ACTION SUR L’UTÉRUS
Au point de vue de son action sur l’utérus, deux choses ont été reprochées à l'extrait d'hypophyse : d’une part, de donner parfois lieu à une véritable tétanisation de l'utérus; d’autre part, de favoriser l'inertie post-partum. Examinons donc ce que ces deux accusations peuvent avoir de fondé.
LE
1° Tétanisation de l'utérus
Hamm, dans 4 cas d’avorlement, vit, l'utérus contracturé en forme de boule, alors que le col était mou, en battant de cloche, ou encore un anneau de contracture se former au niveau de l’orifice interne. Il rapproche ces cas de ceux signalés il y a trente ans par Bayer, alors qu’on employait l’ergot au cours de l'accouchement ;et, comme cet auteur, il croit voir la cause de ces contractures dans le développement insuffisant du segment inférieur.
Mackenrodt signale, de même, un cas de tétanisation de l’utérus. Nous n’avons, malheureusement, aucun détail à ce sujet.
Voigts vit de même, dans un cas, se produire un état tétanique de l’utérus qui fut une cause de souffrance pour l'enfant, et ne cessa que sous l'influence d’une narcose profonde. :
M. le professeur agrégé Lequeux, à la séance du 8 juillet 1912 de la Société d’Obstétrique et de Gynécologie de Paris, a rapporté un cas d'enchatonnement
du placenta que nous publions ci-après.
OBSERVATION XLVIH
(Due à l'obligeance de M. le professeur agrégé Lequeux.)
Il s’agit d'une jeune femme MreM..., secondipare, qui, au
deuxième mois de sa grossesse, fit des accidents hémorra-
giques qui cessèrent après que l'utérus rétroversé eût été rauiené dans sa position normale. À ce moment-là, l'utérus était irrégulier, ce qui me fit penser à l'existence d’une grossesse angulaire. Après cet incident des premières semaines, tout rentra, dans l’ordre jusqu’au huitième mois.
A cette époque, le 10 juin, les membranes se rompent sans qu'aucune contraction apparaisse ; après avoir prescrit une asepsie rigoureuse, jattendis le début du travail.
13 juin. — La température s'élève, il n’y a toujours aucun signe de travail. Je fais alors une injection sous-cutanée de 1 centimètre cube d’extrait d'hypophyse (Park et Davis). La femme ressent, une demi-heure après, quelques contractions douloureuses très nettes, intermittentes et régulières, à deux minutes d'intervalle; elles s’espacent au bout d’une heure et disparaissent complètement au bout d’une heure’ et demie.
Le lendemain, 14 juin, le début de travail a complètement cessé. Je renouvelle une injection d'extrait hypophysaire, dans les mêmes conditions que la veille, et avec la même dose ; les mêmes contractions apparaissent une demi-heure après, et se poursuivent pendant une heure et demie, toutes les deux minutes ; le col semble s’effacer, puis tout se calme jusqu’au lendemain 15 juin, où, dans la nuit, les douleurs reparaissent spontanément pendant une heure environ, puis disparaissent. |
16 juin. — Enfin, quelques heures après cette alerte, le travail se déclare franchement, les douleurs sont précipitées, revenant d’abord toutes les deux outrois minutes, puis toutes les minutes, et, en trois heures, la femme accouche
d'un enfant vivant de 2.500 grammes.
LE
Au bout d’une demi-heure, je constate une hémorragie assez abondante; j'essaie sans succès la/ délivrance; j'attends encore, l'hémorragie est peu abondante, mais la délivrance ne s'effectue pas. Je me décide alors à pratiquer la délivrance artificielle, et je constate ùn véritable enchatonnement placentaire dans la corne droite; cet -enchatonnement est si serré qu'il me faut faire effort, malgré l’anesthésie, pour forcer l’anneau musculaire. Dans les trois jours qui suivirent, la femme présenta un phénomène particulier, caractérisé par un état de contracture utérine presque permanent, se traduisant par une gêne, june pesanteur abdominale, insupportables. Tout rentra dans l’ordre, et les suites de couches
furent normales.
«Je dois, ajoute M. Lequeux, avoir eu à faire dans ce cas particulier à une grossesse angulaire : et c’est à cela que je crois pouvoir attribuer la majeure partie des accidents observés : hémorragie du début, rétroversion partielle, rupture prématurée des membranes et complications de la délivrance. 1)
Mais il faut aussi, me semble-t-il, chercher dans cette dernière phase de l'accouchement le rôle joué par la pituitrine ? Or, je crois que l’on peut de cette observation tirer quelques déductions en ce qui concerne l’emploi de l'extrait d'hypophyse.
1° L’extrait d’hypophyse est susceptible d'amorcer le travail par lui-même ; cette amorce n’a pas été suffisante dans le cas que nous rapportons pour amener le travail franc, mais peut-être que si l'injection avait été répétée au moment de l’affaiblissement
des douleurs, on eût pu obtenir de meilleurs résultats ; <
2° L’extrait d'hypophyse est susceptible de conserver son action à l’état latent pendant plusieurs heures ou jours après son administration. Cette latence n’est pas absolue, et les douleurs peuvent persisler sourdes, jusqu’au moment où, le travail se déclarant, on assiste à une véritable tempête de contractions ; -
3 L’extrait d'hypophyse est capable d'agir, après l’accouchement, sur l’utérus, pour modifier la délivrance ; peut-être que si la greffe ovulaire avait été normale chez notre cliente, nous aurions eu simplement une délivrance rapide; mais le fait que la greffe avait été angulaire a dû favoriser la rétraction anormale de l’organe au-dessous de la corne qui contenait le placenta et créer son enchatonnemeni ;
4° L'état de contraction utérine créé par l'emploi de l'extrait d’hypophyse peut se continuer après la délivrance plus ou moins longtemps.et susciter chez la femme un état de malaise parfois insupportable.
Telles sont les déductions que je crois pouvoir irer de cette observation. J'ajoute, qu'ayant eu loccasion d'employer à plusieurs reprises lextrait d’hypophyse tant en ville que dans le service de mon maître, M. le professeur Bar, je n’ai Jamais eu semblable incident à constater. »
Richter dans un cas vit se produire une contraction tétanique qui dura dix minutes; après quoi, les