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même ce que c'est que parler ; comme le savant qui ne l'est qu'avec des livres, n'est pas véritablement savant et ne sait pas même ce que c'est que savoir.
Défiez-vous enfin des méthodes mnémoniques ou de mémoire artificielle, qui doivent servir à localiser et à lier dans votre imagination les diverses parties du discours. Cicéron et Quintilien les recommandent, je crois, dans une certaine mesure; soit, mais que la mesure en soit aussi petite que possible. Car c'est mettre le mécanisme de la forme à la place de l'organisation des pensées; c'est substituer des liaisons arbitraires, conventionnelles, à l'association naturelle des idées ; c'est tout au moins introduire dans l'entendement un bagage de signes, de formes ou d'images qui serventcomme d'échafaudage au discours, et qui, par conséquent, contribuent à l'appesantir , à l'obscurcir et à l'entraver dans sa marche.
Si votre discoure est l'expression d'une idée vivante, il se développera naturellement, comme poussent les plantes, comme les animaux s'accroissent, par Tirapulsion continue d'une force vitale , par l'effet incessant de l'organisme , par l'effusion de la vie. Il doit sortir de la profondeur de l'âme, comme le ruisseau de sa source;
208 DERNIÈRE PRÉPARATION INTELLECTULLLE.
ex abundantia cordis os loquitur, la bouche parle de Fabondance du cœur.
*Mais pour cela il faut avoir du cœur, il faut qu'il y ait dans ce cœur une abondance de sentiments , qui se manifeste par une abondance d'idées, laquelle à son tour produira l'abondance de la parole. La bouche parle facilement quand le cœur est plein ; mais s'il est vide, la tête prend sa place , et c'est elle qui a recours aux moyens artificiels, à défaut de l'inspiration qui lui manque. C'est la ressource des rhéteurs.
CHAPITBI XVII.
HSBRIÈRE PRÉPARATION MORALE.
Quand enfin on possède son plan , et qu'on Ta gravé dans son entendement, comme nous venons de le dire, il faut tâcher de rester calme et recueilli.
Cela n'est pas toujours facile, à cause du lieu et des circonstances où Ton doit parler, par exemple au barreau , sur la place publique ou dans une assemblée délibérante. Là , on n'est pas \€ maître" de choisir son moment et il faut être prêt à l'occasion. On est exposé à attendre longtemps que son tour vienne, et jusque-là il y a des distractions inévitables , dont il faut se défendre. Si la volonté n'y cède point, l'esprit reste maître chez lui, et il peut conserver son recueillement même au milieu des impressions les plus diverses , qui effleurent ses sens, sans le troubler au dedans, s'il n'y réagit
210 DEBNIÈRE PRÉPARATION
Mais si Ton peut rester dans la solitude» jusqu'au moment de parler , comme il arrive le plus souvent aux prédicateurs et aux professeurs, il est bon d'éviter toute excitation du dehors, qui pourrait changer le cours des pensées et pousser l'attention dans une autre voie. On doit alors se réfugier au fond de soi comme dans un sanctuaire, où Dieu a daigné se manifester, puisqu'on ne prend la parole que pour annoncer la vérité, et que la vérité c'est Dieu même.
Je ne parle point ici de ces hommes qui discourent dans l'intérêt des passions ou des partis^ et qui n'ont pas pour but de faire connaître ou triompher le vrai, mais seulement d'obtenir un succès, un avantage quelconque, qui serve leur ambition , leur orgueil ou leur avarice. Ceux-là ne seront jamais des orateurs , dans le sens. propre du mot; vir bonus dicendi peritus; car on ne doit user de la parole que dans l'intérêt de la vérité : l'employer à une autre fin, c'est en faire marchandise ou métier.
Si, dans la position que nous dépeignons, l'âme de celui qui va parler peut être diversement affectée, en raison des caractères, des prédispositions et de l'étatdu moment, quelquefois, après avoir achevé sa préparation suprême, elle