MORAL
seat qu'elle possède son sujet , qu'elle en est la maîtresse autant qu'il est possible , et elle éprouve alors une certaine sécurité, qui n'est pas sans douceur. Elle peut dans cet état ne penser plusàrien, et rester dans une sorte de passivité, qui la repose avant de passer à l'action. Jl ra'est arrivé quelquefois de m'endormir, en attendant le moment de monter en chaire, assez au moins pour perdre connaissance, et me réveiller rafraîchi.
D'autres fois, et c'est le plus souvent, on est inquiet et agité. La poitrine est oppressée par un lourd fardeau, qui gêne la respiration, brise les membres , et accable toutes les facultés de l'esprit et du corps. Cet état est extrêmement pénible, surtout quand on doit parler dans une circonstance grave, en un jour solennel , et dans la chaire chrétienne. Là, on a la conscience qu'on a une mission divine à remplir, on craint d'y être infidèle ou insuffisant ; on est sous le poids de la responsabilité devant Dieu. C'est vraiment un état d'angoisse où se mêlent plusieurs sentiments, et qu'il ne sera pas inutile d'analyser, afin de discerner ce qu'il peut avoir de légitime , d'utile à l'orateur, et par contre ce qui n'est pas bien et ce qui peut lui nuire.