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les saillies de l'avant-pied que la couture ne risque pas ainsi de blesser. Certains sujets ne peuvent supporter les brodequins parce que le haut des quartiers les blesse : le bord est pourtant abaquarré en dedans, c'est-à-dire que l'ongle vif du cuir est abattu, mais l'arrière est renforcé par la baguette et présente une certaine rigidité. Les courtes guêtres cousues en haut des quartiers, à la manière américaine, doivent neutraliser en partie l'effet du ballottement de la jambe à ce niveau et diminuer ces désagréments. Ce procédé permet, en abaissant la hauteur des quartiers, de diminuer le nombre des œillets pour le laçage et rend l'ajustement de l'ensemble brodequin-guêtre très rapide.
L'arrière est renforcé par le contrefort qui empêche la torsion et l'éculement des quartiers. Placé à l'extérieur pour éviter qu'il ne blesse le pied en se repliant, il est en cuir de même nature que la tige, donc pas assez rigide, et nécessite l'emploi d'un sous-contrefort (en collet lissé battu comme le bout dur). Il est symétrique, s'arrêtant en avant au bord antérieur du talon, des deux côtés. Il pourrait être allongé un peu du côté interne, car c'est de ce côté que la chaussure s’écule en général, le talon tendant à être dévié en dehors alors que la partie interne de la chaussure tend à s'appliquer contre la voûte plantaire, gênant son jeu physiologique. Du côté externe il y aurait intérêt à abaisser le contrefort au-dessous de la malléole, plus basse et plus saillante que du côté interne et qui peut être blessée par un pli du quartier se formant à ce niveau. à
Le contrefort est prolongé en haut par une baguette destinée à empêcher la formation d'un pli du quartier pouvant blesser le pied. Ce résultat n'est pas toujours obtenu, Morgan BoyERs, signale des accidents de ce genre même avec les « rangers » de l'armée américaine. Il est difficile d'empêcher la formation d'un pli au niveau de l'articulation tibio-tarsienne, il ne faut pas que ce pli soit
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trop accusé, pour cela il faut de bonnes coutures, un bon choix des pointures et un bon entretien.
Pour éviter la formation de plis au niveau des pièces de la tige, on tient compte, dans le découpage, du « prêtant » de la peau, sens suivant lequel la peau est capable de s'étirer (perpendiculaire à la ligne du dos de l'animal). Le prêtant doit être dirigé d'avant en arrière pour l'empeigne, de haut en bas pour les quartiers.
Les pièces de la tige sont en croupon de vache corroyé et nourri, ce cuir a subi un tannage végétal, puis l'incorporation d'une certaine quantité de matière grasse, ou nourriture, opération qui a pour but de le rendre souple et imperméable. L'épaisseur ne doit pas dépasser 2,6 mm, ces cuirs sont donc « refendus », on enlève l'excédent d'épaisseur en conservant le côté fleur (celui où était le poil), le reste, côté chair, est vendu sous le nom de croûte. La tige du brodequin français manque souvent de souplesse, ce qui est peut être dû à une trop grande épaisseur du cuir et à une insuffisance du corroyage. Le côté fleur absorbe plus facilement l'eau que la graisse, à l'inverse de l'autre face, mais on peut le cirer. Les anciens brodequins américains étaient montés fleur en dehors, on leur reprochait parfois d'être assez peu imperméables.
Le manque de souplesse provient souvent aussi d'un défaut d'entretien. Autrefois, d'après une décision de 1863, le graissage devait être effectué trois fois par an avec une composition appelée « nourriture Mironde » ; c'était une opération si compliquée qu'elle était rarement faite, et jamais correctement. Le graissage devrait se faire au moins tous les quinze jours, plus souvent en temps de pluie. On insiste, généralement sur le fait que la chaussure doit être graissée quand elle est encore humide, qu'on ne doit pas la faire sécher au feu. TOURAINNE proposait une préparation qui « très onctueuse, dit-il, peut servir aussi contre le coryza et pour l'entretien des armes ». Il y aurait inté-
rêt à fournir la troupe régulièrement en produit d'entretien,
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% à enseigner au soldat à graisser ses chaussures et à surveiller cet entretien.
Tige et semelage sont réunis jusqu'au bord antérieur du talon au moyen d'une trépointe, bande de cuir en collet lissé, égalisé de 3 mm d'épaisseur sur 20 mm de large environ, ce qui donne un assemblage solide, étanche, et souple. La tige, la trépointe et la semelle première sont réunies par la couture en première, dont la réalisation à l'aide de machines nécessite une certaine préparation de la semelle première : on entaille le bord de celle-ci à 2 mm de la surface fleur, c'est le gravurage, on relève le bord de cette fente du côté chair pour former un épaulement perpendiculaire à la surface de la semelle : c'est le « mur ». On renforce ensuite la semelle de côté en y collant une toile qui doit bien adhérer partout, c'est l'entoilage. Puis on applique la première sur la forme, fleur en dedans (ce côté absorbant mieux la sueur) et la machine coud ensemble le mur, le bas de la tige (avec bout dur et doublure) et la trépointe. On parfait l'imperméabilité avec du goudron végétal. Grâce au mur la première n'est pas traversée par le fil et l'assemblage est bien étanche. Cette couture très importante doit être bien faite.
On place ensuite le remplissage : la cambrure comble le vide laissé entre les bords rabattus de la tige, le cambrillon renforce le semelage sous la voûte plantaire ; enfin, on pose la semelle seconde et le patin, toutes ces pièces sont collés les unes aux autres. La couture en seconde unit la semelle seconde avec la trépointe : c'est elle que l'on voit à l'extérieur. Au niveau du talon l'assemblage est réalisé uniquement avec des chevilles métalliques, mais on fait de plus en plus des chaussures cousues tout autour.
Il ne suffit pas d’avoir de bonnes chaussures, il faut aussi que chaque soldat puisse trouver la paire qui lui convient. On a invité autrefois les réservistes à se faire confectionner sur mesures une paire de brodequins du
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modèle règlementaire, dont le prix leur serait remboursé à la mobilisation. Cela ne peut plus se faire actuellement, peu de gens d'ailleurs se chaussent sur mesures.
Le système centimétrique, utilisé traditionnellement par l'Armée Française pour les pointures, a été critiqué depuis longtemps : un écart de 1 ci entre deux pointures consécutives ne donne pas une gamme suffisante pour chausser convenablement tous les hommes, certains doivent prendre des chaussures trop grandes. On emploie généralement en France le point de Paris, qui donne une pointure tous les 2/3 de cm (6,6 mm) et permet un bon chaussage. Le point anglais, très répandu à l'étranger, et qui tend à se répandre chez nous, a pour base le 1/3 de pouce et comporte des demi-pointures, ce qui donne un écart de 4,2 mm seulement. Le colonel MASSOTTE, jugeant le point de Paris insuffisant, estime qu'adopter le point anglais serait « un pénible recul du système métrique dans le pays qui l'a vu naître » et propose de compléter plutôt le système centimétrique par des demi-pointures.
D'autre part, les 8 pointures de notre système vont de 26 à 33 cm (la pointure représentant la longueur de la semelle première au moment du découpage, soit 2 cm de plus que le pied). BERTHIER insistait déjà sur le mauvais choix des pointures extrêmes (correspondant au 39 et au 49 en point de Paris) ; les pointures 24 et 25 seraient plus utiles que les 33 et 32.
Il faut également que la chaussure soit bien adaptée en largeur. Il y avait autrefois pour chaque pointure, quatre subdivisions correspondant à des largeurs différentes suivant la grosseur des doigts et le coup de pied ; BERTHIER faisait remarquer qu'il faudrait tenir compte également de l'entrée. Depuis la guerre de 1914 les unités ne demandaient plus que la quatrième largeur, aussi maintenant ne fabrique-t-on plus que les deux plus grandes, ce qui est suffisant. :
Quel que soit le système adopté il faudrait que le soldat puisse facilement trouver la pointure qui lui convient. L'idéal serait d'arriver à l'unification des systèmes de pointures utilisés en France. Actuellement le jeune soldat connaît en général sa pointure en point de Paris, il ignore totalement la correspondance en point militaire et personne ne le lui enseigne ; il ignore aussi l'existence des deux subdivisions de largeur. On comprend qu'il soit ainsi difficile de chausser convenablement les hommes, surtout si on veut que les distributions soient faites rapidement. On gagnerait à ne pas équiper le soldat avant d’avoir procédé à des mensurations individuelles en vue de leur faire connaître exactement la pointure qui convient à chacun. Ce serait peut-être, avec l'entretien des chaussures, un des meilleurs moyen d'éviter les blessures de la marche.