‹ Étude sur l'art de parler en publicChapitre 19 sur 51 · DISCOURS DANS LA CHAIRE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

DISCOURS DANS LA CHAIRE CHRÉTIENNE

images^ le mouvement et le pathétique des phrases, de Taccent et de l'action ; qu'il excite vivement l'imagination, émeuve la sensibilité, remue les passions, et fasse vibrer les cordes du cœur, tout cela est bien, mais comme accessoire, et en tant que ces moyens concourront à la fin dernière, qui est toujours la transmission de la vérité. Toutes ces choses, sans la principale, perdent leur véritable efficacité, ou du moins si elles produisent quelque effet, il ne sera ni pnrofond ni durable, parce qu'il n'y a pas de fond au discours , et que l'orateur qui a beaucoup travaillé au dehors et orné avec soin tout ce qui paraît , n'a rien posé au dedans et n'y laisse rien.

En un mot, il n'y a pas d'idée dans cette parole, il n'y a que des phrases, des images et des mouvements. Je sais bien qu'avec cela on entraîne quelquefois les hommes, on les enflamme momentanément; mais c'est un entraînement aveugle, qui mène souvent à mal, ou au moins à une exagération qui ne se soutient pas. C'est une ardeur passagère qui se refroidit bientôt au milieu des obstacles , et s'éteint aisément dans les embarras qu'elle a suscités par l'imprudence et la précipitation.

L'idée ou l'absence d'idée; înslruire sérieu-

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semeot ou parler seulement à rimagiuation ; convaincre Tesprit et persuader la volonté» ou entraîner le cœur par les excitations de la sensibilité : voilà ce qui distingue les orateurs sacrés comme tous les autres. Mais pour instruire et convaincre les auditeurs» il faut être instruit et convaincu soi-même; pour faire passer la vérité dans leur esprit» il faut la posséder dans le sien, et cela ne peut se faire pour soi et pour les autres , indépendamment de rillumination de la foi surnaturelle» qui est le don de Dieu» que par une méditation sérieuse de la parole sainte» et le travail énergique et persévérant de la pensée» appliquée à la vérité qu'on veut exposer» au point de doctrine qu'on doit enseigner.

Il en est de même dans tous les genres d'enseignement scientifique ou littéraire.

. Cela est évident pour la philosophie : celui qui l'enseigne a toujours une doctrine à expliquer; qu'il traite des facultés de l'âme» des opérations de la pensée et de ses méthodes ; des devoirs et des droits ; de la justice» du bien et même du beau; de l'Être, des êtres et de leurs lois ; du fini et de l'infini ; du contingent et du nécessaire» du relatif et de l'absolu» il a toujours devant lui une idée à exposer, à développer» à

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éclaircir, et la connaissance de cette idée qu'il cherche à former dans ses disciples doit servir à les rendre meilleurs en même temps que plus éclairés ; sinon , la philosophie n'est plus digne de son nom ; elle ne serait plus l'amour ni la recherche de la sagesse.

Dans l'enseignement des sciences naturelles, si le professeur se borne à faire des expériences , à décrire des faits et des phénomènes , il pourra saris doute amuser et intéresser ses auditeurs, surtout la jeunesse; mais alors il n'est qu'un peintre, un expérimentateur ou un empiriste : il fait de la physique amusante, et son cours est une espèce de spectacle ou de séance récréative. Pour être vraiment professeur, il doit instruire, et il n'instruira qu'avec des idées, c'est-à-dire en expliquant les lois qui régissent les faits, et en les rattachant, autant qu'il est possible, à l'ensemble du système admirable de la création. Il doit conduire ses disciples sur les hauteurs qui dominent les faits, dans les profondeurs d'où sortent les phénomènes ; et il n'y aura de la science dans son enseignement, que s'il le réduit à quelques points de doctrine dont l'enchaînement constitue justement la science, dont il est le maître. Il pourra alors les poursuivre dans leurs conséquences, et en con-

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firmer la théorie par des applications aux arls mécaniques et industriels, ou à toute autre utilité humaine.

L'enseignement des lettres et des arts est dans la même condition : il doit toujours être dirigé par l'exposition des principes, des règles et des méthodes. Il ne suffît pas de sVxtasier sur les grands modèles et de s'enthousiasmer pour les chefs-d'œuvre : c'est quelque chose , sans doute, quand l'enthousiasme est sincère et l'admiration bien sentie ; mais l'enseignement doit être didactique : il faut qu'il apprenne à faire en révélant le secret de la facture ; il doit indiquer les procédés et diriger le travail. Il faut apprendre aux élèves à reconnaître, à goûter ce qui est beau, et à le reproduire ; et pour cela, il faut pouvoir dire en quoi consiste le beau en général et dans chaque art, et comment on parvient à le discerner dans la nature, à le conserver ou l'imaginer dans son esprit en l'idéalisant, et à faire passer l'idéal dans le réel par les ressources de l'art.

Bien qu'ici les faits et les exemples aient plus d'influence, parce que le sentiment et l'imagination ont une plus grande part dans l'œuvre, cependant il faut aussi des idées, surtout pour la littérature , la poésie et les arts

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