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CHAPITRE VI

LA GÉOMÉTRIE DE NOTRE UNIVERS

turat, que partir du fait que notre organisme présente des canaux placés dans trois plans perpendiculaires, c'est admettre dès Tabord que notre espace a au moins trois dimensions. Ce fait étant présupposé, il s'agit de savoir s'il en a davantage ; or l'expérience imaginée par le général de Tilly montre que nos opérations ne sortent pas d'un espace à trois dimensions, ce fait pouvant d'ailleurs s'expliquer non seulement par une telle limitation effective de l'espace, mais aussi par une impossibilité pratique, résultant de notre constitution physiologique, de sortir d'un espace à trois dimensions.

Mais il y a bien des faits qui tendent à montrer que tous les phénomènes sont enfermés dans un espace à trois dimensions. Sans doute, en vertu ^e l'hypothèse, nous ne pourrions en percevoir que la partie qui se déroulerait dans cet espace ; mais si, objectivement, ils s'étendaient dans un champ à quatre dimensions, nous devrions à chaque instant voir paraître et disparaître les corps qui nous entourent, alors qu'une sorte d'axiome de la science est que rien ne se perd et que rien ne se crée dans la nature. Or, si Ton se souvient qu'un espace à trois dimensions est infiniment mince au sein d'un espace à quatre dimensions, comme Test une surface au sein d'un espace à trois dimensions, on conçoit combien incessamment varieraient les corps occupant notre espace si, se mouvant dans un espace à quatre dimensions, ils ne faisaient que traverser cel 1 de notre perception.

On est donc amené à rejeter la conception d'un univers à quatre dimensions ; toutefois, les raisons qui précèdent ne portent pas contre une hypothèse qui, tout en admettant l'existence d'une quatrième dimension, en restreint singulièrement le rôle en n'attribuant qu'une valeur excessivement petite à l'épaisseur présentée par les phénomènes suivant cette dimension. Dans une curieuse communication faite au Congrès de philosophie de 1900 S

(1) La combinaison chimique au point de vue de la théorie de la connaissance. Bibliothèque du congrès, t. III, p. 529.

M. Kozlowski s'est placé en quelque sorte entre les théories irréductibles des scolastiques et des chimistes modernes au sujet de la combinaison. On sait que, pour les premiers, les composants disparaissent, n'ayant plus d'existence qu'en puissance dans le composé, tandis que les seconds, particulièrement les atomistes, considèrent les éléments comme toujours subsistants dans le composé. Or, dit M. Kozlowski, il est impossible de distinguer des parties hétérogènes dans l'étendue d'un corps composé ; d'où il résulte que, si l'on affirme la subsistance des composants, on doit affirmer aussi qu'ils occupent une seule et même place, et il arrive finalement à formuler l'hypothèse que les divers corps simples ne sont que des formes d'ondes d'une certaine substance ou éther chimique, qui se combinent, en se superposant, plus ou moins comme le font les ondes lumineuses.

Dans toute cette conception, ingénieuse et discutable, on ne voit pas apparaître l'idée d'une quatrième dimension ; mais M. Maurice Boucher, s'emparant de cette idée que « la combinaison a lieu lorsque deux corps occupent une seule et même place », se demande si cette occupation d'une seule et même place dans l'espace à trois dimensions ne pourrait pas se produire par superposition suivant une quatrième dimension \ Il développe ingénieusement cette pensée et fait valoir plus loin diverses autres conceptions hypothétiques intéressantes où la quatrième dimension, pour ainsi dire infinitésimale, sert de principe d'explication.

Le malheur est que nous ne voyons dans tout cela que des vues de Tesprit, curieuses assurément, mais ne conduisant à aucun progrès scientifique. On pourrait concevoir mieux. La stéréochimie, comme on sait, fait valoir des raisons très sérieuses pour montrer que la

(1) Essai sur V hyperespace , le temps ^ la matière et l'énergie, 2* édition, p. 107.

(2) Chapitre VIII, le Monde réel et Vespace à 4 dimensions,

pp. 155 et suiv.

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