‹ Étude sur l'extrait d'hypophyse en tant qu'agent ocytociqueChapitre 62 sur 65 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ainsi donc nous voyons que l'extrait d’hypophyse n’a aucune action vraiment fâcheuse ni pour la mère ni pour l'enfant, ce qui confirme l'opinion des expérimentateurs précédents. À près avoir passé en revue les recherches sur la toxicité de cet extrait, M. Delille conclut en effet :

« Ces travaux montrent d’une façon indiscutable combien est minime la toxicité de la substance hypophysaire, fraiche ou à l’état d'extrait, même quand on l'injecte par voie intra-veineuse. » Plus loin, il ajoute : « [l'est évident que les doses considérables de substance hypophysaire sont dangereuses et peuvent amener la mort de l'animal, mais les doses moyennes et faibles, celles que l’on utilise en physiologie et en thérapeutique, n’exposent pas à de graves complications. »

Et M. Parisot écrit : « Tous ceux qui ont expérimenté l'extrait d’hypophyse sont unanimes à reconnaître que ce médicament est inoffensif, qu’il soit adininistré en ingestion,en injections sous-cutanées, intra-musculaires ou intra-veineuses. L’analyse des iravaux obstétricaux publiés nous montre que les

doses relativement fortes employées restent sans action toxique. Hofbauer ne craint pas d’injecter

1 gr. 00 de pituitrine en deux fois à une demi-heure d'intervalle, 1 gr. 9 en deux fois à sept heures d'intervalle. Six doses, de o gr. 6 chacune en injection sous-cutanée, sont administrées par Stern à une femme atteinte de néphrite grave sans qu’il observe le moindre effet toxique.

D'autre part, nous avons vuque,sauf dans quelques

Cas vraiment exceptionnels (Hamm, Mackenrodt et

Voigts) où la cause de la tétanisation nous échappe, les contractions provoquées par l'extrait pituitaire revêtent le caractère des contractions physiologiques, c'est-à-dire qu’elles sont séparées par des intervalles de repos réguliers, et qu’elles n’en diffèrent que par leur intensité. Ce fait est bien prouvé par les très nombreuses observations recueillies et dont nous n'avons pu citer que les principales, de nouvelles étant publiées chaque jour.

Un second point a été également bien mis en lumière, c’est que l’action de l’extrait d’hypophyse dépend en partie du degré d’excitabilité de l'utérus. Et l’on sait que ce degré est d'autant plus élevé que

la grossesse est plus avancée, et que, d'autre part,

cette excitabilité présente des variations indivi-

duelles non contestables, certaines femmes faisant plus facilement que d'autres an avortement où un accouchement prématuré sous l'influence des mêmes

excitations.

‘ La constance de l'efficacité du médicament au

cours de l’accouchement est certaine, l’action se produisant dans plus de 90 o/o des cas. Par contre, l'extrait pituitaire est infidèle dans la provocation de l'accouchement ou dans l’avortement en cours, et vraisemblablement inefficace dans la provocation de l'avortement. Mais, dans ious ces cas, son action s’associeheureusement avec celle des moyensjusqu'ici employés. [Il en est de même dans la rupture prématurée des membranes et dans l’hémorragie par placenta prævia. Dans la période post-partum, si l'extrait pituitaire peut être utile avant la délivrance, il doit, lorsque le placenta a été expulsé, céder le pas à l'ergol dont l’action tétanique est alors précicuse.

Dans les opérations césariennes, son action est encore discutée, et là comme sur presque tous les points, d’ailleurs, elle a besoin d’être encore étudiée et suivie attentivement.

Quoi qu’il en soit, nous ne croyons pas trop nous avancer en disant que l'extrait d’hypophyse constitue un agent ocytocique vraiment précieux et appelé à beaucoup d'avenir. Tout le monde sait l’utilité d’un tel médicament en obstétrique, et nous n'insisterons pas sur ce point.Est-ce l'agent ocytocique idéal ? Non, puisqu'il n’agit pas dans 100 0/0 des cas, ce qui tient,croyons-nous, moins au médicament qu’aux conditions dans lesquelles on l’emploie et que nous conpaissons souventmal.En tous cas c’est présentement le meilleur agent ocytocique que nous possédions, et il est sans conteste bien supérieur à la quinine, à

ÉRUNÉ Lo dRUR Sd à

l’adrénaline et à lPergot. Jl présente en outre pour Hofbauer l'avantage particulier d'agir même en cas de fièvre (39°5 dans une observation) et pendant la narcose.L’association d'extrait pituitaire et de pantopon, conseillé par Schmidt, commande une grande prudence. Dans les cas de ce genre, Schmidt a vu plusieurs fois les enfants naître en état d’apnée, et pour Freund le mot apnée employé par Schmidt conslitue un euphémisme.

Le mode d'action de l'extrait hypophysaire a été vu tout au cours de cette étude. L'effet se produit de dix à quinze minutes après linjection, dure une heure ou deux selon les cas et décroît ensuite. C’est pourquoi il est préférable d'employer des doses faibles et successives. Au cours du travail ralenti, o eme. à suffisent le plus souvent. Quand il s’agit de provoquer les douleurs, il semble qu'il faille alors une dose plus forte, 1 centimètre cube ou même 1 cmc. 5. La dose varie d’ailleurs avec chaque cas; ce qu’il faut, c'est chercher à obtenir l’effel désiré avec le minimum de substance.Généralement quand 2 centimètres cubes n’ont pas jproduit d'effet, c’est qu'il s’agit d’un cas réfractaire. Dans quelques observations,cependant,il a fallu plusieurs injections pour obtenir un résultat, et la persévérance du médecin été récompensée. Il semble, en effet, que parfois le médicament s’accumule, et que son action demeure latente pour ne se manifester qu’après une nouvelle injection.

Doit-on employer l'extrait Lotal ou l'extrait du

lobe postérieur seul ? A l'exception de MM. Parisot et Spire, tous les auteurs sans exception ont employé l'extrait de lobe postérieur; et la médiocrité des résultats obtenus par les premiers semble provenir en grande partie de ce qu'ils ont employé l'extrait total bien moins actif. De même l’emploi par ingestion, tenté par les mêmes auteurs el un ou deux autres expérimentateurs, semble devoir être rejeté.

La méthode de choix est sans contredit l'injection intra-musculaire ou sous-cutanée, les deux donnant les mêmes résultats. Dans certains cas, ainsi que le fait remarquer Hofbauer, l'injection intra-veineuse, qui reste une méthode d'exception, présente des avantages, élant d'action plus rapide (quelques secondes) et agissant parfois là où l'injection souscutanée n’a rien donné. La dose est alors moindre et doit être dilué dans du sérum.

Sous quelle forme trouve-t-on l'extrait de lobe postérieur d'hypophyse dans le commerce? Personnellement nous nous sommes servis du produit de la maison Parke, Davis et C° de Londres, connu dans le commerce sous le nom de « pituitrine ». C’est le produit qui a été employé par la plupart des auteurs. C’est un extrait du lobe postérieur de l’hypophyse du bœuf, livré en ampoules de o cmc. 5 et dont 1 centimètre cube équivaut à o gr. o de glande fraîche. Antéricurement,le produit avait été préparé à une dose moins forte et le centimètre cube équivalait seulement à o gr. 10 de glande fraîche. M. le professeur Bar, outre la pituitrine, a également

employé un extrait préparé par la maison Choay de Paris: c’est également un extrait de lobe postérieur d'hypophyse de bœuf présenté en ampoules de 1 centimètre cube dont chacune correspond à o gr.20 de glande fraîche. Enfin, certains auteurs allemands se sont servis, soit de « pituglandol » préparé par la maison Hoffmann-La Roche, de Bâle, soit du « vaporole » préparé par la maison Burroughs, Wellcome et C, ces deux firmes employant, comme les précédentes, le lobe postérieur de l’hypophyse du bœuf. Hofbauer estime, et c’est ce qui semble en effet résulter de l’étude des faits, que ces divers extraits semblent ne pas différer essentiellement dans leurs effets.

Lescontre-indications à l'emploi del’extrait d'hypophyse relèvent de l’état de l'utérus, du bassin, de la mère et de l'enfant.

La crainte de rupture utérine est une contre-indication absolue. En cas de rigidité du col, l'extrait pituitaire peut donner d'excellents résultats,mais son action a ici besoin d’être particulièrement surveillée.

Il en est de même lorsque la tête est au-dessus du détroit supérieur. Certains auteurs ont eu alors des succès éclatants, mais les cas de ce genre n’en restent pas moins délicats. Enfin,il nous semble inutile de dire que lorsqu'il y a disproportion entre la tête et le bassin, la question de l'emploi de l'extrait pituitaire ne se pose même pas. La difficulté peut être

d'apprécier de façon exacte le degré de rétrécissement du bassin.

Les afféctions respiratoires et cardiaques, les néphrites, ne constituent pas une contre-indication absolue. Il n’en faut pas moins agir ici avec une extrême prudence, et mieux vaut le plus souvent s'abstenir. L’artério-sclérose, l'hypertension, constituent au contraire une contre-indication nettement indiquée par l’élévation de pression artérielle toujours possible,bien que non constante,sous l’influence de l'injection:

Enfin il reste bien entendu qu’en cas de souffrance de l’enfant, il faut intervenir par les moyens les plus rapides. S'gnalons à ce propos que Hofbauer, pour parer à l’asphyxie légère de l’enfant relatée par certains auteurs, a recommandé les injections -de Digalen faites à la mère pendant l'accouchement.

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