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a fait sous un autre ; et comme la bataille recommence toujours et que les partis, se disputant sans cesse le pouvoir, s'y succèdent plus ou moins rapidement, en peu de temps toutes les contradictions paraissent et disparaissent, chacune ayant régné à son tour assez pour détruire sa rivale.
De là dans l'opinion publique un grand discrédit de lois toujours faites et toujours à refaire, et qui ainsi ne prennent racine ni dans l'esprit ni dans le respect des citoyens. La législation devient une espèce de chaos, où rien ne peut se constituer solidement, parce qu'il s'y trouve toujours des éléments rebelles, pour combattre et désorgarniser ce qui s'y produit.
Puis, et c'est encore une calamité pour le pays, comme le plus souvent les partis se balancent et que la majorité dépend de quelques voix, pour arriver à une solution toujours risquée, on est obligé dans les cas importants de fusionner les partis, de les coaliser d'une manière quelconque par l'appât d'un intérêt particulier, ce qui ne peut se faire que par des concessions réciproques : et alors , quand on parait d'accord sur l'ensemble dans la discussion des articles, chacun, voulant prendre ses garanties, exige qu'on introduise dans un endroit ou dans
un autre quelque disposition pour lui, laquelle est presque toujours en opposition avec l'esprit général du projet. Or, pour peu qu'il y ait trois ou quatre partis dans une Chambre, et c'est un bonheur quand il n'y en a pas davantage, on comprend ce que peut être une loi ainsi faite : une sorte de syncrétisme composé des opinions les plus opposées, un être monstrueux, dont les membres associés forcément se font une guerre intestine, et qui par conséquent n'est pas viable, après avoir été mis si péniblement au monde. Aussi de telles lois ne sont pas applicables, et après un essai malheureux, si elles ne sont pas abolies prochainement par le parti qui gouverne à son tour, elles tombent en désuétude, ou ne marchant qu'à force d'exceptions ou d'expédients, elles restent comme un embarras, comme un obstacle dans les rouages de la machine politique, qu'elles menacent sans cesse de briser ou de détraquer.
Quoi qu'on ait dit et fait de nos jours, il uy a rien de plus déplorable pour un peuple qu'une assemblée constituante ; car c'est une réunion de philosophes ou d'hommes qui croient l'être, qui s'entendent peu eux-mêmes et qui certainement ne s'entendent point entre eux. Alors la destinée d'une nation, son gouvernement, son
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administration, son état et sa fortune, son bonheur ou son malheur, sa gloire ou sa honte^ sont remis aux hasards et aux contradictions des systèmes, des spéculations et des utopies.
Or, qu'on me cite un seul philosophe qui ait dit la vérité, et toute la vérité, sur les principes métaphysiques, moraux et politiques, qui doivent servir de bases à Torganisalion sociale. Est-ce que dans cette matière si grave, plus encore que dans les autres, ils n*ont pas justifié de tout temps ce mot de Gicéron : Il n'y a point d'absurdité qui n'ait été soutenue par un philosophe ? Si donc vous en mettez plusieurs ensemble pour élaborer une constitution, comment espérer qu'ils s'accordent? Ils ne pourront s'accorder que d'une manière, celle que nous venons de dire tout à l'heure, par des concessions mutuelles, arrachées par des intérêts et non par des convictions; et la force des choses les obligera à produire une œuvre ridicule et impossible, qui répugnera au bon sens et à la conscience des peuples.
Mais alors, dira-t-on, comment faire la constitution d'un peuple ? A cela je réponds : on ne fait pas la constitution d'un peuple ; elle se fait toute seule, ou plutôt c'est la Providence qui
se charge de la faire avec Taide des siècles , et qui récrit de son doigt dans l'histoire d'une nation. Ainsi s'est formée la constitution anglaise, et c'est pourquoi elle dure.
Ou si par malheur, après une révolution qui a détruit tous les antécédents, qui a tout ébranlé, déraciné dans un pays, on est obligé de le constituer de nouveau, il faut faire alors comme les anciens, qui avaient plus de bon sens que nous sous ce rapport, il faut en charger un seul homme, qui ait assez d'intelligence et d'autorité pour accomplir cette grande œuvre, et qui devienne en ce moment la personuification du peuple entier ; il faut en charger un Lycurgue, un Solon ou un Pythagore ; car rien ne demande plus de sagesse, plus de raison, plus de courage qu'une telle entreprise, el les hommes de génie n'y suffisent pas toujours, si les circonstances ne leur viennent en aide. Au reste, c'est toujours là qu'il faut en venir après les révolutions et tous leurs essais de constitutions parlementaires. Les sept ou huit constitutions de la première République ont fini par celle de l'Empire, qui est sortie tout aimée du cerveau d'un nouveau Jupiter, et la Constituante de 1848, avec son nouveau produit si laborieusement enfanté et qui n'était
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pas plus viable que les autres, s'est évanouie en un jour devant la constitution du nouvel Empire, qui n'est au fond que celle de l'ancien. Par cette voie nous sommes arrivés, sinon à la liberté dont on nous a tant parlé sans jamais nous la faire voir, au moins au bon sens et à l'ordre, à la paix de la vie sociale.
Je dirai donc en un mot, pour terminer ce qui concerne l'éloquence politique : si vous avez à parler sur une affaire où il y ait des principes admis et des antécédents autorisés, étudiez-la soigneusement dans ses rapports avec les uns et les autres pour avoir des bases et des exemples. Puis, scrutez-la dans tous ses élénients actuels, dans toutes ses ramifications et conséquences. Alors vous ferez aisément voire plan, qui sera déterminé par la nature des choses, et quand vous l'aurez bien conçu et médité, vous parlerez facilement, simplement et avec fruit.
Mais s'il vous faut traiter des origines de la société, des droits de l'homme et de ceux des peuples, du droit naturel et du droit social, et autres questions de ce genre, je n'ai qu'un con^ seil à vous donner : commencez par lire sur ces questions tous les systèmes des philosophes et des jurisconsultes, et après cela vous y
verrez si peu clair el vous aurez tant de peine à vous faire une conviction raisonnable,* que, si vous êtes sincère et honnête, c'est-à-dire ne voulant dire et soutenir que ce que vous savez ou croyez, vous renoncerez à la parole et prendrez le parti de vous taire, pour ne pas accroître les ténèbres et augmenter le chaos.
Quant au barreau, si l'on en excepte les mercuriales et les harangues de rentrée, qui sont didactiques ou politiques, et qui appartiennent par conséquent à d'autres, genres, les discours ou les plaidoiries soit des avocats, soit du parquet, sont toujours des discours d'affaires, et ainsi le plan en est facile, parce qu'il est naturellement indiqué par les faits et par le développement de la chose en litige. D'ailleurs, en ce genre d'éloquence, on parle toujours les pièces en main, et en vérité, il faut être bien maladroit, ou avoir une bien mauvaise cause à défendre, pour ne pas se tenir aisément dans le courant du sujet, où tout vous ramène et vous guide. C'est le plus facile des discours, parce qu'il exige le moins d'invention, et qu'en comparant même assez superficiellement les faits de la cause avec les articles de la loi , les raisons pour et contre se présentent d'ellesmêmes, suivant le parti qu'on veut prendre, et
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il ne s'agit le plus souvent que de les énumérer avec l'explication de chacune.
Cependant, là comme ailleurs , les bons discours sont rares, parce que le talent est rare partout. Seulement il est plus facile d'être convenablement médiocre dans une œuvre de parole, qui comporte beaucoup de détails ^ qui marche toujours avec les faits» et qui est constamment soutenue par des notes et des pièces à l'appui.
La préparation du plan en ces sortes de compositions coûte donc peu de peine. La nature du sujet en fait à peu près tous les frais, et il reste peu de chose à l'invention et à l'imagination. D'ailleurs, comme nous n'avons jamais plaidé, nous ne pourrions rieii dire d'expérience, et les spéculations sont peu utiles en ces sortes de choses.
Le plus difficile pour l'orateur du barreau n'est pas de développer sa matière et de trouver de quoi dire , mais au contraire delà restreindre, de la concentrer et de ne dire que ce qu'il faut. Les avocats sont la plupart du temps prolixes et surabondants, et il faut le dire à leur décharge, ils y sont entraînés par la nature de leur sujet et par la manière inévitable de le traiter. Ayant toujours des faits à exposer, des
lextesà commenter et des raisons contradictoires à discuter, ils se perdent facilement en des détails, auxquels ils sont obligés de donner une grande importance , et la discussion plus ou moins subtile des articles de la loi, des faits et des objections mènent bien loin. Il faut un esprit très-net el un talent distingué pour ne pas s'abandonner au flot de cette trop facile éloquence, qui tourne si aisément à la faconde.
Ici surtout la mesure et la sobriété sont louables, et il faut s'attacher non pas à dire beaucoup, mais à ne pas dire trop.
CHAPITRI YIII.
du discours dans la chaire chretienne et dans l'enseignement.
Nous réunissona dans une même considéralion, pour ce qui concerne là préparation du plan, les discours de la chaire et ceux de renseignement. Bien qu'il y ail une différence notable entre ces deux manières de parler, en raison de la siluation des orateurs et des sujets qu'ils traitent, différence que nous ferons remarquer en passant, cependant il y a enlre elles une grande analogie , surtout en ce qui touche le plan ; l'une et l'autre ayant pour fin dernière d'instruire les auditeurs, c'est-à-dire de leur faire comprendre et admettre une vérité , de les en convaincre ou persuader, et de leur montrer les meilleurs moyens de l'appliquer ou de la mettre en pratique.
Cette assimilation , qui peut paraître paradoxale à première vue, est néanmoins fondée en nature, et l'on s'en aperçoit si l'on considère ces