‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 121 sur 145 · CHAPITRE lï · texte numérisé non relu

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semblé que c'était le meilleur moyen de faire ressortir cette pensée profonde, qui n'occupe pas, dans l'opinion générale, la place qu'elle mériterait. Aussi avons-nous été heureux de voir toute cette théorie reprise ou retrouvée (nous ne savons lequel des deux) par un philosophe contemporain.

« Outre la différence, dit M. Boirac, le changement implique la succession. Pour qu'il y ait changement, il faut que des différences s'excluent l'une l'autre, se chassent, pour ainsi dire, l'une l'autre de l'existence. Deux faits se succèdent, pourrait-on dire, quand l'existence de l'un est la non-existence de l'autre. La succession est, en un sens, la contradiction réalisée ; par elle, le non-être est, l'être n'est pas ; le même sujet possède des attributs non seulement différents, mais contradictoires. En un autre sens, elle est ce qui empêche et ôte la contradiction, car c'est le non-être d'avant qui devient l'être d'après, et ce n'est pas en même temps, mais tour à tour, que les attributs contradictoires se posent dans le même sujet » K

Toute la pensée de Balmès n'est-elle pas résumée dans ce passage ? Nous n'en développerons pas les conséquences en ce moment ^ ; mais, après avoir montré en quoi elle est insuffisante, nous chercherons à la com-

(1) L'Idée du Phénomène, p. 140 et 141.

(2) Une conséquence dont nous n'aborderons pas l'élude, parce qu'elle s'écarte de notre sujet, consiste dans l'idée d'identité fondamentale de l'être qui change car, s'il n'y avait que des phénomènes juxtaposés, aucun ne serait coniradictoire à l'autre, et, par suite, leur rapprochement serait impuissant à engendrer l'idée de succession et de temps. « Le changement, a dit Kant, est un mode d'existence qui succède à une autre manière d'être du même objet. Par conséquent, tout ce qui change est permanent, son état seul change. Et comme ce changement ne se rapporte qu'aux déterminations qui peuvent finir ou commencer, l'on peut dire (quoique avec une apparence de paradoxe) que le permanent seul (la substance) est changé ; que le muable n'éprouve aucun changement, mais seulement une vicissitude, puisque, parmi les déterminations, quand les unes cessent, les autres commencent » [Critique de la Raison pure, traduction Tissot, t. I, p. 272).

LÀ NATURE DU TEMPS

pléter, et ce n'est qu'ensuite que nous en ferons l'application à un certain nombre de questions, dont quelquesunes fort importantes.

Le défaut essentiel de la théorie de Balmès consiste dans son impuissance à faire distinguer Tavant de l'après : elle explique, si l'on veut, la notion de succession, mais en laissant indéterminé l'ordre de cette succession Que l'on place A avant B, ou B avant A, la contradiction entre ces deux termes sera également dissipée, et Ton peut dire que, à s'en tenir à cette conception, la réversibilité du monde matériel comme du .monde moral est absolue. Or, il est indispensable de trouver le principe de la distinction de l'avant et de Taprès, si Ton veut élucider réellement l'idée de succession. Il y a plus : non seulement la théorie de Balmès laisse sans réponse le problème de la réversibilité, ou plutôt rend celle-ci absolue, mais elle ne permet même pas d'établir un enchaînement déterminé, car elle ne donne pas de motif pour rapprocher d'un état un autre état de préférence à tout autre. On peut donc dire qu'elle nous donne de la poussière de temps, mais qu'il reste à trouver un principe organisateur qui de cette poussière permette de faire un tout cohérent.

Dans la vie pratique et même dans les sciences expérimentales, on peut négliger de telles questions, car il suffit que tout le monde soit d'accord pour ordonner de même façon les phénomènes, quelle que soit l'ignorance générale sur le principe de cette ordonnance, et pour cela la sensibiUté suffit. Même certains philosophes, qui regardent le temps comme une réalité indépendante des choses qui passent, peuvent négliger d'approfondir ces difficultés, car l'avant et l'après et tout l'ordre des successions sont, à leur yeux, déterminés par la position des choses dans ce contenant réel. Mais, pour quia dépassé ce point de vue un peu ingénu, il y a là un problème qu'on ne saurait éluder et que Kant a bien posé en ces termes : a J'ai conscience seulement que mon

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