‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'Inde (volume 2)Chapitre 35 sur 92 · V, plus haut, p · texte numérisé non relu

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Fig. 28, — Nariviré pu suppua (Cr. Pr. X, 3) &r sa PRéDicA TION (CPE EP),

(Provenant du Magadha. Musée de Calcutta. Hauteur 0",7b.)

mais d'ordinaire on leur donnerait le nom de € Buddhas du présent. du passé, et de l'avenir », et sur ce point son témoignage est confirmé par celui d'Edkins'. La façon dont les visages des trois statues regardent dans des directions différentes devait promptement suggérer cette dénomination ; mais rien ne prouve qu'elle soit traditionnelle n1 surtout qu'il se soit jamais agi du € Triratna » : € Je n'ai jamais, dit M. L. Waddell, trouvé de pareille triade figurée dans le Bouddhisme indien, bien que beaucoup d'auteurs en aient soutenu l'existence, sans toutefois en apporter aucune preuve »°. Nous avons fait pour notre part la même constatation, et cette preuve, jusqu'ici vainement attendue, ce n'est pas dans cette miniature que nous prétendrons la chercher pas plus que dans ses répliques peintes ou sculptées (v. pl. X, retfig. 28)°. Assurément le goût des bouddhistes pour les spéculations symboliques n’est pas niable; et, chez eux, « corbeilles » de textes sacrés, sciences, refuges, joyaux, véhicules, bien d’autres choses encore vont par trois, Jusqu aux trois corps mystiques du Buddha. Mais doit-on soupçonner chez leurs sculpteurs une arrière-pensée métaphysique toutes les fois qu'ils ont exécuté trois fois le même personnage sur la même pierre? À ce compte 1l faudrait admettre que les & trois joyaux » sont trois fois représentés dans les trois compartiments de la petite stèle de la figure 29, puisque chacun d'eux content trois figures du Bienheureux. Or nous

1. V. Eitel, Handbook of ,Chinese Buddhism, p. 182 et Edkins, Chinese Buddhism, p. 245.

2. Cf. L. Waddell, Zamaism, p. 346. — De son côté Cunningham écrit à propos d’un groupe reproduit sur la pl. XXVI de son Mahäbodhi : « C'est la seule représentation du Triratna que j'ai jamais vue. » (p. 55). Or il suffit de comparer cette stèle avec les miniatures inscrites de nos pl. II, V et VIT, pour reconnaitre aussitôt un de ces groupes du Buddha entre Avalokiteçvara et Tärä qui sont mentionnés par Hiuen-tsang (trad. Stan, Julien, t. IT, p. 440).

3. Signalons encore au musée de Calcutta une autre stèle non cataloguée (hauteur 0,70) uniquement consacrée à trois Buddhas pareillement disposés.

avons déjà vu que la scène supérieure représente la descente du ciel des Trayastrimças : nous reconnaîtrons bientôt dans celle du bas la fameuse € tentation »: quant au bas-relief du milieu, l'indication, sur le trône du Buddha central, de la roue de la loi entre les deux gazelles suffit à l'identifier aussitôt comme la scène de la première prédication dans le Mrgadäva, à Benarès. Mais Le piédestal de la figure 28 n’est en somme qu'une variante de ce bas-relief. Sur tous les deux nous trouvons le Buddha enseignant flanqué, en guise d’assistants, de deux autres lui-mêmes. C'est toujours le même procédé tendant à utiliser l’espace disponible par des répéutions du personnage central: tout au plus est-il encore exagéré dans le second monument par le mauvais goût du temps et peut-être

aussi le manque de place.

Su. — Les quatre grandes scènes de la wie du Buddha

Il nous faut donc renoncer à trouver dans ces miniatures des triades symboliques ou sacrées : ce n'étaient, selon toute probabilité, que des scènes légendaires, au même titre que les cinq qui nous restent à examiner, et qui, elles, ne sauraient donner lieu à aucune discussion: car elles parlent assez d'elles-mêmes. On sait que les quatre scènes capitales de la vie du Buddha sont sa natvité, son illumination, son premier sermon et son mrvâäna. Ce sont elles que vous voyez représentées sur la stèle à quatre compartiments de la fig. 29 par exemple ". Ce sont elles déjà qui décorent, sur les quatre faces, les bases carrées de nombreux petits stûpas voufs du Gandhâra. Apparemment l’offrande de tels ex-votos n était même si fréquente que parce qu'elle passait pour équivaloir

1. Ces deux sièles, ainsi que la fig. 30, appartiennent au vieux fonds du musée indien de Calcutta et sont décrites par Anderson (Catalogue, part. 11, p. 7, Sarnäth, n°5 3 et 4).

à l’accomplissement des quatre grands pèlerinages de Kapilavastu, de Bodh-Gayâ, de Benarès et de Kucçinârâ. Or si seulement nous considérons la dernière des miniatures précédentes (min. I, 82) comme une figure du Buddha faisant pour la première fois tourner la roue de la loi, nous consta-

Fie. 29. — Soënes DE LA vie ou supoua (Cr. PL. X).

(Provenant de Särnäth. Musée de Calcutta. Hauteur 0,75 et 0",90.)

terons également la réédition dans notre manuscrit de ces quatre épisodes de la légende : du moins Îles trois autres sont-ils trop clurs, et d’ailleurs trop connus, pour qu'on puisse garder le moindre doute à leur sujet.

Ce qui fait à vrai dire l'intérêt de ces images banales, c'est

qu'elles sont toujours conçues, si mal exécutées qu'elles puissent être, exactement de la même manière que dans l’ancienne école du Gandhära. Prenez par exemple la scène de la natvité : que vous examiniez notre min. I, 78, ou une mimature bengalie (v. pl. X, 3), ou une sculpture du Magadha (fig. 28) ou, toujours en remontant, une stèle de Sàärnâth (fig. 29), ou enfin un bas-relief du musée de Lahore : sur tous vous retrouverez — d'accord avec les textes — la pose de Mâyà, debout, les jambes croisées, soutenue par sa sœur et tenant de sa main levée la branche de l'arbre açoka, tandis que l’enfant-Buddha jaillit par sa hanche droite, et qu Indra tend un lange pour le recevoir. À travers toutes les variantes accessoires et la décadence d'une exécution de plus en plus entorüllée, l'allure générale de la composition subsiste telle qu’elle avait été fixée par l’art supérieur des artistes indogrecs *.

De la nativité nous passons à la Bodhi. Le motif choisi pour réaliser ce moment est celui de la € tentation », quand l’armée démoniaque de Märà et ses filles lascives vinrent tour à tour mettre à l'épreuve le courage et la vertu du nouvel illuminé *. Nous distinguons à peine sur notre miniature (I, 83) quelques restes de figures grimaçantes ou voluptueuses, mais elles suffisent à évoquer le souvenir de la

1. Pour des reproductions de cette scène au Gandhära, v. À. Grünwedel, loc. laud., fig. 44 ; H. Cole, Græco-buddhist Sculptures from Yusufzai (1885), pl. X ; J. Burgess, Gandhära sculptures, pl. X, 1, etc. — Dans le compartiment inférieur de la stèle de droite de la fig. 29, outre la nativité, nous avons encore les scènes (méconnues par Anderson) du Bodhisattva quittant à cheval sa maison et se coupant les cheveux. — Sur notre miniature Indra a gardé l'œil horizontal au milieu du front qui lui est spécial : une autre devatä blanche verse du haut du ciel de l’eau lustrale sur l’enfant-Buddha qui, non sans naïveté, es représenté une seconde fois debout, déjà vêtu de la robe de moine, comme sur la fig. 28.

2. Outre ce motif, on employait encore au Gandhäâra, pour symboliser la Bodhi, l'épisode des quatre gardiens du monde offrant chacun un vase à aumônes

au Buddha : il ne semble pas avoir fait fortune dans le reste de l’[nde.

célèbre fresque d'Ajantä. Un des traits caractéristiques de cette scène est d’ailleurs la pose du Buddha, identique à celle du Vajrâsana que nous avons longuement décrite. C'est à son geste non équivoque, plus encore qu'aux figures plus ou moins séduisantes ou grotesques qui l’abordent ou l’assaillent, que vous reconnaîtrez en toute assurance sa € tentation » sur les deux stèles de la fig. 29”.

Nous intercalerions volontiers 1c1 la miniature I, 82, dont il a été précédemment question, comme signifiant le troisième grand événement de la vie du Maître, à savoir son prenuer sermon. Pour en être sûr, il vaudrait assurément mieux apercevoir, comme sur la stèle de gauche de la fig. 29, la roue entre les deux antilopes. Remarquez pourtant que sur la scène correspondante de la stèle de droite ces symboles n'apparaissent pas et le Buddha y est même assis d’une façon toute différente. C’est qu'ici le point important — et ce trait se retrouve sur notre miniature comme sur son pendant bengah de la pl. X, 1, — c’est avant tout la pose des mains réunies dans le geste de l’enseignement. La dharmacañkra-mudrà est classique dans cet épisode, comme celle du bhümi-sparça dans celui de la tentation.

Nous arrivons enfin au nirvâna (min. E, 85 et dernière). C'est à travers les innombrables reproductions de cette scène répandues dans toute Asie que l’on peut le mieux suivre la fidélité stéréotypée de l'art bouddhique et l'extrême ténacité

1. V. la reproduction de la fresque d'Ajantä dans Räy. Mitra, Buddha-Gaya, pl. IE, ou A. Grünwedel, loc. laud., fig. 31, ou D’ Lebon, Monuments de l'Inde; fig. 16: on y saisit bien le double caractère de cette tentative de terrorisation autant que de séduction, qui se marque également sur les vieux tableaux de la « tentation » de Saint-Antoine. Remarquez qu'à Ajantà (Cf. Burgess, Ajantä, pl. XX) le geste de la main droite du Buddha n'est pas encore stéréotypé avec la paume en dedans, comme sur l’image classique du Vajräsana (v. plus haut, p. 92). On se rappelle que sur la min. II, 2, la scène de la « tentation » est justement reproduite à propos d’une image du Vajräsana (v. p. 94,

note 1).

de ses motifs'. Toujours, depuis que l’école du Gandhâra a créé celui-ci comme les autres, le Buddha est couché sur le côté droit, le bras replié sous la tête, le bras gauche allongé le long du corps : tel vous le retrouverez au haut de la grande stèle de la fig. 29. dans l’édicule central de la fig. 30, sur la pl. X, 6, et dans tous les & nirvânas » que nous pourrions reproduire ou quil vous plairait d'examiner. Sur les images modernes de la Haute-Asie, l'assistance semble aller en devenant de plus en plus nombreuse : mais déjà sur le fronton de porte richement décoré de la fig. 50, nous voyons toutes les divinités de l'Hindouisme, reconnaissables aux divers animaux qui leur servent de monture, se presser autour du lit mortuaire du Buddha ?.

$ ur. — Les quatre miracles secondaires.

Nous reconnaissons donc dans ces miniatures au moins trois, sinon même quatre scènes correspondant aux quatre grands pèlerinages. Mais, au moyen âge, le nombre des sanctuaires à visiter avait été accru par la dévotion plus exigeante des fidèles et les prétentions rivales des vieilles cités. Aux quatre places canoniques s'étaient ajoutées celles de Sankäçya, de Grâvasti, de Vaiçàli et de Râjagrha. Elles étaient

1. Of. Grünwedel, loc. laud., fig. 37-40. etc. Il est vrai qu’on en pourrait dire autant de la scène du Calvaire.

2. V. sur cette pièce de sculpture ornementale (Särnâth, n° 60) le catal. d'Anderson (p. 29) et les détails donnés sur sa trouvaille par Cunningham (Arch. Surv. Rep., t. 1, p. 120). En fait c’est un fronton de porte : on peut en voir un très analogue encore en place, avec les mêmes contours sinueux sortant de la gueule des deux makaras des coins, sur la pl. LXXVI du Siam ancien de M. Fournereau, L'exemple reproduit par M. Fournereau encadre également une représentation du nirväna. — On reconnait aisément parmi les personnages accessoires de notre fig. 30 Ganceça sur son rat, Kärtikeya sur son paon, Indra sur son éléphant, Giva sur son taureau, etc., et la tête de Rähu qui a fait croire à Cunningham qu'il s'agissait d’une représentation des neuf planètes, erreur déjà relevée par Anderson.

respectivement célèbres à cause de la descente du ciel des Trayastrimças, du séjour dans le Jetavana, de l’offrande des singes et de la soumission de l'éléphant Nâlâgiri. On obtenait ainsi un total nouveau de huit grands cailyas marquant l'emplacement consacré de huit grands miracles'. Or nos miniatures non-inscrites sont aussi au nombre de huit. N’aurions-nous pas également une image des quatre événements subsidiares de la vie du Maître dans les quatre qui nous restent à étudier? [ci encore le fait est sûr pour trois au moins d’entre elles.

Nous avons déjà démontré plus haut (p. 157) que l’une des prétendues triades bouddhiques était en réalité la descente du ciel des Trayastrimças (min. I, 79). Dans l’autre (min. I, 84) nous avons de même reconnu une représentation du Buddha enseignant entre ses grands disciples (v. p. 159): toute la question est de savoir si le théâtre de cet enscignement n'était pas censé être le fameux bois du prince Jeta, près de Grâvasti, séjour favori du Buddha. C'est là en effet, si l'on en croit la tradition, que furent prèchés la plupart de ses sûlras, là que les pèlerins chinois vénéraient, comme ils disaient, les € vestiges sacrés » de ses grands disciples *. Nous convenons bien volontiers que, faute d’une inscription ou d'un détail topique, cette supposition reste seulement vraisemblable : encore ne voyons-nous guère d'autre moyen de traduire aux yeux la formule, si fréquente au début des textes bouddhiques : € En ce temps-là le Buddha était à Gràvasti, dans le Jetavana, le jardin d’Anâthapindika... » (v. pl. X, 2).

1. Cf. la liste des « huit grands caityas » citée d’après le chinois par M. Sylvain Lévi (Une poésie inconnue du roi Harsa, 10° Congrès intern. des Or., Genève,, 1899, section I, p. 190). Elle ne diffère de celle qui précède qu’en ce qu'elle donne Kanyäkubja comme le lieu de la descente du ciel et attache d’autres souvenirs aux noms de Räjagrha et de Vaiçäli. — Sur le sens du mot caitya, v. plus haut, p. 52.

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