CHAPITRE IX
elles sont essentiellement relatives, dépendant du point auquel on rapporte les faits envisagés.
Une chose peut-elle être passée (ou future) par rapport à Tintelligence infinie ? « Admettre l'affirmative, c'est introduire le temps dans la durée de Dieu, par où nous détruisons son éternité, qui exclut toute succession. Admettre la négative, c'est affirmer qu'une chose passée n'est point passée, puisque les choses sont telles que Dieu les connaît ». Problème parfaitement posé, l'un des plus troublants qui existent, mais auquel Balmès nous paraît répondre d'une façon un peu insuffisante et sur lequel nous reviendrons. Ainsi en est-il de quelques questions spéciales auxquelles nous ne nous arrêterons pas en ce moment.
Simple rapport entre l'être et le non être, l'idée pure du temps, le temps abstrait n'admet point de mesure ; mais celle-ci devient possible si l'idée pure se combine avec les phénomènes de l'ordre expérimental. Pour former cette mesure, au milieu de ce flux et reflux d'existences intérieures ou extérieures, deux choses nous sont nécessaires : un phénomène sensible et l'idée du nombre ; et la mesure du temps consiste précisément dans le dénombrement des mutations de ce phénomène.
Enfin, Balmès termine son étude du temps en envisageant le rapport de cette idée avec le principe de contradiction : « Il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps. » Or, il semble que l'existence de ce principe présuppose l'idée du temps, qui figure dans son énoncé, et d'autre part on ne saurait concevoir le temps, si l'on ne présuppose ce principe. « Serions-nous enfermés dans un cercle vicieux, et cela à propos du principe même de nos connaissances ? »
D'une façon un peu trop incidente, Balmès note que, au point de vue des êtres nécessaires (et nous prendrons ce terme d'êtres dans son sens le plus général, c'est-àdire comme visant notamment les idées), l'existence exclut d'une manière absolue la non-existence ; d'où il
LA NATURE DU TEMPS
suit que le principe de contradiction à leur égard est absolu et indépendant de l'idée de temps, laquelle nous serait étrangère, si nous ne concevions que des êtres nécessaires.
Sous réserve de cette observation, le lien entre l'idée de temps et le principe de contradiction est incontestable, et il faut résoudre la difficulté signalée par Balmès. Comme il le dit lui-même, elle disparaîtrait si l'on concevait le temps comme un être existant par lui-même, ou comme une capacité vague comprenant les êtres successifs ; mais, si l'explication est commode, elle ne soutient pas l'examen. La véritable explication, selon Balmès, se trouve dans l'appréciation des conditions qui rendent un cercle vicieux ou non. Dans les définitions, le cercle est un défaut lorsqu'il s'agit de spécifier ce qui n'est pas identique ; « mais s'il s'agit de deux idées identiques au fond, bien que distinctes en apparence, parce qu'elles s'offrent sous des aspects différents, il est impossible d'expliquer l'une sans trébucher à l'autre, et d'aller vers celle ci sans se tourner vers celle-là. . Il y a cercle, mais non cercle vicieux ; les deux idées s'expliquent l'une par l'autre, parce qu^elles ne sont qu'une même idée. » Tel est le cas actuel.
« L'idée du temps implique la perception d'êtres non nécessaires, lesquels puissent passer de l'être au nonêtre, Qivice-versa, La différence entre le nécessaire et le contingent, c'est que, dans le premier, l'être exclut le non-être d'une manière absolue ; que, dans le second, il ne l'exclut que sous condition, c'est à-dire moyennant la simultanéité... Ainsi, la perception du temps et la nonnécessité des choses sont deux idées corrélatives...; percevoir un être non nécessaire ou percevoir un être qui peut cesser d'être, c'est une même chose ; cette perception nous donne l'idée de la succession, c'est-à-dire du temps réel ou possible. »
Nous avons reproduit l'essentiel de l'exposé de Balmès sans y mêler presque aucune réflexion, car il nous a