‹ Étude sur l'histoire des sarcophages chrétiensChapitre 34 sur 69 · SARCOPHAGES A SUJETS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

SARCOPHAGES A SUJETS HISTORIQUES

[Il est à peu près impossible de classer d'une manière méthodique une série de bas-reliefs appartenant à une même période, présentant, avec quelques différences légères, les mômes caractères essentiels, et reproduisant presque constamment les mêmes scènes. Je donnerai tels quels les groupes de fragments que le hasard a réunis dans un palais, une villa, etc. C'est un ordre factice le plus souvent; mais enfin c'est un semblant d'ordre, et je le suivrai à défaut d'autre.)

74 (Villa Doria Panfili, dans le jardin réservé). — Deux grands fragments de la partie antérieure d'un sarcophage représentant le passage de la mer Rouge.

1er Fragment. Les Egyptiens. L'extrémité gauche est mutilée. On trouve d'abord le fragment d'un cheval et le haut du corps d'un guerrier tenant une lance (brisée). Un guerrier à cheval. (Los jambes du cheval sont brisées). Le Pharaon, debout sur un char à deux chevaux, tient la lance dans la main droite, un bouclier rond dans la gauche. Sous le char de Pharaon on distîingue la tête et la main d'une divinité marine qui était étendue sur le sol. Un autre guerrier, dont le buste est seul visible. Puis, sur le devant, un guerrier à pied, le javelot à la main, qui semble tomber; près de lui, un char et un cheval renversés; et, peu en arrière, autres guerriers; les deux premiers dont on ne voit que le buste, le troisième à cheval et tenant un bouclier. Derrière ces figures, en manière de fond, les raies ondulées représentant les flots. (Tous les personnages sont brisés à peu près à la hauteur du jarret.)

2me Fragment. — Les Hébreux Sous un fragment d'arcade, Moïse étend la main. La baguette qu'il tenait est brisée. Il est représenté imberbe, vêtu de la tunique et du pallium. Les Hébreux sont représentés par quatorze personnages fort bien groupés sur plusieurs rangs. On dis-

tingue sur le devant , un Hébreu portant des provisions autour de son cou; un homme drapé coiffé d'un bonnet, tenant un enfant par la main ; un autre, en tunique courte, avec un enfant sur le dos; une femme en tunique longue, retournant la tète et conduisant un enfant par la main; une autre enfin, tenant une cymbale, et figurant sans doute la prophétesse Marie. Le nuage de feu est représenté à l'ordinaire par une colonnette.

[Ce bas-relief est d'un bon style qui semble indiquer le commencement du quatrième siècle. Les attitudes sont heureuses; les personnages bien groupes. Il y a à Arles (V. Le Blant, pi. XXXI) un sarcophage qui rappelle d'assez près celui-ci. Mais l'exécution en semble inférieure.] — (Ce sarcophage avait été connu de Bottari (V. tav. CLXXXXIIII), qui l'a vu intact et en a donné une gravure assez peu fidèle. Il était depuis considéré comme perdu.)

75 {Villa Doria Panfili, à la façade du Casino).

Fragment de sarcophage dont le centre était occupé par le groupe de la conjunctio mqnnum , occupant toute la hauteur du marbre, et qui, de chaque côté de ce groupe , présentait une série de scènes plus petites disposées sur deux files. Du groupe central , il reste la partie droite, le mari, avec le pallium et la lena étendant le bras. Entre les deux époux était la Juno Pronuha, dont il ne reste que le haut dii corps. La tête est couronnée du diadème ordinaire (On a refait en plâtre, d'une manière fort bizarre, une partie gauche à ce groupe. La Junon est devenue une sorte de prêtresse sacrifiant sur un autel). A droite de cette scène , il reste, en haut, le miracle de la multiplication des pains, représenté selon les formules ordinaires. Jésus est debout entre deux disciples qui tiennent les pains dans un pli de leur vêtement. En arrière, têtes de deux assistants. En bas, il ne reste que deux figures drapées, appartenant à une scène impossible à reconnaître. Le reste est une réfection moderne qui n'a rien à voir avec l'archéologie chrétienne. Le sarcophage , autant que permet d'en juger la hauteur où il est placé, était exécuté dans le style courant du quatrième siècle.

[Il est curieux de voir sur un sarcophage chrétien la Juno Pronuha, Ce n'était plus làqu'une sorte de figure allégorique delà sainteté du mariage et elle devait avoir perdu ainsi tous son caractère mythologique. Nous retrouverons cette même figure sur un sarcophage chrétien de la villa Ludovisi (v. ci-dessous , n» 92). Il y eut d'ailleurs des tentatives pour mieux approprier à l'art chrétien ce groupe qui pouvait choquer. Un fragment de la villa Albani donne le Christ remplaçant la Junon entre •les deux époux.] {Inédit.)

76 (Villa Doria Panfili, au mur de la maison de garde , à Ventrée

des jardins réservés). — Partie droite d'un couvercle.

A gauche, génie nu, ailé, tenant le cartel resté fruste. Les trois jeunes Hébreux dans la fournaise, vêtus de tuniques serrées à la taille, Is^

tête nue. A droite, un quatrième personnage, drapé, est tourné vers eux et les exhorte du geste. Puis Noé dans Tarche, étendant la main vers la colombe (Très rude. Cinquième siècle).

(Ce fragment avait été connu de Bottari, qui le donne avec la mention in Vaticano repertus ; on Pavait perdu de vue depuis.)

77 ( Villa Doria Panfili , jardins réservés, près du Columbarium). —

Fragment d'un sarcophage à arcades.

A droite, Daniel, vôtu du pallium, tend le gâteau empoisonné au serpent de Babylone, enroulé autour d*un arbre placé devant une*colonnette spirée, tronquée en haut. Au fond, personnage assistant (Sa tète manque ainsi que celle de Daniel).

A gauche , de Tautre côté de la colonnette , le bas d^une tunique et deux pieds, tournés vers la gauche du sarcophage. Puis un autre pied opposé à ceux-ci. La tunique et les deux pieds qui en sortent appartiennent à un personnage de plus petites dimensions que les autres figures. Ce fait, joint à la position qu'ils occupent vis-à-vis du troisième pied, indique le miracle de la guérison de Taveugle, ou bien du paralytique, ces deux personnages étant représentés d'ordinaire avec la taille d'un enfant. {Inédit.)

78 (Villa Doria Panfili, à côté du fragment précédent). — Fragment

de couvercle.

La barque avec deux matelots ; celui qui est en avant jette Jonas au monstre. A droite , la queue du monstre qui rendait Jonas. Indication des flots à la manière ordinaire. (Inédit.)

79 (Villa Doria Panfili, sous F arc de triomphe à Ventrée). — Frag^

ment de la partie antérieure d'un sarcophage.

A droite, Jésus ressuscite Lazare qui était placé dans Pédicule habituel (Lazare a été brisé). On ne voit ni assistants, ni la sœur de Lazare. Guérison de l'aveugle. Partie inférieure de deux corps appartenant à une scène méconnaissable. Puis, très mutilées, deux scènes où l'on peut reconnaître Moïse arrêté par deux Juifs, et Moïse frappant le rocher (travail grossier, fin du quatrième siècle). (Inédit.)

80 (Villa Doria Panfili, au mur d'une maison de garde près de la

pièce d'eau. — Fragment de couvercle.

Les trois mages se suivent avec le même mouvement, vêtus de tuniques courtes, le manteau flottant en arrière, la tête nue. La Vierge, au lieu d'être assise comme d'ordinaire, est couchée sur un lit, drapée et le voile sur la tête, avec l'Enfant dans les bras. C'est, je crois, un exemple unique sur les sarcophages de cette attitude de la Vierge (1) (travail rude, du cinquième siècle). (Inédit.)

(1) On la retrouvera sur les mosaïques.

QUI NE SB TROUVEiNT PAS AU MUSÉE DU LATRAN. 75

84 {Villa Doria Panfili, p'ès du fragment fyrécédent), — Fragment

de couvercle.

A droite, le cartel destiné à rinscriptioD qui est resté vide. Puis une barque sur les flots. A l'arrière, un raoïeur assis. A l'avant, un matelot à demi levé, qui se penche sur les flots et retire un filet. Devant la barque, le monstre qui a rejeté Jonas, et Jonas étendu sous la cucurbite (exécution grossière).

[C'est la seule fois que j*ai vu, parmi les représentations si fréquentes du JonaSy ce détail d'un matelot occupé à pêcher. Ici, le pêcheur ne peut guère avoir une valeur symbolique. C'est sans doute un simple accessoire pittoresque, une fantaisie de l'ouvrier, ce qui est fort rare dans les basreliefs chrétiens.] • {Inédit,)

82 (Villa Borghèse , dans la pelouse à gauche de Ventrée). — Sarco-

phage à strigilles.

Au centre, personnage en tunique longue, imberbe (la face est très mutilée), la main droite sur la poitrine, la gauche tenant le volumen. A gauche, le sacrifice d'Abraham. Abraham barbu, drapé, retourne la tête vers la main divine figurée en relief plus faible. Le bras droit est étendu, la main brisée. La main gauche (très mutilée) , était posée sur la tête d'Isaac agenouillé devant un autel allumé.

A droite, Jésus guérissant l'aveugle. Jésus tient le volumen dans la main gauche, et il étend la main droite (brisée) , vers l'aveugle , représenté avec la taille d'un enfant et vêtu d'une tunique lâche. La tète est mutilée.

Trépané. Travail très rude. (Inédit.)

83 Villa Borghèse , dans la petite grotte semi-circulaire sur la gau-

che du chemin d'entrée). — Fragment de couvercle.

Jonas couché sous la cucurbite, occupe la partie droite du fragment. Devant lui, le monstre qui vient de le rejeter. Puis, le vaisseau avec deux matelots très mutilés. Au-dessus, fragment d'inscription :

RVM DVLCE MOVE-^MARITVM

(Inédit.)

84 {Villa Borghèse , même endroit). — Fragment de sarcophage.

Fragment de l'entrée du Christ à Jérusalem. Il ne reste que deux personnages. Le premier à droite, en tunique courte, debout sous une arcade, légèrement penché en avant, le bras droit levé avec le geste d'acclamation, la main gauche posée sur l'épaule du second. Celui-ci est accroupi à terre. D'une main il s'appuie sur le sol ; de l'autre , il semble tenir un objet, actuellement disparu (le tapis qu'on étend devant

le Christ, et qui figure toujours daos cette scène). II n'est vêtu qu'autour des reins. Tous deux sont nu-téte.

Travail ordinaire, sans coups de trépan. (Inédit.)

85 ( Villa Borghèse , même endroit). — Fragment de couvercle (côté

gauche).

A gauche, le cartel de l'inscription , que nous donnerons ensuite. Il était tenu par deux petits génies nus, ailés. Celui de droite est intact; il reste de celui de gauche une main et une jambe. A droite, une table en hémicycle, où est posée une tête de porc entre deux pains. Autour de la table, trois personnages assis, vêtus de tuniques. Le premier tient un verre ; le second tient un verre et étend la main sur la table; le troisième a le bras rejeté sur le cou. A droite , tournant le dos aux précédents, un serviteur en tunique courte. Travail très médiocre.

Voici l'inscription :

ASINÏO CÏAROC +

La présence de cette croix indique une époque assez basse. Elle apparaît, pour la première fois, à Home, en 407 (de Rossi, Bulletin, i'* année, page 24).

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