DISGOUBS DANS LA CHAIRE CHRÉTIENNE
de la parole. Ce qui distingue le plus les ar* listes et les écoles , c^est justement la prédominance de ridée ou celle de la forme. Les plus belles formes du monde , sans idée , restent toujours superficielles, froides, mortes. Lldée seule donne la vie à toutes les productions de rhomme , comme les idées divines vivifient les productions de la nature ; car partout l'esprit anime et la lettre seule tue. Donc celui qui enseigne la littérature et les arts doit avoir une doctrine, une certaine science de son art , dont il expose les principes, les règles et les procédés, en les appliquant à la pratique et les justifiant par des exemples.
Nous passerions en revue toutes les espèces d'enseignement l'une après l'autre, que nous trouverions partout la même fin et les mêmes conditions que dans le discours de la chaire ou de l'enseignement religieux, à savoir: exposition claire d'une vérité pour instruire l'auditeur, le convaincre et le porter à agir d'après sa conviction.
Voyons donc maintenant, d'une manière générale , comment il faut s'y prendre pour préparer le plan d'un discours, et faire ce que nous venons de dire , soit comme prédicateur, soit comme professeur. Ici, nous parlerons d'expé-
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rieace, et c'est ce qui nous donne quelque confiance, parce que nous allons exposer simplement ce que nous avons fait pendant près de quarante ans dans l'enseignement de la philosophie, et ce que nous faisons encore et désirons faire , tant qu'il nous restera un peu d'ardeur et de force, dans la chaire catholique.
CHAPITRK IL
DÉTERMhNATlON DU SUJET ET CONCEPTION DE L'IDÉE DU DISCOURS.
Celui qui veut parler en public doit, avant tout, voir nettement sur quoi il doit parler, et bien concevoir ce qu'il doit dire. La détermination précise du sujetetl'idée du discours : tels sont les deux premiers moments de la préparation.
Il n'est pas si facile qu'on le croit de savoir sur quoi l'on doit parler ; au moins , beaucoup d'orateurs semblent l'ignorer ou l'oublier dans le courant de leur discours ; car il leur arrive parfois de parler de toutes choses, excepté de celles qui se rapporteraient le mieux à la circonstance.
Cette détermination exacte du sujet est encore plus nécessaire quand on improvise ; car la il y a beaucoup plus de chances de divaguer. La parole n'étant point maintenue par la mémoire ni par des notes, l'esprit est plus exposé aux influences du moment, et il ne faut que le
DÉTERMINATIOÎN DU SUJET, ETC. \t\i
manque ou riuexactitude d'un mol, l'entraînement d'une pensée étrangère , une distraction, pour le faire dévier de son sujet, et se jeter dans un chemin de traverse qui l'éloigné du but.
Ajoutez à cela la nécessité de continuer, quand une fois on a commencé à parler, parce qu'on ne peut s'arrêter sans embarras ni reculer sans honte.
Donc, pour mener et maintenir ferme la marche du discours, il faut bien savoir d'où l'on part et où il faut aller, et ne jamais perdre de vue le point de départ ni le terme. Mais pour cela on doit avoir mesuré la voie d'avance, et planté les jalons principaux. Autrement, on risque de s'égarer en chemin, et alors, ou l'on n'arrive pas, même après beaucoup de fatigues, ce qui produit des discours interminables qui ne mènent à rien; ou, si l'on arrive enfin au terme, c'est après une infinité de détours et de circuits qui ont lassé l'auditeur autant que l'orateur, sans fruit ni plaisir pour personne.
La détermination du sujet ne doit pas seulement fixer le point sur lequel on doit parler, mais encore le rayonnement de ce point, et la circonférence qu'il produira. Le cercle , évidemment, peut s'étendre plus ou moins loin ; et comme tout se tient dans le monde des idées
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encore plus que dans le inonde des corps, et qu'en définitive tout est dans tout, on peut par* 1er de tout à propos de chaque chose , et c'est ce qui arrive trop souvent à ceux qui improvisent.
Alors le discours inène l'esprit et non l'esprit le discours. C'est une barque qui s'en va à la dérive faute d'êlre gouvernée, et celui qui est dedans^incapabledelaconduire, s'abandonne au courant du fleuve, au risque de chavirer contre le premier écueil, et ne sachant pas où il abordera.
Il est donc sage de ne pas commencer à parler sans avoir, au moins par une vue rapide d'ensemble , si l'on n'a pas le temps de préparer un plan, arrêté la ligne principale du discours et ébauché dans son esprit une esquisse qui en fixe les traits les plus saillants. Ici, les préceptes ne servent pas à grand'chose : il faut du bon sens , du tact et une intelligence nette et vive, afin de saisir justement le point en question et s'y tenir, et pour cela rien n'est plus utile que de le formuler aussitôt par un mol, par une proposition, qui réduisent le sujet à son expression la plus simple et en déterminent les proportions.
Une question bien posée est à demi résolue.