine se formât au point de rencontre de ses éléments constitutifs. Mais elle ne pouvait guère, dans un tel milieu, où les influences primitives, solidement enracinées, continuèrent à exister côte a côte et à se contrebalancer l’une par l’autre, s’abandonner exclusivement à l’une d’elles. C’est pourquoi le style lombard resta, à peu de chose près, la forme définitive de l’architecture du moyen-âge dans l’Italie du Nord. Le bas moyen-âge n’amena point, en ce pays, de transformation essentielle dans 1 organisme des édifices; on ne sauiait, en effet, considérer comme une reforme capitale la substitution de 1 ogive au plein cintre.
Pour le même motif, le gothique français ou allemand n’a exercé que peu d’action sur l’architecture italienne. Même dans les rares édifices, bâtis, comme la cathédrale de Milan, sous l’influence immédiate de cet art étranger, on constate un amoindrissement considérable de ses traits originaux; la structure est plus ample et plus simple,
le caractère est moins tendu. Il y a, sinon dans le détail des formes, au moins dans l’aspect général, comme un ressouvenir de l’art antique, ressouvenir qui rattache ensemble, même par ces monuments à demi exotiques, la Renaissance et l’art romain, à travers la longue période du moyen-âge.