CHAPITRE Vî
LÀ GÉOMÉTKIE DE NOTRE UNIVERS
faits, elle se heurte d'autres fois aux plus graves difficultés. Il serait très intéressant de rechercher si l'introduction d'une quatrième dimension ne serait pas de nature à les résoudre. 11 est tout au moins un fait qu'on expliquerait aisément au moyen de la quatrième dimension, sans qu'il fût nécessaire d'attribuer à une molécule plus de trois dimensions. On sait en effet que l'azote trivalent paraît ne pouvoir engendrer que des composés dissymétriques quand les trois groupements associés sont distincts, et alors ces composés devraient posséder le pouvoir rotatoire, ce que ne confirme pas fexpérience. On a été amené à expliquer cela en disant que le troisième principe servant de base à la théorie du carbone tétraédrique n'est pas applicable ici, c'est-à-dire que la molécule ne présenterait pas de constitution stable, en sorte que, les groupements R, R', R" se trouvant au même instant dans toutes les positions possibles autour de l'atome d'azote, fensemble formerait un milieu, sinon symétrique, du moins absolument homogène, dans lequel toutes les dissymétries partielles s'annuleraient mutuellement. Or le même résultat serait obtenu sans admettre l'instabilité de configuration, si Ton supposait que les molécules sont mobiles dans un espace présentant une quatrième dimension assez développée pour permettre leur retournement. Seulement on se demanderait alors pourquoi les isomères des composés du carbone sont généralement stables et ne présentent qu'exceptionnellement des phénomènes de racémisation spontanée, pourquoi la dissolution d'acide tartrique droit ou gauche conserve son pouvoir rotatoire au Heu de se transformer en un mélange d'acide droit et d'acide gauche, mélange inactif par neutraUsation mutuelle.
On voit que, si l'hypothèse d'une quatrième dimension ne jouant de rôle que dans l'ordre, pour ainsi dire, des infiniment petits permet d'entrevoir certaines explications intéressantes, elle n'a pas encore acquis de titres scientifiques suffisants. Comme nous l'avons déjà dit, il
nous paraîtrait particulièrement intéressant de chercher à en faire l'application à la stéréochimie, qui, si sohde en apparence, n'est pas destiné à durer, d après M Freundler qui l'a si bien résumée. Il y a quelque chose de déconcertant dans le spectacle que présentent ces théories si fructueuses qui se renversent les unes les autres : « la stéréochimie, dit ce savant, est actuellement arrivée à un point où, d'une part, elle a donné tout ce qu'elle pouvait donner et où, d'autre part, ses imperfections de jour en jour plus apparentes nécessitent sa transformation complète ». Qui sait si l'hypothèse de la quatrième dimension ne pourrait pas fournir le point de départ de cette transformation ?