NATURELLES ET ACQUISES
II n'en est pas de roéroe, au moins à un égal degré, de la pose, des mouvements du corps et du geste. Sans doute, le corps et les membres de celui qui parle, animés par Tâme (|ui s'exprime avec chaleur, représenteront, jusqu'à un certain point, naturellement, par leurs mouvements extérieurs les mouvements intérieurs de l'esprit. Mais ici la machinerie, si je puis parler ainsi , est plus compliquée , plus lourde , plus embarrassante, caria matière y domine; il n'est pas facile de mouvoir avec aisance , avec élégance, la masse entière du corps et surtout les bras, qui en sont les organes les plus mobiles et le plus en vue. Combien d'hommes parlent assez bien, et qui ne savent pas remuer convenablement les bras et les mains, ou dont les poses de la tête et les attitudes sont disgracieuses, ou en discordance avec ce qu'ils disent! C'est par cette partie de l'aclion que se trahit le plus l'inexpérience ou l'embarras des orateurs, et cependant, la gaucherie ou l'incoftvenance du geste , la trivialité ou l'affectation des attitudes suffisent pour gâter l'effet du meilleur discours.
Il faut donc tâcher d'acquérir d'avance de bonnes habitudes à cet égard, afin que le corps, dressé de longue main à obéir à l'impulsion de
la parole, à se conformer à ses inspirations, opère spontanément et avec grâce les mouvements les plus expressifs, prenne comme de luimême les attitudes les plus convenables, et que les membres ne s*agitent pas en vain ou à faux, ou ne restent pas collés et immobiles le long du corps, et les mains comme clouées à la chaire ou à la tribune. Qu'on évite surtout les gestes brusques et saccadés, qui, en revenant périodiquement de haut en bas et de bas en haut, don^ nent aux bras de celui qui parle Tapparence de deux hachoirs toujours en mouvement. En général, la sobriété du geste est préférable à la surabondance. Rien ne fatigue plus Tauditoire qu'une gesticulation toujours emportée; rien ne l'endort plus facilement , après la mo*notonie de la voix, qu'un geste toujours égal, qui marque exactement chaque portion des périodes , comme un pendule mesure le temps.
Cette partie de l'action oratoire, plus importante qu'on ne pense, que les anciens soignaient beaucoup et que les modernes négligent trop, peut s'apprendre par tous les exercices qui façonnent le corps , en lui donnant du maintien, de l'aisance, de la grâce dans sa contenance et dans ses mouvements, et surtout par
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des études de déclamation bien dirigées, sous le rapport du geste, par un maître habile. Il faut y joindre l'exemple souvent étudié des orateurs les plus distingués par cette qualité, qui de nos jours est malheureusement très-rare.
Mais ce qui contribue plus que tout cela peutêtre à former cette aptitude, c'est la fréquentation de la bonne compagnie , c'est-à-dire de la société la plus distinguée par l'élégance du langage et par les belles manières. Rien ne supplée, sous ce rapport , à l'avantage d'une éducation première au milieu du monde le plus poli. Dans ce milieu , l'enfant se façonne pour ainsi dire tout seul , par les impressions qu'il reçoit à tous les moments , et par l'imitation instinctive de tout ce qu'il voit et entend. C'est le privilège des personnes du grand monde et de ce qu'on appelait autrefois les hommes de cour. On y apprend à parler avec correction et avec grâce presque sans étude, par la seule force de l'habitude; et si les personnes de qualité joignaient à cette facilité d'élocution la science, qui ne s'acquiert que par l'étude, et la puissance de la réflexion, qui se forme surtout dans la solitude, ce qui ne va guère avec la vie du grand monde , elles parviendraient plus aisément que les autres aux succès oratoires.
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Mais le fond leur manque le plus souvent, tandis que les hommes savants et réfléchis pèchent ordinairement par la forme.
En résumé , outre l'acquis de science et de connaissances indispensable à l'orateur, qui doit avant tout savoir ce qu'il dit, les prédispositions les plus nécessaires à l'art de la parole, et qui peuvent s'acquérir, sont :
L'habitude de décomposer et de recomposer la pensée, ou l'analyse et la synthèse ;
Savoir écrire d'une manière correcte, claire et élégante ;
Pouvoir manier la langue à volonté sans effort, et organiser soudainement la phrase, sans arrêt et d'une manière irréprochable ;
Une déclamation facile et intelligente ;
Une prononciation nette , distincte et accentuée;
La bonne tenue du corps;
Le geste aisé, expressif et gracieux;
Et par-dessus tout cela la distinction naturelle, ou acquise , des manières et de la personne.