OBSERVATIONS
Le nombre d'observations d'hydropisie de l'amnios publiées tant en France qu'à l'étranger est considérable. Après avoir donné nos sept cas personnels et inédits, notre intention dans cette partie de notre travail, a été de mettre sous les yeux du lecteur la relation d'une hydramnios aiguë afin de montrer l'exactitude du tableau symptomatique tracé plus haut ; de rapporter les faits, si intéressants au point de vue pathogénique observés par Bar, et le cas de Dubois où la saignée paraît avoir eu une réelle influence préventive.
Nous nous sommes borné à ces quelques observations renvoyant le lecteur, pour les autres, à Y Index bibliographique et au corps même de la thèse. Nos observations personnelles ont été recueillies pendant notre internat à la Maternité Sainte-Anne . les quatre premières dans le service de M. le professeur Faucon, les trois autres dans le service de M. le professeur Eustache.
Quelques-unes d'entre elles sont négatives sous le rapport de la cause ; mais nous n'avons cependant pas hésité à les publier, dussent-elles ne servir qu'au point de vue statistique.
OBSERVATION I. (personnelle).
Hydramnios datant du début de la grossesse. — Inflammation des membranes . — Absence de lésions chez le fœtus.
Lef.... Rosine, âgée de 24 ans, servante , a accouché , pour la première fois , le 14 mars 1880. Sa grossesse ne datait que de 8 mois. Le médecin a attribué cette avance à ce qu'elle avait pris des bains quelques jours avant. L'enfant ne vécut que deux jours. L'écoulement lochial dura six semaines , et la fille se rétablit complètement de ses couches. Deux mois après son accouchement, elle était de nouveau réglée normalement comme auparavant. Ses règles duraient 5 ou 6 jours et venaient le 10 ou 11 de chaque mois.
Au mois de septembre , elle se croit enceinte : ses règles ne durent que deux jours à peine, ses seins se tendent, son ventre se durcit , dit-elle , au niveau de l'ombilic. Puis elle est prise de palpitations , le matin elle vomit des glaires.
Au mois d'octobre, on pouvait déjà voirqu' elle était enceinte, et elle était obligée de relâcher sa ceinture.
Jusqu'au mois de février, rien de particulier . Chaque mois elle se voyait un ou deux jours et son ventre augmentait progressivement. Le 17 février 1881 , elle va consulter un médecin de Tournai. Tout d'abord , à la simple inspection du ventre , il remarque une saillie dans le flanc droit et croit à une tumeur abdominale. La fille lui affirmant qu'elle était enceinte, il déclare que, d'après le volume du ventre , elle doit l'être de cinq mois environ et confirme son dire après l'avoir touchée.
Depuis lors, plus de règles. Le ventre augmente petit à petit et régulièrement, sans troubles d'aucune sorte, ni vomissements, ni amaigrissement , ni œdème des jambes , ni varices , ni dyspnée , ni palpitations , ni constipafron. Elle a remarqué
qu'elle urinait un peu moins. Elle a perçu , pour la première fois , ]es mouvements de son enfant , vers la fin de février et n'a pas cessé de les sentir depuis ce moment. Vendredi dernier, 6 mai, on la chasse, subitement et sans la prévenir, de sa place de domestique. Elle veut entrer à l'hôpital de Tournai, on la refuse, dit-elle , parce qu'elle est française. Elle vient à Lille pour trouver asile chez l'une de ses tantes ; mais cette parente est morte. Enfin , une voisine la reçoit chez elle par commisération.
Est-ce par suite de ces émotions et de ces chagrins coup sur coup , en tout cas, elle affirme que son ventre s'est enflé beaucoup plus rapidement depuis ce vendredi.
Elle arrive à la Maison Ste-Anne le mercredi 11 mai, à 3 h. 12.
Examen. — Fille de taille au-dessous de la moyenne , anémique , sans traces de syphilis. Ce qui frappe d'abord c'est le volume du ventre beaucoup plus considérable qu'il ne l'est chez une femme au terme d'une grossesse ordinaire. La tumeur qu'il forme n'est pas étalée mais saillante , présentant dans le flanc droit une grosseur du volume des deux poings.
La palpation me fait constater que la tumeur est de form nettement ovoïde, à grosse extrémité supérieure, remontant jusqu'à l'épigastre. Elle est fortement tendue, dure même, mais se durcit davantage de temps en temps penda-ut une dizaine de seconde. Il m'est difficile de sentir des saillies et des inégalités comme celles que présente ordinairement un fœtus dans a matrice. La fluctuation est d'une netteté remarquable dans tous les points. La petite tumeur latérale ne présente pas la consistance d'une partie dure, et, de plus, elle estégalement fluctuante. La mensuration donne 95e- de circonférence.
Par l'auscultation, en aucun point je n'entends de doubles battements fœtaux, mais, de temps en temps, comme un léger
rôlemeDt. Je fais cependant prendre à la femme plusieurs positions : assise, couchée sur le dos et sur l'un ou l'autre côté. Le souffle utérin s'entend facilement. Par le toucher , j'arrive sur le col entr'ouvert, épais encore de presque une phalange, admettant très facilement l'index. Je sens la poche des eaux. Mais j'ai beau la déprimer , nulle part je ne trouve de partie fœtale.
Le diagnostic le plus probable à ce moment est celui d'hydramnios, avec présentation fœtale inconnue. ■ A 6 heures , commencent les douleurs, régulières, normales comme force et durée, survenant tous les quarts d'heure environ. Vers 7 heures, elle perd un peu d'eau.
A 8 heures, le col , toujours épais d'une phalange , présente une dilatation comme une pièce de 2 francs.
A 11 heures, les douleurs sont plus rapprochées et plus longues. Le col ne varie pas. Je sens an-dessus du pubis, très haut, une partie fœtale qu'à sa consistance je crois être le siège.
A minuit , douleurs fortes , le col s'amincit un peu sans se dilater.
A une heure , même état , la fsmme souffre considérablemsnt, toujours dans le bas ventre. Belladone sur le col.
A 3 heures , l'utérus est pour ainsi dire tétanisé. La femme se plaint continuellement , la dilatation n'avance pas.
A 5 heures, même état du col ; la femme vient de sentir un mouvement assez fort de son fœtus.
A 7 heures , pas de changement , la femme s'épuise.
A 9 heures , la dilatation a augmenté et se trouve un peu plus grande qu'une pièce de cinq francs. Le col est aminci.
A 9 heures 1/4 , M. le professeur Faucon constate cette situation et fait donner un grand bain tiède avec 5 gr. de pommade de belladone sur le col. La friction belladonée est faite : on préparait le bain, quand la poche des eaux se rompt.
Une quantité considérable de liquide s'écoule. La femme est immédiatement soulagée; je pratique le toucher et je crois sentir une épaule et le creux de l'aisselle. J'introduis assez facilement la main entière pour faire la version et remontant le long du membre , je reconnais à son extrémité un talon. Je retire la main et sens , en effet , en bas le coccyx et le pénis que je fais nettement mouvoir en tous sens. Il est dirigé en avant et à gauche, c'est donc une position sacro-iliaque droite postérieure. Au moment où j'introduisais la main il s'est écoulé un peu de sang. Le tronc sorti , la tête reste quelques secondes sous le pubis et est facilement extraite. L'utérus revient parfaitement sur lui-même , il s'écoule très peu de sang. Le placenta entier sort au bout de cinq ou six minutes.
L'enfant est du volume d'un fœtus de 6 à 7 mois; son poids est de lk- 500, sa longueur de 37e- L'autopsie qui sera faite à courte échéance permettra de préciser son âge.
Le placenta est volumineux \ du poids de 700 gr. Ses faces fœtale et utérine ne présentent rien de particulier. Il n'en est pas de même des membranes : on constate , en effet , entre les membranes externes et l'amnios une infiltration d'un liquide glaireux que l'on peut faire vojager entre ces deux feuillets réunis l'un à l'autre par des filaments cellizleux. Le feuillet amniotique est épaissi , et son aspect ne peut mieux être comparé qu'à celui d'une feuille de colle de Flandre très transparente. On ne voit pas sur la caduque de plaques blanchâtres ni traces d'hémorrhagies.
Le cordon est normal et mesure 47e-
Le liquide amniotique qui s'est écoulé en quantité considérable (on peut l'évaluer à 7 litres), avait sa coloration ordinaire, légèrement blanchâtre , sans grumeaux , sans odeur urineuse.
Les suites de l'accouchement ont été on ne peut plus heureuses. La femme a été mise à une diète sévère pour empêcher la montée du lait.
Le cinquième jour il ne s'était pas encore manifesté la moindre poussée du côté des seins. La température n'a pas dépassé 38°,2.
L'enfant enveloppé dans de la ouate a vécu jusqu'au samedi à deux heures. Le vendredi , ses membres inférieurs se sont œdématiés , d'un œdème dur. Ses mains se sont également gonflées. Il boit à plusieurs reprises une cuillerée à café de lait. On ne parvient pas à le réchauffer, sa température dans l'aisselle est de 28°4. De temps en temps il pousse un faible vagissement.
\j autopsie faite avec le plus grand soin n'a donné que des résultats négatifs.
La veine ombilicale , dans son trajet intra-abdominal , est perméable. Le foie, le cœur, les reins, les poumons, tout paraît sain et normal. Le tissu cellulaire est fortement infiltré. Pas de point d'ossification dans l'extrémité inférieure du fémur.
Etant donné les particularités que présentent les membranes et l'absence de lésions fœtales, nous croyons que, dans ce cas, l'hydropisie était d'origine maternelle, et l'examen microscopique nous eût peut-être montré le réseau lymphatique de Winkler (Voir Pathogénie).
OBSERVATION II. (personnelle).
Hydramnios datant du début de la grossesse. — Fœtus mort né.
Guilb. . ., Louise , 35 ans , mariée , a eu 9 grossesses sans accidents. Le dernier accouchement a eu lieu en juin 1880. Elle a nourri l'enfant pendant quelques mois. Elle n'a vu ses règles qu'une seule fois du 14 au 22 octobre 1880 et c'est à cette époque qu'elle a conçu , n'ayant pas vu son mari avant.
Dès le début de sa grossesse , elle remarque un développement exagéré du ventre qui , à 6 semaines, était aussi volumineux qu'il l'est normalement à 4 mois. Elle souffre de palpitations depuis les premiers jours. Son ventre s'est développé uniformément, sans poussées et sans accidents. Il y a environ deux mois , elle reçut sur l'abdomen un choc un peu violent , mais n'a rien remarqué à sa suite.
Les troubles n'ont commencé qu'il j a 3 semaines. Ses malléoles, qui ne s'œdématiaient qu'après de grandes fatigues, se sont enflées depuis lors, d'une façon permanente. Depuis cette époque aussi, elle vomit souvent, mais il n'y a que 2 ou 3 jours quelle ne peut rien garder. — La respiration n'est que médiocrement gênée. La nutrition générale se fait mal: elle a beaucoup maigri, surtout dans ces derniers temps. Les urines sont rares, épaisses, d'un rouge jaunâtre. Aucun signe de syphilis.
Examen. — Le ventre est beaucoup plus développé qu'à terme. Il mesure 103 cent, dans sa plus grande circonférence. La peau est tendue, luisante. Le côté droit du fond de l'utérus est un peu plus élevé que le gauche.
Par le palper on sent que cette tumeur arrive jusqu'aux eartilages costaux et plonge au-dessous d'eux. La résistance de ce globe est très marquée, de même que la sensation de flot. On le sent parfois se durcir sous la main , pendant 7 ou 8 secondes. — Nulle part on ne rencontre de parties fœtales. Pas de mouvements actifs du fœtus. La mère ne les sent plus depuis environ 15 jours. — La percussion donne de la matité dans toute l'étendue de l'abdomen. — L'auscultation est absolument muette en ce qui concerne les battements fœtaux. Le souffle utérin est normal. Par le toucher on trouve le col long de 1 cent, environ, admettant le doigt. La partie fœtale bui se présente est tellement mobile , on la fait ballotter si aisément qu'il est probable que c'est la tête.
Il doit y avoir en même temps une légère ascite , car il existe une petite tumeur ombilicale. Après cet examen, on s'arrête au diagnostic : hydramnios avec foetus de 7 mois, mort. Toutefois, une réserve est à faire, pour la possibilité d'une grossesse gémellaire, n'ayant aucune raison ni pour l'admettre ni pour la rejeter.
On essaye de calmer les vomissements avec de l'eau de seltz, des boissons froides , et les douleurs avec une injection de morphine. On ajoute, en même temps, une potion avec 30 gr. de cognac.
4 Mai. Rien à noter.
Dans la nuit du 4 au 5 « la malade souffre beaucoup , mais n'a pas de douleurs « comme pour accoucher» et ne fait appeler personne.
Accouchement. — Le 5, vers 8 heures du matin, en se mettant sur le vase de nuit , elle perd un quantité considérable d liquide.
Je la touche et trouve la dilatation complète. Je sens une tumeur arrondie, mollasse, facile à confondre avec le siège ; mais en déprimant en plusieurs points , j'arrive toujours à trouver un plan osseux à peu près à la même profondeur. C'est donc la tête, dont le cuir chevelu est fortement infiltré.
L'accouchement ne présente rien de particulier. La totalité de liquide qui s'écoula peut être évaluée à 6 litres. Il était de couleur jaunâtre et d'odeur urineuse facile à constater.
Le placenta était mou, les membranes et le cordon normaux. L'utérus revint parfaitement sur lui-même. J'eus soin, une fois la tête sortie , de maintenir le tronc dans le vagin afin de ne laisser s'écouler le liquide que peu à peu. Il n'y eut aucune hémorrhagie.
La femme, qui n'avait pas vomi pendant le travail, put aussitôt prendre du bouillon sans le rejeter. — Les suites de touches furent des plus heureuses. Au 3e jour les seins n'avaient
encore été le siège d'aucune montée de lait. La température maximum fut de 38°,4. Elle sortit, très bien remise, le 17 mai.
Autopsie du fœtus. — Tissu cellulaire fortement infiltré , larges phlyctènes soulevant l'épiderme. Dans le péritoine , la plèvre , le péricarde , on trouve du liquide citrin en grande quantité. Les parois de ces séreuses sont lisses. Tous les autres organes paraissent sains. En somme, autopsie négative.
La cause de l'hydramnios nous échappe dans ce fait.
OBSERVATION III. (personnelle).
Hydramnios. — Avortement à $mois 1/2.
Denn . . . , Julie , 21 ans , célibataire , entre à la Maison Ste-Anne, le 15 juillet, à 11 heures du soir. Elle est, dit-elle, en travail depuis 18 ou 20 heures. C'est sa seconde grossesse : elle a accouché pour la première fois en 1879, sans accidents. Elle a cessé de se voir en janvier 1881 et se croit enceinte de 6 mois 1/2 environ. Sa grossesse a été très normale, sans troubles d'aucune sorte et ne l'a jamais forcée de quitter son travail très fatigant d'ouvrière de fabrique. Pas de syphilis.
Examen. — Le ventre est plus volumineux que ne le comporte l'âge présumé de la grossesse. La saillie plus marquée du fond de l'utérus à gauche attire mon attention. Ayant déjà remarqué ce fait dans un cas d'hydramnios, je recherche la fluctuation qui se constate très nettement.
ku. palper, l'utérus n'est pas tendu, ni résistant, mais on sent cependant avec peine quelques parties fœtales. Les bruits du cœur sont faibles , mais s'entendent à gauche. Souffle utérin normal.
Au toucher, dilatation de 5 cent, environ , poche des eaux
saillante, la tête du fœtus très mobile, paraissant se présenter en 0. I. G. A.
A 1 heure 3/4 du matin , la dilatation est complète , et les douleurs fréquentes. La poche des eaux résistant aux violentes contractions, je la romps avec l'ongle de mon index. Il s'écoule un flot de liquide bientôt arrêté par la descente de la tête. Celle-ci, vigoureusement chassée, sort de la vulve: aussitôt un jet de liquide est lancé à plus de lm,50 de la femme.
J'empêche le tronc de l'enfant de sortir pour permettre au liquide de s'échapper lentement et prévenir une déplétion trop brusque de l'utérus. Celui-ci revient parfaitement sur lui-même .
La délivrance a lieu normalement, sans perte de sang. Les membranes, le placenta et le cordon, 25 cent., paraissent normaux.
L'enfant mesure 38e- 1/2. Le diamètre BP = 8, OF = 8, sus OM = 10.
Ses membres s'œdématièrent dans la journée d'une façon prononcée et il mourut le lendemain à 3 heures du matin.
Son autopsie fut négative au point de vue des lésions macroscopiques.
OBSERVATION IV. (personnelle).
Hydramnios de moyenne abondance. — Accouchement à 8 mois. Fœtus sain et vivant.
H . . . , Marie , 24 ans , célibataire , est enceinte de 8 mois seulement ; sa grossesse s'est passée sans accidents; à aucun moment , elle n'a vu son ventre se développer plus rapidement et c'est progressivement qu'il a atteint le volume actuel.
La forme du ventre présente, comme dans le cas précédent, une saillie de la partie gauche du fond de l'utérus plus prononcée
qu'à droite. Cette saillie, qui donne au ventre la forme d'un cœur de carte à jouer irrégulier , est dépressible , fluctuante , comme d'ailleurs le reste de l'utérus.
Le palper ne donne pas de résultats.
Je ne parviens à entendre les battements fœtaux qu'en faisaut coucher la femme sur le côté gauche. Le souffle utérin s'entend comme d'ordinaire.
Par le toucher vaginal on arrive sur une tête qui paraît petite ; elle est peu mobile. L'accouchement se fit spontanément et normalement. L'enfant, quoique petit, était vivace et vécut en effet.
Je n'ai rien pu découvrir sur le placenta et ses annexes. — La totalité du liquide dépassait cartainement 2 litres.
Les cas de ce genre doivent être communs, et nous ne l'avons relaté ici que parce qu'il présentait tous les signes de l'hydramnios dans sa forme la plus bénigne.
OBSERVATION V. ( personnelle).
Hyd^amnios chronique. — Début à 6 mois. — Fœtus hydrocéphale et ascitique.
T. . . , Marie , 30 ans , ménagère , est actuellement enceinte de 8 mois. C'est sa 3e grossesse. Les deux premières n'ont rien r é senté de particulier. Pas de traces de syphilis.
dans le volume de son ventre. Mais, à cette époque, elle le vi grossir, non pas brusquement, mais progressivement et plus rapidement que cela ne se passe d'ordinaire , surtout depuis
trois semaines. Elle n'a éprouvé d'accidents d'aucune sorte, à part la gêne causée par le poids du ventre. Elle était, suivant son expression , simplement « lourde » et travaillait encore la veille de son entrée à la Maternité Ste -Anne , le 5 septembre.
Examen. — Ventre énorme, régulièrement globuleux, sans dépressions ni saillies. Sa circonférence mesure lm,10 au point le plus saillant. La paroi est tendue, luisante, se laisse à peine déprimer et ne permet de sentir aucune partie fœtale. Cependant, en enfonçant profondément les deux mains de chaque côté du pubis, on sent une tumeur qui paraît être la tête. La fluctuation est d'une netteté manifeste en tous les points. Je ne puis toutefois la percevoir, un doigt appuyant par le vagin sur la poche des eaux, tandis que je percute la paroi abdominale.
La percussion donne une matité absolue partout, et l'on ne trouve la sonorité que sous l'hypochondre gauche en arrière.
L'auscultation donne des résultats presque négatifs: deux fois il nous a semblé, à M. le professeur Eustache et à moi , entendre de faibles battements, en haut et à gauche ; mais en somme, pas de signe objectif certain de la vie de l'enfant. Le souffle utérin s'entend normalement. Par le toucher vaginal, on ne rencontre aucune présentation ; la poche des eaux d'ailleurs, qui bombe à travers le col dilaté comme une pièce de 5 francs, empêche le doigt de pénétrer profondément.
Quelques varices, un œdème sus-pubien assez marqué , pas d'infiltration des membres inférieurs, ni des grandes lèvres, voilà les symptômes insignifiants de voisinage.
L'enfant remue beaucoup moins depuis quelque temps, mais la femme l'a encore senti hier soir.
La dilatation augmentant peu à peu, l'indication était d'empêcher l'évacuation trop brusque du liquide. M. Eustache veut bien me laisser introduire moi-même une sonde en gomme, munie d'un mandrin. Je pénètre à une certaine hauteur entre les membranes et la paroi utérine, et je cherche à perforer la
poche. Mais le bout de la sonde n'étant pas assez pointu, au lieu de perforer simplement les membranes, je les déchire. Le liquide s'écoule : j'introduis dans le vagin ma main qui forme pour ainsi dire bouchon, et laisse écouler les eaux à mon gré. Dès le début, j'avais senti la tête descendre en 0. 1. G. A, mais je pus facilement, du bout du doigt, la maintenir à distance. L'utérus revint lentement sur lui-même y et quand , pendant un quart d'heure, il se fut écoulé 6 litres de liquide, la tête vint s'appliquer sur le col, l'écoulement s'arrêta. Le ventre n'avait plus que le volume d'une grossesse à terme. On entendait les battements fœtaux, à gauche, au-dessous de l'ombilic. Les douleurs se rapprochèrent, la lèvre postérieure se déchira jusqu'au cul-de-sac. Enfin, l'enfant se dégagea normalement. Un reste de liquide s'échappa, et, quelques instants après, le placenta et les membranes au complet, sortaient de l'utérus, sans tractions.
L'utérus, un peu volumineux, formait un globe de sûreté parfait. La femme prit cependaut 1 gramme d'ergot de seigle.
L'enfant, ascitique , hydrocéphale , fit quelques mouvements respiratoires, et, malgré tous les soins qu'on put lui donner, mourut bientôt. Malheureusement, par suite d'un malentendu , j'ai eu le très vif regret de ne pouvoir faire son autopsie qui eût été certainement très intéressante.
Le liquide jaune citrin , ne présentait aucune odeur. La quantité totale mesurée était de 10 litres.
L'absence d'autopsie rend cette observation, si intéressante au point de vue clinique, sans valeur pour la pathogénie.
OBSERVATION VI. (personnelle).
Hydramnios chronique. — Fœtus de 6 mois 4/2 mort-né. Sténose de la veine ombilicale.
Dev..., Marie, étira geuse , 38 ans, a eu 5 enfants, le dernier en 1880. Elle se croit actuellement enceinte de 6 mois et demi. Sans causes connues, elle a cessé de sentir remuer son enfant depuis une quinzaine de jours. Elle souffre de douleurs régulières depuis quinze heures. Le ventre n'est pas volumineux, quoique plus développé que ne le comporte l'âge de la grossesse. — On perçoit la sensation de flot. Pas de battements fœtaux.
Ail heures 1/2 , la dilatation étant complète , je perfore ht membranes qui sont assez résistantes ; il s'écoule une forte quantité de liquide roussâtre , d'odeur désagréable. La tête se présente en 0. I. G. A. L'expulsion a lieu spontanément et est suivie d'un écoulement d'eau dont la totalité peut être évaluée à près de 2 kilogs.
Le fœtus est macéré et ne présente pas de lésions. Le placenta est petit , mou ; les membranes normales. Mais le cordon offre une particularité intéressante. Sa longueur est de 40 cent.; à 15 cent, du placenta, il est entortillé sur lui-même, formant comme un faux nœud. A ce niveau, la veine ombilicale est épaissie et son calibre au moins 3 fois moindre que plus loin. Chose singulière , la veine est dilatée non pas dans l'extrémité placentaire, mais en aval de la sténose , du côté du fœtus. Une injection, poussée dans la veine par le bout placentaire, ressort par l'autre extrémité, mais on a conscience d'un obstacle à franchir.
Il est naturel, pensons-nous , de rapporter à la dimi-
nution du calibre de la veine, la mort de l'enfant, et la surabondance relative du liquide amniotique.
OBSERVATION VII. (personnelle).
Hydramnios légère. — Fœtus mort-né. — Oblitération de la veine ombilicale par torsion.
Holb . . . , Alphonsine , 35 ans , mariée , arrive à la Maison Ste-Anne , le 17 septembre 1881 , soutenant le tronc de son enfant à moitié expulsé. C'est une présentation du siège. Elle dit avoir perdu subitement beaucoup d'eau. La tête se dégage et il s'écoule encore une certaine quantité de liquide.
L'enfant , paraissant avoir 5 mois et demi , est mort et un peu macéré. Le placenta est très petit, les membranes normales.
Le cordon, long de 45 cent., est très curieux à étudier. A partir du placenta, il présente un aspect moniliforme, une série d'ampoules séparées par des points rétrécis. Puis, au-delà, le cordon est tellement tordu sur une longueur de quelques centimètres, que l'épaisseur totale n'est plus que de 3 millimètres. Immédiatement au-dessus , une nouvelle ampoule contenant du liquide qu'il est impossible de faire refluer à travers le rétrécissement. Au-delà , le cordon reprend ses caractères presque normaux.
Cette pièce sera conservée au musée de notre Faculté.
Il y a tout lieu de croire que l'abondance des eaux et la mort de l'enfant ont été occasionnées par cette torsion si marquée du cordon ombilical.
OBSERVATION VIII ( Thèse de B\r).
Phlébite des branches d'origine de la veine ombilicale. Hydramnios. {Résumée) .
La nommée Th. . ., sans syphilis, accouche le 11 août 1880, d'une fille macérée du poids de 1960 gr., de 42 c. de longueur. - — Environ 2 litres de liquide amniotique. La femme avait cessé de sentir les mouvements de l'enfant depuis 3 semaines , en même temps que son ventre grossissait rapidement.
Autopsie du fœtus. — Les différents viscères ne présentent que des signes de macération.
Le cordon est volumineux et œdématié. Artères vides , un mince caillot dans la veine ombilicale. Au placenta, des 5 branches de division de la veine, 3 sont imperméables. Celles-ci, à travers l'amnios, ressemblent à de gros cordons jaunâtres et durs. Après les avoir coupés transversalement, on peut en faire sortir du pus. L'examen histologique a montré, dans ces canaux, une véritable phlébite.
Placenta. — Le département correspondant aux veines altérées est pâle. Au microscope , l'on a trouvé un œdème accentué des villosités choriales. Membranes œdématiées. Pas de vaisseaux sanguins adhérant à l'amnios.
L'œdème des membranes et par suite l'hydramnios peuvent s'expliquer par cet obstacle à la circulation en retour.
OBSERVATION IX. (Thèse de Bar).
Syphilis du foie. — Hydramnios (Résumée).
G.... Marie, 23 ans, primipare, enceinte de 8 mois et demi. Syphilis secondaire actuelle , prouvée par des plaques muqueuses sur les grandes lèvres et les amygdales. On trouve tous les signes de l'hydramnios chronique.
Expulsion spontanée le 14 octobre d'une fille vivante , du poids de 1250 gr. — 3.600 gr. de liquide amniotique, couleur iaune verdâtre, contenant de l'albumine et de l'urée.
Le cordon , long de 43 cent., ne présente qu'une artère et une veine ombilicale. Malgré la syphilis de la mère, le placenta est normal ainsi que les membranes.
L'enfant meurt 24 heures après sa naissance.
Autopsie. — Œdème des membres inférieurs. — Un peu de liquide citrin dans le péritoine. — L'artère ombilicale gauche fait défaut.
Le Foie adhère à la paroi antérieure de l'abdomen et en un point au diaphragme. Au niveau des adhérences, on trouve des masses blanches fibreuses de forme circulaire , qui ressemblent à des blocs fibreux, s'enfonçant dans le parenchyme hépatique, à une profondeur de 1 cent, à 1 çent. 1/2. — - Sur le bord antérieur du lobe droit , masse fibreuse de même aspect , plus volumineuse.
Examen histologique. — Dans ces points fibreux , on ne peut plus reconnaître le tissu du foie ; leurs parties centrales contiennent un grand nombre de noyaux.
Des bords de ces gommes , on peut voir partir de grandes travées fibreuses qui s'insinuent dans les espaces interlobulaires, et s'avancent jusqu'à une certaine profondeur dans l'intérieur du foie. Les lobules sont envahis , les cellules altérées , disso-
ciées et atrophiées. — En dehors de ces gommes , on trouve , dans toute l'épaisseur du foie , de petites masses grisâtres , formées par une hypertrophie du tissu fibreux, entre les lobules et dans leur intérieur. La lésion semble suivre le trajet des vaisseaux sanguins.
En un mot , outre les gommes, il y a une hépatite , syphilitique diffuse.
Bar donne encore deux observations tout à fait analogues et aussi concluantes. Nous nous bornons à celle que nous venons de rapporter et qui nous paraît devoir entraîner la conviction que, l'hydramnios a été dans ce cas sous la dépendance des lésions syphilitiques du foie, entravant la circulation par sa localisation autour des vaisseaux. Pour ce dernier point, nous renvoyons le lecteur a ce que nous avons dit au sujet de la Pathogénie .
OBSERVATION X. (Thèse de Bar).
Lésions cardiaques. — Congestion du foie. — Hydramnios. [Résumée).
La nommée T . . . , accouche le 9 septembre 1880 . Enfant cyanosé , n'a pas respiré. Environ deux litres de liquide.
Autopsie. — Poids 3k.010. Longueur 0.52 cent. Foie paraissant congestionné. Œdème du ligament suspenseur. Veine ombilicale dilatée, épaissie.
Cœur. Très hypertrophié : ecchymoses sous - péricardiques. Le cœur droit surtout est hypertrophié. Le ventricule droit présente 45 m/m de hauteur, 36 m/m de largeur et 7 millimètres d'épaisseur au niveau de l'infundibulum.
L'oreillette et le ventricule sont considérablement dilatés. Le trou de Batal n'est pas oblitéré. La valvule tricuspide n'est pas suffisante. L'orifice de l'artère pulmonaire laisse facilement passer le petit doigt ; l'artère est elle-même très dilatée. — A 1 cent, au-dessus de cet orifice, l'artère pulmonaire, dont les parois sont épaissies, se rétrécit tout à coup, et laisserait à peine passer une plume de corbeau.
Le cœur gauche est normal. Ecchymoses sous-pleurales.
La cause de l'hydramnios réside évidemment dans ces lésions . Il eut été cependant intéressant de savoir si l'hydropisie avait débuté avec la grossesse. L'observation est muette sur ce point.
OBSERVATION XL ( Dubois).
Influence favorable de la saignée dans l'hydramnios.
Une femme épileptique de naissance devint enceinte. Les accès d'épilepsie furent presque suspendus et la grossesse n'offrit rien de particulier, si ce n'est que l'abdomen était plus volumineux qu'il n'aurait dû l'être ; — à 4 mois 1/2 survinrent, sans cause apparente , des contractions utérines qui furent suivies de l'expulsion d'une grande quantité d'eau et d'un fœtus mort , et tellement infiltré , que la forme des parties était absolument méconnaissable. — La femme se rétablit. Aune 2e grossesse, elle présenta des signes de pléthore très accentués, on fit à la femme plusieurs saignées. Elle avorta dans les mêmes circonstances, mais du 6e au 7e mois seulement.
3e Grossesse. — Saignée copieuse. Grossesse sans hydramnios Enfant à terme, bien portant.
4e Grossesse. • — Saignée. Pas d'hydramnios.
5e Grossesse, — Saignée tardive à 6 mois , signes d'hvdramnios à marche rapide. Avortement; 4 ou 5 pintes de liquide.
6e Grossesse. — Saignées répétées dès le début: accouchement à terme, pas d'hydramnios .
OBSERVATION XII. (Charpentœr)
Eijdramnios aiguë à 5 mois. — État général grave. — Avortement.
Le 20 mars 1879, M. le Dr Bergeron me fit l'honneur de me confier une de ses clientes, Mme G..., rue Saint-Martin, enceinte pour la deuxième fois. Mme G..., Hongroise d'origine, est une femme mignonne, pâle, délicate , bien conformée et qui n'a jamais eu que des indispositions , sauf depuis deux ans où elle a été à plusieurs reprises , atteinte de troubles gastriques et de douleurs névralgiques. Réglée à 13 ans 1/2 régulièrement, elle a aujourd'hui 27 ans. Première grossesse il y a 5 ans 1/2. Elle s'est bien remise et n'a jamais eu depuis de troubles utérins.
Dernière époque le 10 octobre 1878. Elle est donc enceinte, au moment où je la vois pour la première fois, de 5 mois environ. Les débuts de la grossesse ont été assez pénibles. Nausées, vomissements fréquents, troubles gastriques assez prononcés s'accompagnant d'un état de faiblesse notable. Pâleur très prononcée, bruit de souffle anémique au cœur et dans les vaisseaux du cou. Migraines fréquentes et douleurs névralgiques faciales. Au moment où je vois Mme G. . le ventre est um peu plus volumineux que ne le comporte l'âge présumé de la grossesse. 11 semble y avoir une notable quantité de liquide amniotique. Le fœtus est petit, très mobile. Les mou-
vements actifs sont très prononcés et Mme G... se plaint qu'ils sont doulonreux. Pendant quinze jours, rien de particulier.
Dans les premiers jours d'avril, MmeG... me fait appeler. Il y a une constipation opiniâtre. Les vomissements, qui avaient cessé depuis près de deux mois, reparaissent plus fréquents, plus douloureux, et la malade se plaint de douleurs vives dans la région intercostale droite. En même temps, elle se sent prise d'un état de faiblesse et de malaise qu'elle ne peut définir. Battements du cœur du fœtus très nets. Souffle utérin, fièvre, insomnie. Le sulfate de quinine, les purgatifs légers (huile de ricin, eau d'Hunyadi) employés d'une façon régulière, amènent un léger soulagement à la constipation, mais MmeG... est prise à plusieurs reprises de syncopes plus ou moins complètes.
Le 6 avril. — Douleurs excessivement vives dans le ventre accompagnées d'un développement rapide et insolite du ventre. Fluctuation très nette. Les douleurs ont toujours leur summum au niveau de la région intercostale droite, mais elles envahissent la région intercostale gauche et la partie supérieure du ventre. Le bas ventre reste moins douloureux, mais le moindre attouchement dans la partie supérieure est extrêmement pénible. Fièvre. Pouls à 120. Température, 39. Agitation. Vomissements. Insomnie. Décubitus latéral impossible, la malade est obligée de garder le lit, le buste relevé par des oreillers. Langue humide, légèrement saburrale. Le ventre en 24 heures a presque doublé de volume^ représentant une grossesse de 8 mois . Les battements du coeur fœtal, difficiles à percevoir à cause de la sensibilité du ventre, existent pourtant. La malade sent moins remuer son enfant. (Sulfate de quinine. Injections souscutanées de morphine matin et soir). En deux ou trois jours tous les phénomènes vont s'aggravant notablement. La fièvre devient plus vive. Les vomissements deviennent incessants. Diarrhée. Urines rares, pas d'albumine. Oppressions, insomnie. La malade est dans une agitation constante, ne sachant qu'elle position prendre dans son ht, qu'elle est obligée de garder-.
Quand elle se lève elle a une syncope. Le ventre augmente notablement et en même temps les douleurs s'aggravent et s'irradient dans toute la région hypogastrique.
Le 7. Absence de mouvements fœtaux, pas de battements du cœur. Pas de modifications du col. Ballottement très net. Présentation de l'extrémité céphalique.
Le 10. Le ventre a encore augmenté, il a 98 cent, de circonférence. Aggravation de l'état général. Même traitement»
Les 11, 12, 13. Rien de particulier. Le ventre ne semble pas augmenter, mais l'état général est de plus en plus mauvais.
Le 14. Outre les douleurs, apparaissent des contractions utérines reconnaissables à leur caractère intermittent. Le col s'efface et tout semble faire prévoir un accouchement prochain. Même état général.
Le 15. Dans la nuit le travail se déclare et Mme G. . . accouche d'un enfant mort et macéré représentant un enfant de
5 mois 1/2 environ. La mort de l'enfant semble remonter à peu près à une huitaine de jours. L'épiderme s'enlève facilement , mais le ventre n'est pas affaissé. La tête conserve sa forme et n'est pas encore sérieusement ramollie. Des bulles remplies de liquide séro-sanguinolent se voient sur le corps de l'enfant par places. Les unes sont déchirées, les autres intactes. Il s'écoule environ
6 à 7 litres de liquide amniotique , rouge brunâtre , mélangé de sang.
Le placenta et les membranes examinés avec soin n'ont présenté en apparence aucune lésion (l'examen microscopique n'a pas été fait). Une légère hémorrhagie suit la délivrance.
Les suites de couches ont été normales , la malade s'est rétablie lentement mais progressivement, tous les accidents n'ayant réellement disparu qu'au bout de quinze jours. Les vomissements ont cessé dès le lendemain de la couche, mais la fièvre et les douleurs ont persisté encore pendant 8 jours.