‹ Étude sur l'Arnica montanaChapitre 10 sur 11 · DE L’ARNICA AU POINT DE VUE TOXICOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DE L’ARNICA AU POINT DE VUE TOXICOLOGIQUE

La toxicologie de l’Arnica est peu connue. Les empoisonnements dus à cette plante étant assez rares, on a un peu négligé son étude au point de vue toxicologique. On connaît peu de cas ayant procuré la mort.

Le D' Wilms rapporte «qu’un ouvrier en pleine santé ayant avalé de 60 à 80 grammes de teinture d’Arnica, fut pris aussitôt d'un sentiment violent de brûlure à l’estomae, ensuite de fortes coliques dans le ventre. On lui donna un peu de bi-carbonate de soude et de la teinture officimale aromatique qui calmèrent pour le moment les souffrances du patient; mais quelques heures après, les douleurs recommencèrent plus fortes que jamais et la mort arriva au bout de 38 heures, après l’ingestion du poison, sans autres symp-

"Hot tômes notables. L’autopsie dévoila une grande inflammation du tube digestif (1). »

D'autre part, le D' Imbert Gourbeyre, professeur à l’école de médecine de Clermont-Ferrand, a eu l’occasion de soigner une de ses clientes, victime d’un empoisonnement par l’Arnica. L’éminent Professeur, dans son Mémoire sur l’Arnica, nous dit: «Une personne ayant voulu prendre un petit verre de curaçao, se trompa, et avala deux cuillerées à bouche environ de teinture d’Arnica. Immédiatement après, elle éprouva un sentiment de brûlure au gosier, puis une douleur violente au creux de l'estomac; en même temps une sueur considérable envahit tout son corps. Au bout d’une demi-heure, elle eut des coliques et envie d’aller à la selle, après quoi il survint une envie irrésistible de dormir. Le sentiment de brûlure à la gorge ne dura que le premier quart d'heure. Après ladministration d’une potion à l’Ipéca, la malade n’eut que trois autres crampes douloureuses à l'estomac qui furent bien moins fortes et bien moins longues que les premières. La patiente dormit toute la nuit et le lendemain tous les symptômes disparurent. »

Les accidents tétaniques ne parurent pas, grâces, sans doute, à l'administration de l’Ipéca et au peu de breuvage toxique ingéré. |

Le toxicologiste hollandais Van Hesselt s’est cependant un peu occupé de la toxicologie de l’Arnica; il a publié plusieurs observations sur ce sujet sans dire rien de bien nouveau. Il résulte de celles-ci, que tous les malades ont à peu près ressenti les mêmes effets: sentiment de brûlure à la gorge, douleurs épigastriques violentes, céphalalgie, nausées, fortes coliques accompagnées de diarrhée.

Quand la quantité d’Arnica in gérée est assez forte, l’em-

(1) Berliner centrolblatt f. die med. Wissenschaften (novembre 1874).

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poisonnement peut revêtir la forme tétanique; le malade éprouvedes tiraillements se prolongeant jusqu'aux extrémités des doigts, des contractions dansles jambes, des sautillements dans tous les membres; les muscles de la poitrine paraissent surtout être affectés. Parfois les patients ont ressenti une faiblesse musculaire considérable, un ralentissement du pouls, enfin, une sorte de catalepsie avec insensibilité générale. L’Arnica paraît agir sur le système nerveux et surtout sur le système musculaire. Ses effets, bien moins terribles, il est vrai, le rapprochent à la fois des Strychnées et des Vératrées; on pourrait donc le placer dans la classe des poisons névromusculaires ; son action sur la pupille le rapproche des Solanées; enfin, celle qu’il paraît exercer dans certains cas sur la circulation du sang, lui donnerait quelque ressemblance avec la Digitale.

Traiiement. — Dans le cas d’un empoisonnement par l’Arnica, il faudrait d’abord employer l’Ipéca pour provoquer les vomissements, administrer des lavements calmants ; ensuite comme antidotes, s’il y avait lieu, avoir recours, à l’éther, au chloral ou au. chloroforme, soit aussi aux préparations opiacées et au bromure de potassium.

Recherche. — La recherche de l’Arnicine n’offrira quelque chance de succès que tout autant que la quantité d’Arnica ingérée aura été considérable. L'odeur aromatique particulière à cette plante et l’irritation du tube digestif seront déjà deux indices. Pour retirer l’Arnicine de Walz, il faudrait recueillir les liquides de l’estomac et des intestins, les filtrer, les faire passer à travers une couche assez épaisse de noir animal, épuiser ce charbon par de l'alcool bouillant, retirer l'alcool par distillation, reprendre par l’éther, évaporer léther et traiter de nouveau par de l'alcool à 90°. Ce liquide éva-

poré à son tour, donnerait l’alcaloïde que l’on caractériser comme il a été dit plus haut.

Si l’empoisonnement avait eu lieu par la teinture, avant de traiter par le noir animal, il faudrait chauffer disparaître l'alcool.

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