‹ Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 EnvironChapitre 38 sur 77 · ROUES · texte numérisé non relu

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C’est surtout entre 1730 et 1740 que ce résultat fut atteint, mais, déjà bien auparavant, une telle réforme était commencée. Il ne semble pas qu’elle ait été nulle part plus rapide qu’en Toscane. :

Dès avril 1686, à Pise, Laurent Bellini (1) pratiquait chez lui des dissections auxquelles le grand-duc s’intéressait vivement. Il recommandait à son protégé d'y apporter tous ses soins, il lui promettait d’en faire imprimer à ses frais les résultats. Bien mieux, la même année, ce professeur était autorisé à faire, en plein amphithéâtre, des leçons d’anatomie accompagnées de travaux pratiques. Les péripatéticiens, n’osant protester contre les volontés du prince, se bornaient à mettre tout en œuvre pour empêcher le savant de toucher une légitime indemnité.

La physique elle aussi connut les bonnes grâces de Cosme II, du moins à partir d'environ 1690 (2) ; car c’est vers ce moment qu'il dota l’Académie pisane de divers appareils pour les expériences. Il n’alla pas jusqu'à dispenser les maitres d'expliquer les traités d’Aristote, mais il fut entendu qu'ils les commenteraient à leur gré. On devine qu'ils profitèrent de cette permission. Encore en 1724 (3), il se trouvait des sots pour crier au scandale. Un d’entre eux avait composé une formule que ses anciens élèves devaient chaque jour, de bon matin, réciter avant d'aller prendre part aux leçons de l'Université. Au cas où 1ls se trouveraient en face d’une machine pneumatique, il les engageait, en outre, à se boucher les yeux des deux mains, ét à prononcer en eux-mêmes ces mots : Averlo oculos meos ne videant vanilatem. En effet, ajoutait-l, toutes les expériences étaient de purs tours de prestidigitateurs, des billevesées trompeuses d'hommes n'ayant rien à faire. Mais,

(1) Lettre de Bellini à Malpighi (Pise 10 avril 1686) à la page 233 des Notizie edite ed inedite della vita e delle opere di Marcello Malpighi e di Lorenzo Bellini, raccolte da Gaetano Atti, ouv. cité.

(2) Historiae Academiae Pisanae vol. III, ouv. cité, p. 629. Voir aussi page XXXV du tome 1 des Consulli medici del Dottore Giuseppe del Papa Archiatro della Corte di Toscana e pubblico lettore di medicina nel! Università Pisana. Divisi in due tomi aggiuntovi l'Elogio dell Autore di questa Opera. Tomo primo. Roma, appresso Giovanni Maria Salvioni, Stampalor Pontiticio Vaticano. MDCCXLIL. — Voir aussi la préface de Q. Lucii Alpheï Diacrisis. In secundam editionem Philosophiae Novo-Antiquae R. D. Thomae Cevae cum notis Jani Valerii Pansii, 1724.

(3; Q. Lucii Alphei Diacrisis, préface indiquée.

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à ce moment, lui et ses amis étaient battus; ils souffraient l'humiliation de voir la jeunesse passer de leur collège dans une maison où s’enseignaient les théories nouvelles.

Cosme IIT ne réserva pas sa bienveillance seulement à Pise. Le Studio de Florence connut aussi sa faveur. En 1695, il y institua une chaire de philosophie naturelle. Il en nomma titulaire un savant dévoué aux idées modernes, Thomas Puccini, ami de Laurent Bellini qui le consultait volontiers. Depuis le xv° siècle, la médecine n’avait plus de professeurs officiels dans la capitale de la Toscane. A partir d'octobre 1718, elle en compta trois, choisis avec intelligence (1).

Bologne, on le sait, dès 1714, donna droit de cité aux saines Ces scientifiques. Néanmoins, à l’Université (2), jusqu’en 1734, on « lisait » les livres d’Aristote. C’est trois ans plus tard qu’on inscrivit dans les programmes la physique générale et expérimentale.

A Ferrare, en 1680, les règlements (3) autorisent les travaux pratiques d'anatomie, mais on limite à 50 le nombre des jeunes gens qui pourront y assister, et on ne laisse à la disposition du prosecteur qu'un corps par année. Enfin, en 1742, on établit une chaire de chirurgie ; on la confie à Joseph Cavicchi ; il arrivait de Paris où il s'était perfectionné. A la même époque, un de ses collègues professe la physique expérimentale, nouveauté encore inconnue en 1735 (4).

A Turin, à Naples, à Padoue, à Rome, les partisans des modernes obtiennent aussi de grands avantages dans l’enseignement supérieur, entre 1720 et 1748 (5).

(1) Voir p. 102, 112 du vol. IT de la Storia del pubblico Studio e delle società scientifiche e letterarie di Firenze del dottore Giovanni Prezziner socio Colombario e membro di altre accademie d'Italia. Firenze, 1810.

(2) Voir p. XV, XVI et XVIII des Rotuli dei Lettori Legisti e Artisti dello Studio Bolognese dal 1384 al 1799, pubblicati dal Dottor Umberto Dallari, sotto archivista nell Archivio di Stato di Bologna. Volume I, Bologna, Regia tipografia dei fratelli Merlani, MDCC CLXXX VILL.

(3) Historia Almi Ferrariae Gymnasit In duas partes divisa. Ferrariae MDCCXXXX, a Ferrante Borsetti. Voir t. f, p. 436.

(4) Voir page 50 de Giuseppe laré: Documenti e notizie sull Università Ferrarese degli Studi dal 1735 al 1760, dans Atti della Deputazione Ferra-. rese di Storia Patria. Vol. IV. Fascic. 1. Ferrara. Premiata tipografia sociale,

(5) À Turin, jusqu'en 1729, le corps médical excluait de son sein quiconque exerçait la chirurgie. Enfin, Victor Amédée IT institua un groupe

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Pour compléter le triomphe des modernes, pouvait-on imaginer mieux qu'une réparation à la mémoire outragée de Galilée ?

de vingt-quatre maitres chargés d'examiner les étudiants de cette spécialité. Quant à la physique, en 1720 et en 1732, on avait remis successivement à deux hommes d’ésprit ouvert le soin de l’enseigner. Mais c'étaient plutôt des philosophes spéculatifs. Ils acquirent peu d'appareils (*). L'abbé Nollet et le père Beccaria : voilà les savants qui firent réellement connaître en Piémont l'importance de la méthode expérimentale. Le premier y vécut six moisen 1740, comme précepteur royal; le second obtint une chaire à l’Université en 1748.

C'est à partir de 4732 que les idées nouvelles reçurent, à Naples, une consécration officielle. Dès 1714, les citoyens et le baronnage l'avaient sollicitée dans une supplique remise au vice-roi. Chargé d'examiner ce vœu, le duc Gaétan Argento s’entoura de conseils, centralisa des rapports et proposa quelques réformes. Il demandait, par exemple, qu'on n’astreignit plus les professeurs à la dure servitude d'expliquer Galien, Hippocrate, Aristote ; pourquoi ne pas leur permettre d'exposer les opinions qui leur sembleraient les plus voisines de la vérité? A quoi bon les contraindre à défendre dans les concours les idées du Stagirite (*)? Ces réclamations restèrent sans effet presque une vingtaine d'années. En 1732, Célestin Galiano étant devenu préfet de l'Université reprit les projets de 1714 ; il proposa immédiatement au vice-roi et au conseil collatéral des réformes très libérales. Il eut la joie d’en voir un grand nombre réalisées. C’est ainsi qu'en 173% fut fondée une chaire de physique expérimentale. Mais elle n'eut son premier titulaire qu’en 1740.

À Padoue, l’année précédente seulement, on fit une place à la même matière (***). Mais en 1700 déjà, Vallisnieri développait les théories médi-

(*) Pour le Piémont, voir page 405 de la Storia della Università degli studi del Piemonte di Tommaso Vallauri. 2° ed. Torino 1875. — Annuario della R. Università di Torino. 1899-1900. Stamperia Reale di Torino. Gennaio 1900 {Brevi cenni sugli istituti della R. Università di Torino) p. 43.

(*) Pour Naples, voir Istoria dello Studio di Napoli di Giangiuseppe Origlia Paolino, in cui si comprendono gli avvenimenti di esso più notabili da’ prümi suoi principi fino a’ tempi presenti, con buona parte della Storia del Regno. Im Napoli. MDCCLUH-IV. Nella Sfamperia di Giovanni di Simone. T. Il, p. 240 et suiv., 283 et suiv. — Sur le projet de réformes de 1714, voir aussi Archivio storico per le provincie Napoletane pubblicato a cura della società patria. Anno 1. Napoli. Presso gli Editori Detken e Rocholl e F Giannini, 1876. (Article de G. de Blasiis : l'Università di Napoli nel 1714.)

(*) Pour Padoue, Giornale de’ Letterati d'Italia, t. XXXIX, p. 367. En outre voir (dans les Aftie memorie della R. Accad. di scienze lettere ed arti in Padova. Anno GCLXXXVI (1884-85) Nuova Serie Vol. 1. Disp. 3) le mémoire du prof. Giuseppe Lorenzoni intitulé L'insegnamento di Astronomia e meteore del prof. Lodovico Riva e à Documenti relativi alla fondazione dell osservatorio Astronomico di Padova.

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Déjà, le cardinal Léopold de Médicis avait voulu faire lever l'interdit qui pesait sur le fameux Dialogo. Divers membres du Saint-Office lui promirent de s’entremettre. Mais il mourut au cours des négociations. Elles furent reprises par Viviani, seul survivant de tous les élèves du condamné (1). Il engagea même une correspondance avec un membre du redoutable tribunal, le jésuite florentin Baldigiani. Exigeait-on des changements ? Il les ferait à-l’ouvrage. Révoquait-on en doute l’attachement de Galilée à l'Église catholique? Il pouvait affirmer la parfaite orthodoxie du grand homme, lui le témoin de ses derniers jours. Mais de grâce, il fallait calmer l’indignation des savants étrangers, surpris que Rome réprouvât encore des doctrines dont la vérité frappait tous les esprits impartiaux. Baldigiani nourrissait des sentiments favorables à Galilée, mais le moment lui semblait peu opportun : on était aux environs de 1690, et les ordres religieux se montraient effrayés des progrès accomplis, en Italie, par la philosophie corpusculaire. Ils ne lançaient pas l’anathème contre Gassendi et Descartes seuls, mais ils poursuivaient de leur haine tous les adversaires d’Aristote (2).

A sa mort, en 1703, Viviani laissait à ses héritiers un véritable trésor — pages inédites de son maître ou renseignements sûrs, relatifs à celui-ci. Ces richesses, Bonaventuri, Grandi et Bresciani purent les utiliser, lorsqu’en 1718, ils publièrent à

cales les plus hardies. Quant à l'astronomie, on lui avait donné en 1678 un professeur spécial. Pendant près de soixante-dix ans, il dut expliquer des textes d’Aristote. Toutefois, au moins dès1719, il les considéra comme un simple point de départ. En réalité, il consacrait son cours à une histoire critique de la science qu'il enseignait. Enfin, en 1746, il jouit d’une indépendance complète, car le nom même du philosophe grec disparut des programmes.

Enfin, au Gymnase de Rome, à partir de 1744, la chimie et la physique eurent leurs maitres attitrés (").

(1) Sulla pubblicazione della sentenza contro Galileo e sopra alcuni tentativi del Viviani per far rivocare la condanna dei Dialoghi Galileiani. (Miscellanea Galileiana inedita. Studi e ricerche di Antonio Favaro. Venezia, 1887.) Voir la page 116. |

(2) Galileo Galilei e lo studio di Padova. Per Antonio Favaro. Firenze, successori Le Monnier, 1883. Voir le tome If, p. 349.

(*) Pour Rome, voir tome [, chap. X, De Gymnasio Romano et de ejus professoribus ab urbe condita usque ad haec tempora Auctore Josepho Carafa. Romae. MDCCLI.

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Florence les travaux de Galilée (1). Mais eux non plus n'obtinrent pas la licence de faire imprimer le Dialogo. I ne sera inséré que dans la collection de 1744 (2). Sans doute, il ne vit le jour qu'au prix de quelques sacrifices imposés à l'éditeur, l'abbé Toaldo. Celui-ci dut reproduire devant l’œuvre la sentence du Saint-Office et les paroles exactes par lesquelles Galilée se rétracta, déclarer en une forme solennelle que lui, Toaldo, considérait le mouvement de la terre comme une simple hypothèse rendant mieux compte que toute autre de certains phénomènes complexes, transcrire la dissertation où le P. Calmet explique, suivant l'esprit de l’Église, les passages

(1) Opere di Galileo Galilei. Nuova edizione coll aggiunta di vari Trattati dell istesso autore non più dati alle stampe. In Firenze nella Stamperia di S. À. R. per Gio. Tartini e Santi Franchi. MDCCXVII. 3 vol. — Quant à la vie de Galilée que Viviani projetait de placer à la tète de l'édition qu'il préparait, elle fut insérée, en 1717, dans les Fasti Consolari dell'Accademia Fiorentina. — Sur cette vie, voir Galileo Galilei e lo studio di Padova, ouv. cité; — Vincenzo Viviani e la sua vita di Galileo. Note del prof. À. Favaro (Atti del Reale Istituto Veneto di scienze lettere ed arti. Tome EXIL, p. 682).

(2) Opere di Galileo Galilei divise in 4 Tomi, in questa nuova edizione accresciute di molle cose inedite. In Padova, nella Stamperia del Seminario, appresso Gio Manfrè. MDCCXEIV. — On lit dans la préf. « Quento alla quistione principale del moto della terra, anche noi ci conformiamo alla ritrattazione e protesta dell autore, dichiarando nella più solenne forma, che non pud nè dee ammettersi se non come pura ipotesi matematica, che serve a spiegare più agevolmente certi fenomeni. Per questo abbiamo levate e ridotte a forma ipotetica le postille marginali che non erano o non pareano affatto indeterminate: e per la stessa ragione, abbiamo aggiunta la dissertazione del Padre Calmet, nella quale si spiega il senso dei luoghi della Sacra Scrittura attenenti a questa materia secondo la comune cattolica credenza. Per altro il dialogo comparisce nella sua integrità; se non che in alcuni luoghi per maggior illustrazione si è fatta qualche giunta lasciata scritta dall” Autore stesso sopra un suo esemplare stampalo che si conserva in questa Biblioteca del Seminario. Queste giunte si sono stampate in carattere diverso per argomento della buona fede, con cui procediamo. Sopra queste pure (orniamo a ripetere la protesta soprascritta, non volendoci noi in minima cosa dipartire dalle venerate prescrizioni della Sacra Romana Chiesa. »

Le 16 avril 1757, la congrégation du Saint-Office décida de ne plus tenir compte du décret qui condamnait les livres enseignant le mouvement de la terre. « Die 16 aprilis 1757 in congregatione particulari consul-

2° Quod, habito verbo cum S$S% D. N, omittatur Decretum quo prohibentur libri omnes docentes immobilitatem solis et mobilitatem terrae » (p. 159 de Galileo e l'inquisizione : Documenti per la prima volta pubblicati, ouv. cité).

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