‹ Étude sur l'hématocèle vaginaleChapitre 19 sur 22 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

A l’époque de Boyer, on avait déjà recours, pour la

cure des hydrocèles, aux injections de vin chaud:

C’est sans fondement que l’on a prétendu- que la méthode des injections n’était pas applicable aux hydrocèles anciennes, ni à celles dans lesquelles la tunique vaginale est plus épaisse que dans l’état naturel. En effet, l’expérience m’a appris que quelque volumineuse que soit une hydrocèle, l’injection en procure toujours la guérison radicale, si elle est faite de manière à exciter une irritation assez grande pour produire linflammation adhésive. J’ai remarqué seulement qu’alors la guérison est beaucoup plus longue. » (1)

Il y a lieu de s’étonner d’une affirmation aussi éner-

(1) Boyer. Malad. chirur, t. x, p. 218.

ZAR gique, quand on songe que l'injection vineuse a été rejetée en raison de ses dangers, même dans l’hydrocèle simple.

Au sujet du traitement de l’hématocèle, nous trouvons dans Curling : « Autrefois pour l’hématocèle qui « suivait ou venait compliquer une hydrocèle, on inci- « sait de suite la tumeur vaginale et on la vidait. En « général, cette opération n’est pas nécessaire, car le « sang épanché, surtout s’il est peu abondant, ne pro- « duit souvent qu’une faible irritation, et comme il se « mélange avec la sérosité de l’hydrocèle, on peut « l’évacuer au moyen de ponctions que l’on renouvelle « de temps en temps, jusqu’à ce que le liquide cesse « d’être rouge. Lors même qu’une inflammation sur- « vient, on ne doit pas tropse hâter d’ouvrir la tunique « vaginale, car cette inflammation peut céder, et l’o- « pération être évitée par la ponction qui diminue la « tension de la tumeur par le repos et le traitement « antiphlogistique (1). »

Si nous reproduisons ici textuel'ement les paroles de Pauteur anglais, c’est parce qu’elles semblent nous prouver que Curling savait que l’hydrohématocèle peut rétrocéder, et, lorsqu'au moyen de ponctions multiples il recherche la guérison, ne semble-t-il pas indiquer qu’il pensait diagnostiquer cette variété.

Quelques lignes plus loin, à l’appui de son dire, Curling (2) nous cite l’exemple d’un garcon d’écurie qui entre à l’hôpital pour une tumeur scrotale lourde

(1) Curling, p. 243.

(2) Curling, p. 243.

et volumineuse qui était vivement enflammée, œdémateuse et jrès sensible: « ..…… On apprit qu'il avait « depuis plusieurs années une hydrocèle, et qu’un chi- « rurgien avait fait la ponction. Quand, plus tard, le « gonflement se fut reproduit, le malade s’en débar- « rassa en ponctionnant lui-même avec un canif, ce « qui n’eut aucun résultat fâcheux. Il avait répété « cette opération un mois environ avant son entrée à « l'hôpital, mais avec moins de bonheur cette fois, « car les bourses n’avaient pas tardé à devenir dou- « loureuses et à se tuméfier; peu de temps après, la « tumeur s’était encore accrue à la suite d’un coup de « pied de cheval... »

Dans cette observation, après avoir employé, sans beaucoup de succès, les antiphlogistiques, Curling eut recours aux ponctions répétées. La première ponction donna issue à un sang brunâtre mêlé de petits caillots; la seconde ponction, faite quelques jours plus tard, fournit un sang plus limpide; puis enfin tout le liquide disparut, et le malade sortit guéri, tout à la fois de son hydrocèle et de son hématocèle, dix-sept jours après son entrée à l’hôpital.

De ce fait, l’on peut conclure que les ponctions multiples agissent en déterminant une vaginalite qui, dans certains cas, peut être adhésive et amener la guérison, dans d’autres, l’inflammation dépassant le but, la suppuration s’en suit avec un cortège de symptômes graves, tels que phlegmons diffus, production de gaz, gangrène. Curling croit que ces symptômes graves sont dus à l’altération des liquides organiques et à la résorption de matériaux délétères résultant de cette

altération : « On pourrait objecter, dit-il, qu'après la

ponction l'air ne peut pas séjourner dans la poche et se mêler avec le sang; l’objection serait valable, si la fausse membrane était tellement mince qu’elle pût revenir sur elle-même en même temps que les autres couches du scrotum, et empêcher ainsi la formation d’un vide qui favorise l'entrée de l’air par la canule, au moment où l’évacuation du liquide se termine. Mais si la fausse membrane est, comme cela a lieu souvent, rigide et peu flexible, elle ne revient pas sur elle-même à mesure que le sang s’échappe, et un moment arrive où, un vide se faisant, l’air extérieur se précipite (1).

Du moment où il est reconnu que l’exposition de la

fausse membrane et des caillots au contact de l’air peut faire naître des accidents, l’opération qui convient à l’hématocèle doit être combinée de façon à prévenir ce danger. Il ne faut pas compter sur les injections irritantes, parce que la séreuse n’est plus dans les conditions favorables à l’emploi de cette méthode ; on peut avoir recours à l’incision : « On ouvre la tunique

vaginale à sa partie supérieure avec une lancette ; puis sur une sonde cannelée ou sur le doigt introduit par la plaie, on divise le sac de haut en bas dans toute son étendue avec un bistouri. On a soin de prolonger l’incision jusqu'à la partie inférieure, afin d'éviter la stagnation du pus. On doit, d’ailleurs, procéder avec précaution, afin d'éviter la lésion du testicule. » (2)

(1) Curling, p. 260.

(2) Curling, p. 244.

Re

Après l’incision, Curling dit que le pansement doit consister dans l’application de cataplasmes ou de linges mouillés d’eau froide. Si l’on met de la charpie entre les lèvres de la plaie pour empêcher leur réunion par première intention, il faut se garder d’en mettre au fond de la poche, en contact avec la séreuse. » Des « symptômes graves et une réaction générale intense « résultent parfois de cette opération et sont causés « par inflammation aiguë du sac, dont il a fallu mettre « à nu la surface interne (1)....... »

Mais, en général, dit le même auteur, l’inflammation est heureusement modifiée par l’incision et la perte de sang qui en résulte, et l’irritation locale diminue bientôt sous l’influence d’un traitement approprié.

Chez les vieillards, les cachectiques, lorsqu'il y a épaississement et induration des parois, Curling admet, comme meilleure opération, l’ablation de toute la tumeur. « En pareil cas, dit-il, la perte du testicule « est sans importance, et le scrotum revient tellement « sur lui-même après l’ablation des tumeurs volumi- « neuses que non seulement la plaie est comparati- « vement petite et beaucoup moindre que celle de « l’incision de l’hématocèle, mais encore se cicatrise « rapidement, au lieu d’être le siège d’une suppuration « prolongée. (2)

En résumé, Curling indique comme mode opératoire les ponctions successives, l’incision, la castration.

M. le professeur Gosselin, dans son addition à

(1) Curling, p. 247.

(2) Curling, p. 249.

Page 1