‹ Étude sur l'hématocèle vaginaleChapitre 8 sur 22 · DÉLIMITATION DU SUJET · texte numérisé non relu

DÉLIMITATION DU SUJET

De ce que nous avons vu en anatomie pathologique, il résulte qu’il existe des hydrocèles nettement caractérisées où la tunique vaginale a conservé sa souplesse, où le liquide épanché est citrin, où la transparence est manifeste, etc., et qui guérissent, en général (c’est au moins l’opinion de la plupart des chirurgiens français), par la ponction et l’inection 1odée.

D’autre part, il existe des hématocèles aussi nettement caractérisées par l’épaississement de la vaginale, par la présence de fausses membranes, plus où moins épaisses sur cette séreuse, par un épanchement variant de la couleur de sang veineux, à la couleur du cho-

LCR colat ou de la lie de vin, contenant des grumeaux et des stratifications de fibrine.

Entre ces deux espèces, prennent place un certain nombre de cas plus difficiles à trancher, ce sont : d’une part, des épanchements citrins dans une vaginale épaissie, quelquefois couverte de fausses membranes ; d’autre part, et ce sont les cas qui font le sujet de notre thèse inaugurale, on constate la présence d’épanchements sanglants, dans des tuniques vaginales souples, sans épaississement, sans fausses membranes.

Nous sommes donc en droit de nous poser les questions suivantes :

Quelle est la caractéristique absolue d’une hématocèle ?

N’existe-t-il pas des cas intermédiaires entre l’hydrocèle et l’hématocèle, qu’on pourrait ranger sous le nom d’hydrohématocèles.

Pour ce qui à trait à la première question, si nous consultons les auteurs, voici les opinions que nous rencontrons :

Pour la première fois, Boyer décrivit une fausse membrane en faisant bien remarquer que le testicule ne rentre en rien dans le volume de la tumeur. Pour cet auteur, le mal a été d’abord une hydrocèle simple, puis la tunique vaginale s’est épaissie à la suite d’une inflammation chronique survenue spontanément ou après une contusion; ou bien « il s’est épanché du « sang qui à rendu la sérosité brune ou noire et dont « la partie albumineuse a formé une espèce de tissu « réticulaire, une pseudo-membrane qui adhère forte-

L2i0 "te « ment à la face interne de la tunique vaginale et à la « face du testicule (1). »

Dupuÿtren (2) ne considère l’hématocèle que comme une variété d’ydrocèle à parois épaisses et indurées ; il ne parle pas de fausses membranes.

Velpeau (3) dit qu'un grand nombre d'observations publiées sous le nom d’hydrocèle chronique avec dégénérescence n'étaient que des hématocèles méconnues. Il admet que le liquide de la poche peut se trouver sous cinq états différents :

1° Sang pur;

2° Liquide coloré, limpide, avec grumeaux ;

3° Liquide séro sanguinolent sans grumeaux ;

4° Liquide noirâtre, de couleur chocolat, avec épaississement de la paroi dû à des couches successives appliquées sur la face interne;

5° Foyer purulent,

Il admet que les fausses membranes qui tapissent la face interne de la vaginale sont fournies par de la fibrine qui, séparée du sérum, est venue se fixer à la paroi interne de la séreuse; cette dernière serait, du reste, épaissie, dure, lardacée. Il ajoute : « Il en est « de même lorsque le liquide, quoique réellement « fluide et simplement jaunâtre, se rencontre dans la « coque vaginale épaissie, comme fibro-cartilagineuse CRE Pare ... Ce sont des hématocèles. »

D’après E. Cloquet (4), il y aurait d’abord épanche-

) Boyer. — Œuv. chirurg. t. x, p. 241.

) Dupuytren. — Leg. or. de clin.-chir. t. 1v, p. 458. ) Velpeau. — Leg. de clin.-chirurg. t. 1. p. 392. )

ment sanguin dans la tunique vaginale : le sang jouant le rôle de corps étranger, provoquerait une exsudation séreuse qui dissoudrait une partie du sang coagulé ou liquide; enfin, il se développerait une exsudation plastique, qui, jointe à la fibrine du sang, formerait la fausse membrane. g

Nélaton (1) ditque, même lorsque le liquide contenu est séreux, l’état de la poche peut faire conclure en faveur d’une hématocèle : « Lorsque le liquide contenu « dans le kyste est séreux, doit-on considérer l’affec- « tion comme une hématocèle ?.... C’est l’état de la « poche qui donne le cachet spécial. »

En 1851, M. le professeur Gosselin (2), dans un mémoire remarquable, émit une idée tout à fait inverse de ses devanciers, et, tandis que Boyer, Velpeau et Cloquet mettent l’épanchement sanguin en premier lieu dans l’ordre successif des phénomènes, l’éminent professeur de la Faculté de Paris dit que la fausse membrane préexiste toujours à l’épanchement.

L'opinion de M. Gosselin est appuyée sur les faits suivants :

1° La constance de la fausse membrane ;

2 Le large calibre de ses vaisseaux et la fragilité de leurs parois ;

3° Leur rupture facile, même dans l’intérieur de la membrane ;

4 La rareté de l’épanchement sanguin traumatique dans la vaginale; ,

(1) Nélaton, vol. 5 bis.

(2) Gosselin, arch. gén. de méd. 1851, t. XXVII.

se " E,

OT

9 L'analogie de structure de la vaginale avec les autres séreuses.

Dans ses cliniques, publiées en 1877, à l'hôpital St-Louis, M. le professeur Duplay (1) dit : « D’autres « hydrocèles sont opaques en vertu de la coloration « de leur liquide. » Il admet donc qu’il peut y avoir hydrocèle avec un liquide sanglant et que c’est la paroi qui constitue le caractère important. En effet, il ajoute plus loin: « L’inflammation chronique de la « tunique vaginale, condition première de l’hémato- « cèle, transforme la séreuse en une coque charnue..….» Ici encore, 1l indique comme caractéristique l’état de la paroï. Il semble néanmoins revenir sur cette opinion bien tranchée, quelques lignes plus loin, en disant : « L'absence de traumatisme sans lequel on n’observe « guère d’hématocèle. » Quoi qu’il en soit, il nous paraît constaut que c’est à la paroi qu’il donne la plus grande importance.

En résumé, nous voyons que la plupart des auteurs répondent à notre première question en admettant, comme point important et caractéristique de l’hématocèle vaginale, lépaississement constant de la séreuse. C’est cet épaississement, en effet, joint aux fausses membranes qu’on peut quelquefois rencontrer, qui masque la transparence, augmente la dureté de la tumeur, rend difficile la recherche du testicule au point de vue des symptômes, et qui, en ce qui regarde le traitement, nécessite une véritable intervention chirurgicale.

(1) Duplay, Clin. chirur., 1877

DD

Ce serait donc l’épaississemeut de Ia tunique vaginale qui caractériserait particulièrement l’hématocèle ; le liquide plus ou mois teinté, même sanglant, ne serait qu’un accessoire.

Nous espérons montrer par les observations qui suivent, que la coloration du liquide n’est quelquefois qu'un incident sans importance, et que des cas à liquide sanglant peuvent, ou redevenir des hydrocèles, ou se comporter comme elles.

Page 1