CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — CONCLUSION
Èes qualités sont celles d’un art original, d’une architecture primitive; elles n’existent point au même degré dans les styles constitués de seconde main, car l’on n’imite guere sans que, parmi les formes transportées dans la copie, quelques-unes au moins cessent d'être motivées par la construction, ou soient altérées ou prennent une nouvelle signification.
Entre les causes qui contribuèrent à développer de bonne heure le style lombard et a lui assurer un caractère original, il faut compter la supériorité gardée par Tltalie dans la pratique des arts de la construction. Les ressources en artisans restèrent, pendant le haut moyen-âge, plus grandes dans ce pays qu’en France et en Allemagne ; meme les arts de luxe, comme celui de la mosaïque, 11e cessèrent jamais entièrement d’y être cultivés. C’est pour cela, sans doute, que le clergé italien n’a pris qu’une faible part à la construction des églises; ainsi l’histoire, qui montre souvent, en France, des évêques ou des abbés bâtissant des édifices religieux, des moines architectes ou sculpteurs, donne à peine, pour l'Italie du Nord, quelques informations semblables. L’habileté des artisans laïques y rendit superflue l’intervention du clergé, lequel, en définitive, n’avait point charge de tenir le compas ni de manier le ciseau et n’assumait cette tâche que par nécessité. A peine s’occupa-t-il, si 1 011 en juge par la vulgarité des sujets et la pauvreté du symbolisme, du choix des motifs de la décoration sculptée. L’art romano-byzantin de la Lombardie fut donc essentiellement un art populaire, ce à quoi il n’a pu que gagner sous le rapport de 1 indépendance et de la spontanéité.
De même que tout autre style, l’architecture lombarde s’est modifiée avec le temps. Rude et grossière au début, elle prit ensuite une forme plus châtiée. Les fautes de ttacé, les erreurs d exécution, innombrables et choquantes dans les anciens monuments, devinrent peu à peu moins sensibles. Les pierres, mieux taillées, furent appareillées avec plus de soin. Les briques, mieux fabriquées, plus régulières dans leurs dimensions, donnèrent un meilleur aspect aux parements qu’elles composaient en majeure partie. La sculpture, d’abord maigre et plate, gagna en saillie et en modelé, en richesse dans les ornements, en mouvement et en correction dans les figures.
La construction se modifia aussi. Les changements eurent lieu surtout dans les nefs, où le butage des maîtresses voûtes offrait de graves difficultés. A condition de tenir ces voûtes très basses entre des collatéraux à double étage, leur stabilité 11e laissait point à désirer; mais alors la nef principale, privée de fenêtres sur sa lon-
gueur, était mal éclairée. Le moyen de lui donner du jour était de relever les grandes voûtes, voûtes d’arête sur plan carré, surhaussées en forme de dôme, que leur poids considérable, l’espacement des piliers et la poussée latérale due au surhaussement rendaient difficiles à soutenir quand on les dégageait par côtés. De fait, on ne sut pas, tout en les relevant, les étayer solidement. Il fallut modifier leur structure en dédoublant les travées de la grande nef et substituant ainsi, dans cette nef, des voûtes d’arête barlongues aux voûtes d’arête carrées. Par là, les poussées étaient amoindries en même temps que le nombre des appuis se trouvait doublé. 11 ne restait, pour accroître encore la stabilité, qu’à construire les voûtes légèrement et à les débarrasser dans tous les cas du poids de la couverture, en soutenant celle-ci par un comble en charpente appuyé sur les murailles. C’est ce qu’on lit au bas moyen-âge, sans doute à la suite d’accidents qui motivèrent ces derniers progrès.
Le resserrement des travées el la multiplication des gros piliers, amenés par l’usage, dans la grande nef, de travées barlongues correspondant à des travées collatérales carrées, eurent pour effet de donner aux édifices un aspect plus élancé. C’était un progrès considérable accompli dans la voie que suivait l’art au moyen-âge. 11 ne restait, pour aller jusqu’au bout, qu’à développer hardiment ceux des organes de l’édifice qui soutiennent les voûtes principales. En augmentant la saillie et l’élévation des contreforts et transformant les murs rampants, appuyés sur les doubleaux des basses nefs, en arcs-boutants bandés entre les contreforts et le pied des maîtresses voûtes, on se donnait le moyen d’élever ces voûtes à une grande hauteur, d’amincir les piliers, d’agrandir les fenêtres, d’obtenir, en un mot, cet ensemble de formes svelLes et aériennes qui caractérisent l’art du moyen-âge occidental dans son expression la plus achevée.
Mais ce n’est pas en Italie que s’accomplirent ces derniers progrès, dont cependant le style lombard contenait le germe. Ils se produisirent au delà des Alpes, et la Lombardie n’en reçut que le contre-coup. Dans cetle région, l’usage des tirants métalliques, pratiqué dès le haut moyen-âge, dispensa de recourir, pour le butage des voûtes, aux arcs-boutants et aux contreforts très développés. Au lieu de ces étais extérieurs, soumis à l’action des intempéries, dispendieux, difficiles à bien combiner en vue de l’équilibre, on employa tout uniment des barres de fer traversant les nefs au pied des arcs-doubleaux. Cette méthode, que, dans les pays d’outre-mont, l’on considère volontiers comme un expédient, offre au moins l’avantage d’une grande efficacité et d’une extrême simplicité. Combinée avec l’emploi de voûtes légèrement construites,