PROGRÈS DES IDÉES
Il y a des jours néfastes où Ton est à peine maître de son attention, et, malgré la préparation la plus laborieuse, le plan ne veut pas entrer dans la tête, ou il n'y reste pas , s'enfuyant d'un côté ou de l'autre comme dans un vase fêlé ; ou bien encore il vient toujours quelque chose à la traverse, qui vous jette hors de voie. C'est souvent l'effet d'une cause physique. C'est un état nerveux, fiévreux, qui provient des influences atmosphériques, de l'indisposition du corps ou d'un organe, et surtout de préoccupations de cœur ou d'esprit.
Dans ces cas on a bien de la peine à entrer dans son plan et à s'y tenir. Quelquefois même on n'y entre pas du tout, et l'on parle pour ainsi dire à côté, le suivant toujours pour le rattrappcr et ne pouvant l'atteindre pour s'y établir, comme un homme qui court après la voiture qui doit le transporter, et qui achève sa course sans pouvoir l'ouvrir et s'y poser. C'est une des situations les plus fatigantes que je connaisse. Elle épuise à la fois la volonté, l'esprit et le corps : la volonté, qui fait de vains efforts pour reprendre son sujet, qui lui échappe sans cesse ; l'esprit, qui se débat dans une lutte désespérée contre ses propres pensées, et le corps, qui s'agite et sue dans ce désordre, comme pour sup-
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pléer, parle tumiille exléiieur, au mouvemeiit du dedans qui fait défaut.
Pour éviter les distractions autant qu'il est pdssible, je conseillerai une chose qui ir/a toujours réussi, c'est de ne pas considérer les personnes qui composent l'auditoire, et ainsi de ne se mettre avec aucune d'elles dans un rapport particulier. Ceux qui ont la vue basse n'ont que I feùre de mon conseil , mais il sera utile à ceux qui y voient de loin et qu'une impression sou- • daine ou un mouvement de curiosité peuvent ( troubler. Pour moi, j'évite soigneusement tout I contact par les yeux avec qui que ce soit, et je i me borne à considérer Tauditoire dans son en- I semble, en promenant mes regards à fleur de tête. De cette manière je vois tout le monde jl et je n'aperçois personne, en sorte que toute l'attention de l'esprit reste attachée au plan et I aux idées.
\ Je ne conseille cependant pas de faire comme Bourdaloue , qui fermait les yeux en récitant ses sermons , de peur que la mémoire ne lui manquât, ou qu'une distraction ne vînt lui enlever une partie de son discours. C'est un grand inconvénient que de fermer les yeux en parlant ; car le regard avec ses mouvements est l'un des moyens les plus puissants de l'action oratoire.